Entretien / Interview

Un entretien avec Danièle Bader - Ulysse, entre Vosges et Forêt-Noire

Mis en ligne le 07/07/2017

Auteurs : F. Arnold-Richez

Lire l'article complet (pdf / 1,75 Mo)

Et vogue, non pas la galère mais le drakkar, conquérant, pionnier, celui des Vikings, vent debout : contre la mise à quai défi nitive des exclus, malades, stigmatisés de “toute coque” (si l'on peut dire !), en raison de leurs pratiques et conduites, de leur aspect, de leur marginalité… Cap sur Ithaque, l'antique patrie mythique d'Ulysse, fl anqué de son fi dèle chien Argos… C'est rue Kuhn, à Strasbourg, à deux pas de la gare ovoïde, en face de la grande médiathèque Olympe-de-Gouges : tout un programme, mais surtout un grand projet, global, et de belles réalisations pionnières… La plus récente est la salle de consommation à moindres risques (SCMR), Argos, inaugurée le 7 novembre dernier, conçue, mise en place par l'association Ithaque, issue du rapprochement des associations Espace indépendance et RMS Alsace (Réseau des microstructures d'Alsace). Le lieu est à la fois un Centre d'accueil et d'accompagnement à la réduction de risques pour les usagers de drogues (CAARUD), depuis 2006, qui gère Argos et une antenne mobile (un camping-car), et un Centre de soins d'accompagnement et de prévention en addictologie (CSAPA) en ambulatoire : à Strasbourg depuis 2009, et son antenne à Molsheim, depuis 2011 . Ithaque a imaginé également et développe aujourd'hui un important travail de réseau en médecine de ville par la mise en oeuvre de microstructures de soins de proximité (RMS Alsace). Elle a d'ailleurs participé à l'ouverture d'une microstructure transfrontalière à Kehl.

Elle s'inscrit également dans le dispositif Travail alternatif payé à la journée (TAPAJ), dédié à la réinsertion des jeunes en errance (encadré 1) .

Danièle Bader, la petite soixantaine, est la directrice d'Ithaque. Ne lui dites pas que, telle Pénélope, elle passe ses nuits à tisser un ouvrage inutile, en attendant… Quel Ulysse ? Quoique… C'est bien vrai que, comme elle, il faut sans cesse remettre sur le métier son ouvrage, en ces structures où rien n'est jamais acquis, précise-t-elle. Faire, innover, lutter, justifier, évaluer…

En attendant, Danièle, amoureuse des lettres modernes, en particulier de Rimbaud, Michaux et Lowry – “mes compagnons de route”, dit-elle –, au départ destinée à enseigner, tient le gouvernail d'un important “bâtiment” médico-social, qui a fait entrer sur ses “ponts”, la beauté de la culture : tableaux accrochés avec goût, réalisés par des artistes “complices” de la ville et/ou des usagers, écrits issus d'ateliers organisés régulièrement par l'équipe… La maison, elle-même, est tout confort et esthétique par son aménagement sobre, élégant et apaisant, en rupture avec le look “dispensaire”.

Dans le bureau de Danièle, beaucoup de dossiers, évidemment, proprement empilés, et un petit coin salon où l'on peut feuilleter un “carnet de bord”. C'est une jolie réalisation d'enfants et adolescents placés par la justice, réunis pour 12 séances de travail collectif dans la vallée de Schirmeck, dans le cadre d'un projet proposé par l'Agence régionale de santé aux consultations “Jeunes consommateurs”. Au mur, deux superbes et grands tableaux modernes. Et sur la fenêtre, un magnet : “Tell me again how lucky I am to work here… I keep forgetting” . Vraiment ?

[ ... ]

auteur
centre(s) d’intérêt
Addictologie
thématique(s)
Toxicomanie
Mots-clés