Mise au point

Intérêt de l'Addiction Severity Index au sein d'une consultation jeunes consommateurs

Mis en ligne le 27/11/2018

Mis à jour le 03/12/2018

Auteurs : C. Guartieri

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  • Les récentes études de l'OFDT (1), démontrent une augmentation constante des polyconsommations chez les jeunes. Le tabac conjugué au cannabis étant l'association la plus répandue. L'Addiction Severity Index comme outil permet l'évaluation de la sévérité des conduites addictives ainsi que leurs impacts dans différents domaines de la vie quotidienne auprès d'une population ayant intégré une consultation jeunes consommateurs (CJC).

Au sein de la consultation jeunes consommateurs (CJC), l'équipe pluridisciplinaire reçoit principalement des jeunes de 15 à 25/30 ans présentant une dépendance aux produits (alcool-tabac-cannabis et opiacés). La prise en charge globale consiste à travailler autour de l'aide à la réduction voire à l'arrêt des consommations.

Ainsi, afin de mieux estimer l'impact des addictions sur les différents domaines de vie, l'équipe de la CJC utilise régulièrement un instrument d'évaluation globale des problématiques bio-psychosociales, en lien avec les conduites addictives : l'Addiction Severity Index (ASI).

Cet instrument de mesure est actuellement l'outil le plus largement répandu pour évaluer la gravité des troubles liés à la prise de substances dans différents contextes (milieu judiciaire, psychiatrique ou toxicomanie) [2]. Il peut être proposé à tout moment de la prise en charge et à différentes populations, quel que soit le comportement addictif et le mode d'usage.

Il s'agit d'un instrument d'évaluation multifactoriel et semi-structuré, créé dans le but d'établir un profil de gravité des consommations selon 7 domaines fonctionnels de la vie du patient :

  • consommation d'alcool,
  • consommation de drogues,
  • état médical,
  • fonctionnement familial,
  • état psychiatrique,
  • emploi,
  • problèmes juridiques.

Au niveau pratique, l'ASI se compose de 170 questions et de 240 items. Ce questionnaire permet de recueillir des informations objectives à l'aide d'une évaluation de l'examinateur mais aussi des informations subjectives induites par une auto-évaluation du patient lors de la passation de l'instrument. Des scores de sévérité des troubles sont générés par l'interviewer en fonction des domaines explorés. Ainsi, l'ASI établit 7 scores de sévérité basés sur une échelle en 10 points (de 0 à 9) qui reflètent les 30 derniers jours du patient ainsi que sa vie entière.

Cette approche multifactorielle permet de faire émerger chez certains jeunes une prise de conscience de leur polyconsommation. En effet, lors du premier entretien d'évaluation, la demande initiale du patient est souvent ciblée sur un seul produit, par exemple : le cannabis. Or, dans la pratique, les jeunes présentent de manière générale une codépendance can­-
nabis-tabac mais cette seconde addiction est souvent occultée par le patient qui reste centré sur un seul produit au point de ne pas porter attention aux autres dépendances.

Par le biais de ces questions ciblées et de la partie auto-évaluation, l'ASI permet de conscientiser, chez certains jeunes, le degré de sévérité de leurs différentes addictions. Ils peuvent ainsi verbaliser plus facilement la polyconsommation : “en fait, je dépense aussi beaucoup d'argent en ­cigarettes” ou “c'est vrai que je fume du tabac depuis 10 ans, ça fait plus longtemps que le cannabis”. De plus, les patients ayant pris conscience de leur codépendance durant l'ASI auront plus de facilité, dans un second temps, à débuter un travail de réduction des deux produits auprès de l'équipe de la CJC.

D'un point de vue clinique, l'analyse des 7 domaines de la vie quotidienne lors de la passation de l'ASI peut paraître assez conséquente et rébarbative chez certains jeunes. En effet, la mémoire à court et long terme est souvent sollicitée de manière alternative, les patients jonglent entre souvenirs récents et lointains et cela peut représenter un exercice difficile pour certains d'entre eux, de part leur problématique addictive.

Par ailleurs, le degré d'attention et de concentration varie d'un patient à l'autre et il existe toujours un moment où celui-ci a besoin d'un temps d'expression plus long afin de revenir sur un évènement précis par exemple. Il peut s'agir également d'une recherche d'étayage dans l'échange au-delà d'un simple question-réponse.

Enfin, le dispositif de l'ASI au sein de la CJC est actuellement une pratique expérimentale et non à visée de recherche, l'objectif final serait de généraliser la passation de ce protocole à l'ensemble des membres de l'équipe composant l'unité d'addiction. Ainsi, les passations d'ASI ne sont pas réalisées en première intention mais après un ou plusieurs entretiens d'évaluation des consommations. L'ASI est alors présenté aux patients comme un outil d'échange afin que l'équipe puisse répondre au mieux à leurs difficultés actuelles dans l'ensemble des domaines fonctionnels de leur vie.

Pour terminer cette analyse clinique, investiguer l'ensemble des 7 domaines de l'outil ASI peut paraître long lors de la passation mais il génère dans un second temps une richesse clinique partagée et partageable par l'ensemble des intervenants. Le questionnaire peut donc constituer une base commune de travail pour tous les corps de métier et ainsi faciliter les liens inter-équipe en plus des transmissions écrites ou verbales. Il représente alors un instrument fédérateur au sein d'une équipe dans le but de mutualiser les compétences de chacun afin de tendre vers un mieux-être général du patient.

Références

1. Obradovic I. Accompagner les jeunes en difficulté avec leurs conduites addictives. Retour sur 10 ans d’activité des consultations jeunes consommateurs. Le Courrier des addictions 2018;20:8-13.

2. Denis C, Fatseas M, Beltran V, Bonnet C, Picard S, Combourieu I et al. Validity of the self-reported drug use section of the Addiction Severity Index and associated factors used under naturalistic conditions. Subst Use Misuse 2012;47:356-63.

Liens d'interêts

C. Guartieri déclare ne pas avoir de liens d’intérêts.

auteur
Mme Charlène GUARTIERI

Psychologue
Groupe hospitalier Paul Guiraud, Bourg-la-Reine
France
Contributions et liens d'intérêts

centre(s) d’intérêt
Addictologie,
Psychiatrie
Mots-clés