Dossier

Prolactinome et grossesse en pratique

Mis en ligne le 30/04/2017

Auteurs : B. Raccah-Tebeka, G. Plu-Bureau

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Le prolactinome, le plus fréquent des adénomes hypophysaires, est responsable de la majorité des hyperprolactinémies (en dehors des traitements hyperprolactinémiants). La normalisation de l'hyperprolactinémie, grâce aux agonistes dopaminergiques, permet dans 90 % des cas le rétablissement rapide de cycles ovulatoires. Ainsi, ces molécules constituent le traitement standard des prolactinomes, la chirurgie par voie transsphénoïdale restant une option pour une minorité de micro- ou de macroadénomes intrasellaires : résistance ou intolérance au traitement médical, ou encore si le pronostic visuel est engagé.

En cas d'adénome, la grossesse comporte des spécificités qui doivent être connues des gynécologues. Il s'agit principalement de l'impact des traitements sur la grossesse et le fœtus, et de l'évolution naturelle du prolactinome au cours et au décours de la grossesse. Le suivi pluridisciplinaire est essentiel au bon déroulement de la grossesse.

Prolactinome et grossesse : des réponses aux questions

Faut-il interrompre les traitements dès le début de la grossesse ?

  • Arrêt des agonistes dopaminergiques dès le diagnostic de grossesse pour les microadénomes (tumeur < 10 mm) et dans la majorité des macro­adénomes (tumeur ≥ 10 mm).
  • Maintien discuté uniquement dans certains macroprolactinomes.

Les agonistes dopaminergiques sont-ils délétères pour l'évolution de la grossesse ?

  • Bromocriptine :
  • Cabergoline : données rassurantes aussi bien concernant les risques de la grossesse que sur l'impact sur le fœtus, mais la littérature est moins importante.
  • Quinagolide et pergolide : à éviter en cas de projet de grossesse (peu de données actuelles).

Quels éléments de surveillance s'imposent au cours de la grossesse ? (figure)

  • Recherche mensuelle de céphalées et de troubles visuels avec en cas d'apparition :
  • En cas de macroadénome : examen ophtalmologique avec champ visuel trimestriel.
  • Inutilité des dosages de prolactine pendant la grossesse.

Dans quels cas doit-on poursuivre ou reprendre un traitement par un agoniste dopaminergique ?

  • Poursuite proposée dans certains cas de macro­adénome (volumineux, menaçant le chiasma optique).
  • Reprise en cas d'évolutivité symptomatique de la tumeur.

Quel est l'impact des différents agonistes dopaminergiques sur le fœtus ?

  • Les agonistes dopaminergiques passent la barrière placentaire.
  • Suivi rassurant des enfants exposés à la bromocriptine en début de grossesse (www.lecrat.org).
  • Taux de malformations faible (2,4 %) et données rassurantes du suivi des enfants jusqu'à l'âge de 12 ans sans anomalie de développement physique ou mental en cas d'expo­sition précoce à la cabergoline.
  • Impact délétère du quinagolide en termes de malformations fœtales.

L'allaitement est-il autorisé en cas de prolactinome ?

  • En cas de microadénome : allaitement autorisé.
  • En cas de macroadénome :

Quelle est l'influence de la grossesse sur ­l'adénome ?

  • Stimulation des cellules lactotropes du fait de l'inflation estrogénique de la grossesse, responsable d'une augmentation de la prolactinémie et d'une hypertrophie hypophysaire physiologique.
  • Risque d'augmentation symptomatique du volume tumoral :
  • Évolution potentielle de l'adénome et de l'hyper­prolactinémie après l'accouchement :

Quand faire le bilan du prolactinome après ­l'accouchement ?

  • Essentiel en post-partum pour évaluer l'évolution de l'adénome.
  • Réalisé 2 à 3 mois après l'accouchement ou après la fin de l'allaitement.

Quel bilan du prolactinome faut-il réaliser après l'accouchement ?

  • Dosage de la prolactinémie (environ 40 % de rémission de l'hyperprolactinémie).
  • Réalisation d'une imagerie par résonance magnétique avec injection de gadolinium.
  • Examen ophtalmologique avec champ visuel.

Quand reprendre le traitement du prolactinome ?

  • Après la fin de l'allaitement, en cas de récidive de l'hyperprolactinémie.
  • En cas de persistance de l'adénome à l'imagerie.

Conclusion

Dans la majorité des prolactinomes, le traitement médical est interrompu dès le diagnostic de grossesse, aucun suivi spécifique (biologique ou radiologique) n'est nécessaire, et l'évolution ne pose pas de problème. Un interrogatoire mensuel à la recherche d'un syndrome tumoral reste néanmoins toujours impératif. Il permettra de dépister une modification du volume tumoral imposant la réalisation un bilan morphologique (IRM et champ visuel) et la reprise des agonistes dopaminergiques, si nécessaire. Par ailleurs, le bilan réalisé à distance de l'accouchement, et de l'allaitement éventuel, est essentiel pour évaluer l'évolution de l'hyperprolactinémie et de l'adénome.■


FIGURES

Références

• Maiter D. Prolactinoma and pregnancy: from the wish of conception to lactation. Ann Endocrinol 2016;77(2):128-34.

• Domingue ME, Devuyst F, Alexopoulou O, Corvilain B, Maiter D. Outcome of prolactinoma after pregnancy and lactation: a study on 73 patients. Clin Endocrinol 2014;80(5):642-8.

• Brue T, Delemer B, Bertherat J et al. Diagnostic et prise en charge des hyperprolactinémies : consensus d’experts de la Société française d’endocrinologie. Ann Endocrinol (Paris) 2007;68(1):58-64. http://www.em-consulte.com/article/135092

• Plu-Bureau G, Hugon-Rodin J, Raccah-Tebeka. Adénome à prolactine. In : Benachi A, Piocne O, Luton D Mandelbrot L eds. Pathologies maternelles et grossesse. Paris : Elsevier Masson; 2014. p. 74-9.

• Caron P. Grossesse associée à un adénome hypophysaire sécrétant ou non sécrétant : conduite à tenir. Mises au point cliniques d’endocrinologie 2008. p. 69-78. http://sfendocrino.org/categorie/63

Liens d'interêts

Les auteurs déclarent ne pas avoir de liens d’intérêts.

auteurs
Dr Brigitte RACCAH-TEBEKA

Médecin, Gynécologie, Hôpital Robert Debré, Paris, France

Contributions et liens d’intérêts
Pr Geneviève PLU-BUREAU

Médecin, Gynécologie, Hôpital Port-Royal, AP-HP, Paris, France

Contributions et liens d’intérêts
centre(s) d’intérêt
Endocrinologie,
Gynécologie et obstétrique
thématique(s)
Obstétrique
Mots-clés