Dossier

Quelles aides médicales pour la sexualité de la femme ? Actualités, perspectives

Mis en ligne le 30/06/2019

Auteurs : M.H. Colson

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De nombreuses femmes souffrent de dysfonc­tions sexuelles (DSF). Les grandes études épidémiologiques de ces dernières années les estiment à environ 30 à 50 % (1) dans la population générale et bien davantage dans des populations spécifiques, comme celle des femmes atteintes d'une pathologie chronique (diabète, sclérose en plaques, fibromyalgie, cancer, etc.). En première ligne, les plaintes de nos patientes concernent les troubles du désir, mais aussi les dyspareunies et les troubles de l'orgasme.

La sexualité féminine fait cependant figure de parent pauvre comparativement à l'ensemble des traitements proposés actuellement aux hommes ayant des troubles de l'érection ou un manque de désir. Les thérapies cognitives et comportementales appliquées à la sexualité, actuellement dans leur troisième vague, sont particulièrement bien adaptées à la résolution d'un grand nombre de difficultés sexuelles chez les femmes comme chez les hommes. Mais où en sommes-nous en matière d'innovations pharmacologiques ?

Quelles hormones pour quelles difficultés sexuelles ?

L'usage des estrogènes et des androgènes, seuls ou en association, reste actuellement le plus répandu en pratique, en particulier après la ménopause, et/ ou en cas d'atrophie vaginale et de dyspareunies associées, bien que les données concernant leur sécurité à long terme restent très discutées.

Administrés seuls, les estrogènes donnent d'excellents résultats sur le désir, l'excitation, le plaisir sexuel et les fantasmes. Ils améliorent aussi le sentiment d'attractivité et permettent une augmentation significative du rythme des relations sexuelles. En règle générale, les estrogènes seuls sont indiqués après une hystérectomie et les associations estroprogestatives, chez les femmes ménopausées ayant un utérus intact. Malheureusement, même si leur efficacité est certaine et démontrée, les effets d'une administration orale continue restent controversés, et la voie systémique n'a plus le vent en poupe, comme le soulignent les consensus internationaux (2). On préfère actuellement les formes locales d'estrogènes, en particulier en cas d'atrophie vaginale et de troubles importants de la lubrification, surtout chez la femme ménopausée, ainsi que le souligne une récente revue de la Cochrane Database (3).

L'ospémifène est un modulateur sélectif de l'acti­vation des récepteurs aux estrogènes (SERM). Approuvé par la Food and Drug Administration (FDA) en 2013, il est à l'étude dans les troubles du désir et les syndromes vulvovestibulaires, avec des résultats encourageants dans les études de phase III. Ses effets sur la trophicité vaginale ainsi que sur la ­satisfaction sexuelle ont été mis en évidence dans plusieurs études.

La tibolone, un stéroïde de synthèse déjà commercialisé, semble, dans les études en double aveugle contre placebo, améliorer le désir sexuel et ­l'excitation, peut-être en raison de ses effets androgéniques.

La testostérone influe sur les mêmes paramètres du désir et de l'excitation que les estrogènes, et de manière équivalente. Son efficacité n'est pas mise en doute, mais nous manquons d'études validées pour affirmer son innocuité, en particulier à long terme, et son utilisation au-delà de 6 mois n'est pas recommandée par les consensus ­d'experts (4). Si le déficit en androgènes est connu pour affecter la sexualité de la femme, le dosage est difficile à réaliser et rend aléatoire la corrélation entre niveau de testostérone et désir sexuel hypoactif (HSDD). Le retrait des premiers patchs de testostérone avait porté un coup d'arrêt important au développement de la testostérone dans les DSF. Nombre de spécialistes continuent cependant à la prescrire, en France comme dans la communauté internationale, mais hors AMM, et généralement en utilisant des gels de testostérone formulés pour les hommes. Une récente revue de littérature particulièrement bien menée fait le point sur l'utilisation de la testostérone dans cette indication (5).

La piste des androgènes chez la femme n'est cependant pas abandonnée par les industriels. La testostérone fait actuellement l'objet de plusieurs études de phase II et de phase III, permettant de déterminer son efficacité et son innocuité dans l'indication des troubles du désir, de l'orgasme et de la libido. Parmi les formes de testostérone par voie topique actuellement à l'étude (phases I, II ou III) dans l'indication des DSF, on peut noter Tostrelle®, dont le fabricant commercialise déjà Fortigel® pour les hommes, Androsorb®, ou encore Tefina® (TBS- 2), qui privilégie la voie du gel nasal, et semble prometteur. Il est actuellement en phase II dans l'indication des troubles de ­l'orgasme secondaires. Le développement de Libigel® se poursuit en phase III. Il s'agit, là encore, d'un gel de ­testostérone ­faiblement dosé, apparemment bien toléré, et qui vise l'indication des troubles du HSDD chez la femme ménopausée.

La DHEA est un grand classique du traitement des troubles ménopausiques et des troubles sexuels féminins, longtemps prescrite de manière “sauvage”, et contre l'avis des sociétés savantes internationales et françaises par faute de preuves scientifiques étayées, et sans recul sur son administration prolongée (6). L'interdiction d'utilisation par voie systémique est actuellement maintenue (niveau de preuve 1A), mais la voie locale peut être envisagée, surtout en cas de troubles trophiques ­vulvovaginaux.

Il existe aujourd'hui une forme de DHEA ayant fait l'objet d'une AMM européenne, la prastérone, sous forme d'ovules dosés à 6,5 mg (0,5 %). Elle apporte une augmentation significative de la fonction sexuelle dans les 6 domaines du FSFI (Female Sexual Function Index) : désir, excitation, lubrification, orgasme, satisfaction et douleurs. Les interconnexions nerveuses vaginocérébrales androgénosensibles sont très probablement à l'origine de ces effets. Une étude est en cours dans les dyspareunies féminines.

Action centrale et troubles de la libido et du désir

Les molécules dont l'action s'exerce au niveau central font l'objet de nombreuses recherches. Si l'on connaît mieux aujourd'hui les différents neuromédiateurs en jeu dans le désir féminin, leur rôle respectif n'en est pas pour autant parfaitement élucidé. On dénombre actuellement un grand nombre de molécules soit déjà commercialisées, soit prêtes à être mises sur le marché, soit encore en cours de développement.

La flibansérine est la première molécule originale développée spécifiquement dans cette indication, elle occupe une place à part dans le panorama hélas trop restreint des traitements des DSF. Inhibiteur de la recapture de la sérotonine (agoniste des récepteurs de la sérotonine 5-HT1A et antagoniste des récepteurs 5-HT2A), elle agit en augmentant les taux de dopamine et de noradrénaline et en diminuant ceux de sérotonine. Initialement développée comme antidépresseur, la flibansérine s'est avérée peu intéressante dans cette indication, mais a rapidement révélé un effet inattendu et positif sur le désir sexuel. Après plusieurs études prometteuses aux noms fleuris (VIOLET, DAISY, BEGONIA et les autres), mais après, aussi, 2 refus de la FDA, le fabricant en a arrêté le développement en 2010. C'est en effet à cette époque que se développe une forte pression médiatique, principalement portée par certains mouvements féministes et écoféministes nord-américains ainsi que par la très puissante National Women's Health Association, et qui vise à discréditer toute forme de traitement pharmacologique des DSF, en luttant activement contre ce qui sera appelé la “médicalisation de la sexualité féminine”. Les laboratoires P&G seront les premiers à en faire les frais, en essuyant un refus de la FDA en 2004 pour leur patch à la testostérone, pourtant commercialisé en Europe. C'est S. Pharmaceuticals qui reprendra le flambeau, société créée en 2011 autour, justement, du rachat des droits de la flibansérine. Le combat est lancé, avec 4 nouvelles études, dont 2 seulement seront publiées. Mais le refus de la FDA se maintient, alors que parallèlement sont acceptés dans la même indication des préparations à base de phytothérapie ainsi qu'un hypothétique stimulateur d'ondes magnétiques transcrâniennes, de niveau de preuves limité (D) en matière de désir sexuel féminin. Cindy Whitehead-Eckert, la “Pink lady”, PDG des laboratoire S. Pharmaceuticals, part alors en guerre contre les féministes américaines et lance une vaste campagne de lobbying (“Even the Score”) en leur retournant leurs arguments : refuser d'homologuer le seul traitement actif contre les troubles du désir sexuel féminin est discriminant pour les femmes. Ce que les études randomisées successives n'ont pu obtenir, les réseaux sociaux et le lobbying l'obtiendront, grâce à plus de 60 000 pétitions et lettres de députés adressées à la FDA. L'accord de commercialisation sera enfin obtenu le 18 août 2015. Deux jours plus tard, le géant américain Valeant en rachètera les droits pour 1 milliard de dollars.
La bataille aura duré 10 ans, et l'Addyi® vient enfin de naître, mais ses succès seront mitigés. En effet, lancée à grand bruit, la “petite pilule rose” reste un produit très controversé, qui tarde à faire ses preuves dans la “vraie vie” (7). Mais, cerise sur le gâteau pour les femmes, la flibansérine semble bien induire une perte de poids intéressante lors de son administration (8).

Le brémélanotide ou PT-141 est en passe d'être commercialisé dans cette indication dès 2019. Il s'agit d'un neuropeptide, analogue de l'α-melanocyte-stimulating hormone (α-MSH), et agoniste non sélectif des récepteurs à la mélanocortine MC3-R et MC4-R. Il possède donc, lui aussi, une action centrale permettant d'espérer une stimulation de l'excitation sexuelle. Les premiers essais ont porté sur le traitement des troubles de l'érection, et ont été suivis, dès 2004, par des essais de phase II dans les 2 sexes. La voie d'administration nasale a d'abord été utilisée, puis a été abandonnée en 2008 à cause de ses effets indésirables vasculaires trop importants (hypertension). Les phases III (études RECONNECT) seront alors menées avec une forme injectable sous-cutanée. Après bien des péripéties, le groupe A. Pharmaceuticals rachète les droits pour les États-Unis et obtient, en juin 2018, l'accord de la FDA dans l'indication des DSF. Les études sont prometteuses, elles ont inclus plus de 2 500 femmes dans 31 études cliniques, mais 2 obstacles risquent de limiter l'utilisation à terme du brémélanotide : sa voie d'absorption (injection sous-cutanée nécessitant un stylo-injecteur) et des effets indésirables particulièrement importants.

Le bupropion, connu en France où il est commercialisé (et controversé) dans l'indication du sevrage tabagique, est un dérivé amphétaminique, agoniste partiel des récepteurs à la sérotonine 1A, proche du MDMA (ecstasy) et de l'anorexigène amfépramone. Son mécanisme d'action comprend vraisemblablement l'inhibition de la recapture neuronale de la noradrénaline et de la dopamine ainsi que le blocage des récepteurs nicotiniques de l'acétyl­choline. ­Traitement reconnu des troubles anxieux et plus précisément du trouble anxiété généralisée (TAG), il est très utilisé, et depuis longtemps, outre-Atlantique et hors AMM, dans les troubles du désir dans les 2 sexes. Ses effets indésirables sont, cependant, assez dissuasifs, compte tenu de leur fréquence et de leur intensité (nausées, maux de tête, etc.). Plusieurs études portant sur l'indication du HSDD ont été publiées.

La buspirone est un anxiolytique sérotoninergique non benzodiazépinique. Il semble doté sinon d'une grande efficacité sur le désir sexuel, tout au moins d'une absence d'effet délétère sur la sexualité. C'est pour cela qu'il est souvent recommandé dans les troubles anxieux accompagnant les dysfonctions sexuelles. Une seule large étude a été consacrée aux DSF (chez des sujets dépressifs) avec la buspirone, mais sans instruments validés.

L'ocytocine est un neuropeptide sécrété par les noyaux paraventriculaires et supraoptiques de l'hypothalamus. Bien connue pour ses propriétés antistress, et son rôle sur tout comportement social, elle pourrait être à même de développer l'empathie, les liens entre parents et enfants, la confiance, et de lutter contre l'anxiété et les peurs. Elle est aussi connue pour être une composante essentielle de l'orgasme, de la sexualité et de l'attachement. Elle a fait l'objet de plusieurs études en matière de sexualité dans les 2 sexes. Chez la femme, elle semble aider la reconnaissance des stimuli sexuels. Le développement du WAY-277464 a été abandonné, mais d'autres pistes sont à l'étude avec des fonds publics, comme l'université de Vienne, et privés, et qui privilégient la voie d'administration nasale (spray) dans les études en cours.

Action locale et troubles de l'excitation

Les iPDE-5 (inhibiteurs de la phosphodiestérase 5) ont été utilisés très tôt chez la femme devant le succès remporté dans les troubles de l'érection et de l'exci­tation sexuelle chez les hommes. Les effets sur la vasocongestion génitale sont certains et démontrés, y compris chez la femme, mais insuffisants pour venir à bout des inhibitions cérébrales. Cependant, ainsi que le démontrent de nombreux travaux récents, le contexte émotionnel et affectif reste prédominant en matière de sexualité féminine, et la vasocongestion génitale obtenue ne suffit pas à lever les blocages centraux et à déclencher une réponse sexuelle satisfaisante chez les femmes en difficulté de désir (9).

D'autres donneurs de NO ont été envisagés dans l'indi­cation des troubles du HSDD, comme le NMI- 870, mais la piste a été abandonnée pour le moment.

Femprox®, issu de la recherche chinoise, utilise une autre molécule vasodilatatrice déjà connue dans les troubles érectiles masculins, l'alprostadil (prostaglandine E1 (PGE1)), et l'associe, à doses élevées (900 µg) en applications locales, à un ester de N,N-diméthylalanine et dodécanol (DDAIP), pour des résultats qui semblent intéressants.

Phytothérapie

La phytothérapie est d'utilisation très ancienne dans l'indication des troubles du désir chez l'homme comme chez la femme. La médecine basée sur les preuves a revisité l'usage des plantes dans ­l'indication du HSDD, avec des succès mitigés. Les ­mouvances féministes et écoféministes nord-­américaines sont très attentives au développement de la phyto­thérapie en matière de DSF, et la privilégient à tout ce qui tend, pour elles, à trop “médicaliser” la sexualité des femmes. Certaines pistes paraissent très ­intéressantes, et actuellement plusieurs plantes sont recommandées dans cette indication :

  • le tribulus, qui présente une action proandrogénique et a fait l'objet de plusieurs études chez l'homme. Chez la femme, 2 études de niveau 1 ont été publiées ainsi que 3 revues de littérature ;
  • la damiana, pour son activité estrogénique ;
  • le ginkgo biloba, qui a fait l'objet de nombreuses études, dont 2 de niveau 1, et 1 de niveau 2 ;
  • la trigonella, qui compte plusieurs études de niveau 2 ;
  • le black cohosh : une revue de littérature fait le point sur son intérêt et conclut à une efficacité plus importante sur les troubles ménopausiques que sur la sexualité ;
  • Libicare®, disponible en France, se présente sous forme orale (comprimés) et associe plusieurs plantes connues pour leur activité sur la sexualité (tribulus, ginkgo biloba, damiana et trigonella). Ses effets sont intéressants dans l'indication du HSDD ;
  • Zestra® est commercialisé en France, en Grande-Bretagne et en Asie du Sud-Est. Ce produit a fait l'objet de plusieurs études randomisées, et semble présenter un intérêt grâce à sa voie d'administration topique, qui peut facilement être intégrée aux jeux sexuels.

Les associations médicamenteuses

L'association estrogènes + androgènes est ancienne, et elle est privilégiée par rapport à l'utilisation des estrogènes seuls afin d'éviter la baisse de la testostérone libre survenant lors des traitements estrogéniques substitutifs. L'impact de cette association semble alors plus intéressant, comme le conclut une importante revue de littérature portant sur 35 études et 4 768 femmes ménopausées (10). Malheureusement, à terme les effets indésirables liés aux estrogènes et aux androgènes sont à considérer.

La testostérone est aussi utilisée en combinaison dans 2 nouvelles spécialités encore à l'étude, mais dont le développement est bien avancé. Il est assuré par la firme néerlandaise Emotional Brain, dirigée par des médecins issus de la médecine sexuelle internationale. Les 2 molécules viennent de compléter leurs phases II, avec 3 études de niveau 1 qui en ont étudié les effets sur 497 femmes avec HSDD. Les 2 molécules utilisent la voie sublinguale et sont destinées à une administration “à la demande”. Leur formulation repose sur le constat que les troubles du désir sont soit liés à une excitabilité trop faible, soit à un renforcement des voies inhibitrices centrales. C'est pour cela que Lybrido® associe de la testostérone à un iPDE-5 et vise à augmenter la réceptivité et la sensibilité génitales. Avec Lybridos®, c'est une molécule d'action centrale, la buspirone qui est associée à la testostérone, afin de jouer sur les mécanismes inhibiteurs du désir.

Lorexys® associe du bupropion à de la trazodone. Cette dernière est un inhibiteur de la recapture de la sérotonine, utilisé dans les dépressions majeures et dont l'intérêt dans les troubles de la sexualité a été souligné par plusieurs études. Leur association peut s'avérer intéressante dans les troubles du désir féminin, par une action conjointe, à la fois d'augmentation de la dopamine et de la norépinéphrine et de modulation de la sérotonine. Les essais de phase II ont commencé en 2016, parallèlement aux essais de l'OREXA®, leur homologue masculin.

L'association du bupropion à des iPDE-5 a été proposée plusieurs fois. D'autres associations sont aussi à l'étude et leurs résultats devraient être connus bientôt.

Quelles pistes pour le futur des dysfonctions sexuelles féminines ?

La D-cyclosérine. Les récepteurs NMDA (N-­méthyl-D-aspartate) sont des récepteurs ionotropes activés dans des conditions physiologiques par le glutamate et la glycine. Ils sont essentiels à l'apprentissage, à la mémoire et à la plasticité synaptique. La D-cyclosérine est un agoniste partiel des récepteurs à la NMDA. Elle est dotée de propriétés cognitives et est active dans les troubles de l'anxiété, et elle semble jouer un rôle stimulant sur l'“appétit” sexuel. Elle pourrait avoir un rôle important dans le futur, en aidant à de nouveaux conditionnements sexuels dans le cadre de prises en charge intégratives en association aux sexothérapies d'inspiration cognitivocomportementale.

Le BP101 est une mystérieuse molécule dont le secret n'a pas encore été dévoilé. D'action centrale (bulbe olfactif, noyau ventral médian hypothalamique, MPOA) et d'administration par voie nasale, elle fait actuellement l'objet d'une étude de phase II dans les troubles du désir féminin (https://clinicaltrials.gov/ct2/show/NCT03080298).

De nombreux autres produits sont à l'étude dans les pipelines des différents grands groupes pharmaceutiques. Le PF-219,061, agoniste hautement sélectif des récepteurs de la dopamine D3, agissant par voie nasale, est développé dans l'indication des DSF. L'apomorphine est aussi à l'étude par voie sublingale, mais ses effets indésirables importants la rendent pour le moment inutilisable dans cette indication, comme cela l'a été en son temps avec les essais dans la dysfonction érectile. Les ­noradrénergiques sont eux aussi abandonnés pour le moment en raison de leurs effets indésirables trop importants, ainsi que la plupart des opioïdes endogènes et ­l'endocannabis. Le CP-866,087, un opioïde, reste encore en développement, actuellement en phase II. C'est le cas aussi de plusieurs drogues ­sérotoninergiques, comme le TGW00AA HCl,
agoniste des ­récepteurs à la sérotonine 1A et antagoniste des récepteurs à  la sérotonine 2A.

Autres types d'intervention

De nombreux autres types d'intervention ont été cités, avec des succès variables, pour tenter de remédier aux maux sexuels des femmes. Bibliothérapie, thérapies entre pairs en ligne sur les réseaux sociaux, vibrateurs censés favoriser une “clitoridothérapie”. Le dispositif EROS-CTD®, commercialisé aux États-Unis, a obtenu l'agrément de la FDA malgré un niveau de preuve D bien médiocre. Une firme californienne étudie actuellement un autre dispositif, intravaginal celui-ci : le ViveveTM Procedure, vendu en ligne et qui vise à obtenir une détente locale et une amélioration de la réceptivité sexuelle par radiofréquence. Les nombreux lubrifiants et hydratants vaginaux ont un intérêt certain pour améliorer le confort vaginal, mais sont peu à même de remédier à eux seuls à une dysfonction de désir primaire, ou à une dyspareunie.

Sexothérapies et interventions cognitivocomportementales

Un grand nombre de DSF, principalement secondaires, souvent conjoncturelles, trouvent leur résolution grâce à une information éclairée, et plusieurs publications récentes d'excellent niveau de preuve le prouvent. Par exemple, une intéressante étude nord-américaine met parfaitement en évidence que les pratiques sexuelles influent largement sur la satisfaction sexuelle. Sur les 3 005 femmes étudiées dans le cadre de l'étude longitudinale menée depuis 2005 du programme “National Social Life Health and Aging Project”, on observe un risque relatif de présenter des troubles de l'excitation et de la lubrification particulièrement important chez les femmes ne pratiquant pas de préliminaires sexuels (OR = 5,9 ; IC95 : 2,3-14,8). Et, toujours en cas d'absence de préliminaires, le risque de dysorgasmie est multiplié par 2 (11).

Dans les autres cas, les traitements pharmacologiques utilisés actuellement dans les DSF, avec ou sans AMM, n'ont pas véritablement fait la preuve de leur supériorité, ni de leur totale innocuité, et sont actuellement à la recherche de leur positionnement thérapeutique. Les traitements à visée psychologique sont, aujourd'hui comme hier, les plus utilisés et les mieux éprouvés en cas de difficultés persistantes.

Les thérapies individuelles sont les plus indiquées dans les DSF primaires caractérisées par des dysfonctions d'intimité et de séduction (image du corps, estime de soi), ou encore d'affirmation de soi (timidités pathologiques, sentiment de culpabilité…), et de distanciation et d'évitement de la relation sexuelle (abus sexuels, violences vécues, peurs diverses, phobies relationnelles, aversions sexuelles). Les soutiens psychothérapiques sont indispensables en cas de syndrome dépressif ou anxieux.

Les sexothérapies d'inspiration cognitivocomportementale sont les mieux à même d'assurer la résolution progressive des problèmes sexuels secondaires. Elles ont la priorité en médecine sexuelle, principalement chez les femmes souffrant de pathologies chroniques, avec les meilleurs taux de réussite (12).

Les thérapies conjugales et celles visant à relancer la communication dans le couple sont précieuses, principalement dans les DSF secondaires où les mésententes conjugales sont au premier plan, et où les difficultés sexuelles finissent par générer une ­distanciation affective.

D'autres techniques ont fait leurs preuves, comme le mindfulness, ou thérapie de pleine conscience, qui aide à focaliser son attention sur le moment présent et permet d'obtenir d'excellents résultats validés de niveau 1A dans les DSF (13). Certaines thérapies qui prennent en charge les peurs et le dégoût (mesuré par une échelle de dégoût (disgust scale)) permettent elles aussi d'améliorer les DSF (14).

Conclusion

Face à la plainte sexuelle de leurs patientes, les praticiens se sentent souvent en difficulté. Ils représentent bien souvent le seul interlocuteur auquel la patiente aura recours, et avec lequel elle pourra aborder la question de sa sexualité. Une écoute, des conseils simples pourront souvent suffire à faire la différence et à apporter une issue positive. Dans les cas plus difficiles, une approche pluridisciplinaire est conseillée, avec un recours au sexologue, et le travail en réseau s'impose afin d'aider la patiente en difficulté dans sa sexualité, dans son couple, dans sa vie. En attendant les nouvelles avancées pharmacologiques qui permettront peut-être un jour de faciliter les prises en charge.■

Références

1. McCabe MP et al. Incidence and prevalence of sexual dysfunction in women and men: a consensus statement from the Fourth International Consultation on Sexual Medicine 2015. J Sex Med 2016;13(2):144-52.

2. Santoro N et al. Role of estrogens and estrogen-like compounds in female sexual function and dysfunction. J Sex Med 2016;13(3):305-16.

3. Lethaby A et al. Local oestrogen for vaginal atrophy in postmenopausal women. Cochrane Database Syst Rev 2016;(8):CD001500.

4. Goldstein I et al. Hypoactive sexual desire disorder: International Society for the Study of Women’s Sexual Health (ISSWSH) Expert Consensus Panel Review. Mayo Clin Proc 2017;92(1):114-28.

5. Achilli C et al. Efficacy and safety of transdermal testo­sterone in postmenopausal women with hypoactive sexual desire disorder: a systematic review and meta-analysis. Fertil Steril 2017;107(2):475-482.e415.

6. Scheffers CS et al. Dehydroepiandrosterone for women in the peri- or postmenopausal phase. Cochrane Database Syst Rev 2015;1:CD011066.

7. Jaspers L et al. Efficacy and safety of flibanserin for the treatment of hypoactive sexual desire disorder in women: a systematic review and meta-analysis. JAMA Intern Med 2016;176(4):453-62.

8. Kornstein SG et al. Effect of flibanserin treatment on body weight in premenopausal and postmenopausal women with hypoactive sexual desire disorder: a post hoc analysis. J Womens Health (Larchmt) 2017;26(11):1161-8.

9. Basson R et al. Sexual psychophysiology and effects of sildenafil citrate in oestrogenised women with acquired genital arousal disorder and impaired orgasm: a randomised controlled trial. BJOG 2003;110(11):1014-24.

10. Somboonporn W et al. Testosterone for peri- and postmenopausal women. Cochrane Database Syst Rev 2005;19(4):CD004509.

11. Galinsky AM. Sexual touching and difficulties with sexual arousal and orgasm among U.S. older adults. Arch Sex Behav 2012;41(4):875-90.

12. McCabe M. Evaluation of a cognitive behavioral program for people with sexual dysfunction. J Sex Marital Ther 2001;27(3):259-71.

13. Velten J et al. Effects of a mindfulness task on women’s sexual response. J Sex Res 2018;55(6):747-57.

14. Both S et al. Treating women’s sexual desire and arousal problems. In: Peterson ZD, editor. The Wiley handbook of sex therapy. Sussex: John Wiley & Sons; 2017. p. 11-31.

Liens d'interêts

M.H. Colson déclare ne pas avoir de liens d’intérêts en relation avec cet article.

auteur
Dr Marie-Hélène COLSON

Médecin
Gynécologie
Hôpital Sainte-Marguerite, Marseille
France
Contributions et liens d'intérêts

centre(s) d’intérêt
Gynécologie et obstétrique