Dossier

La sexualité du post-partum : comment la remettre en route ?

Mis en ligne le 30/06/2019

Auteurs : L. Mourichon

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L'arrivée d'un enfant : un moment si particulier dans la vie d'une femme

La grossesse et l'accouchement constituent un moment privilégié dans la vie d'une femme. C'est une traversée, au sens de quelque chose qui est franchi, sans que personne ne sache au départ ni comment sera le voyage ni comment imaginer l'autre rive. C'est un temps de bouleversement intense, affectant le corps féminin dans sa réalité physiologique, psychique, affective et sexuelle. C'est un moment de fragilité extrême et d'incertitude qui va entraîner un changement du corps, de statut, de place et de rôle au sein de la famille. C'est une étape charnière qui va demander à la jeune mère de faire le deuil de la plénitude de sa grossesse. C'est une page qui se tourne et qui laisse derrière elle l'insouciance de la jeunesse, le temps où l'on n'était que la fille de sa mère.

Michèle Lachowsky dans son livre Un temps pour les femmes écrit : “La première grossesse est un moment évolutif fondamental du développement de l'identité féminine qui, après l'inscription dans le grand rôle des femmes, assigne une place dans la lignée des mères.”

Le grand jour arrive, il sera sans aucun doute le plus beau de sa vie. Mais de temps en temps, rien ne se passe comme prévu. L'accouchement est parfois difficile générant beaucoup d'angoisse, de peur. Les manœuvres obstétricales peuvent être vécues comme traumatisantes par certaines femmes.

Et puis un cri ! Le cri de la vie qui surgit. Il est là, tout petit couché sur son ventre. Il se calme, rassuré par sa chaleur. Elle le regarde émue, entourée par la présence de son mari, ce petit être si fragile.

Elle est devenue mère, une femme qui ne sera plus jamais la même, ni tout à fait une autre.

Il va falloir faire connaissance, se découvrir, naître de la naissance de cet enfant. Il va falloir apprendre à s'aimer, à composer avec ses exigences. C'est un nouveau départ, une nouvelle vie qui commence avec ses joies et ses doutes.

Enfant rêvé, idéalisé, fantasmé durant 9 mois, elle se retrouve brutalement confrontée à la réalité. Son enfant est là et bien là, exigeant dans ses moindres besoins.

Le retour à la maison est difficile, les nuits sont courtes, la fatigue s'installe. Saura-t-elle faire les bons gestes, elle ne comprend pas ses pleurs et puis ce sein qu'il n'arrive pas à prendre ! Elle se sent perdue, vulnérable, envahie par tant de responsabilités et happée par la présence de son bébé.

Accoucher, devenir mère est un véritable tsunami qui emporte tout sur son passage, modifie les habitudes de vie, implique de renoncer à certaines libertés et demande un sérieux temps d'adaptation pour la plupart des femmes.

Mais la naissance d'un enfant peut entraîner, parfois, un effritement du désir et un intérêt moindre pour la sexualité. Passer d'une dyade à une triade n'est pas chose facile, il va falloir faire une place à son enfant sans se perdre dans cette maternité.

Le périnée

Kinésithérapeute spécialisée en uro-gynécologie et sexologue, je rencontre tous les jours dans mon cabinet de jeunes mamans un peu perdues face à leur maternité, à leur féminité et à leur sexualité. À la sortie de la maternité, on leur prescrit 10 séances de rééducation périnéale.

Six semaines plus tard, elles peuvent partir à la découverte d'un petit muscle caché, secret dont elles ignorent la plupart du temps l'existence. C'est un temps privilégié de reconstruction de leur corps et de leur féminité.

Le périnée vient du grec “perineos” qui signifie autour du temple, autour du lieu sacré. Dans la culture asiatique, les mères éduquent leurs filles à contracter leur périnée dans un but de jouissance sexuelle pour leur futur mari. Dans notre société judéo-chrétienne, on est loin de tout cela, c'est une région du corps dont on ne parle pas, sur laquelle pèse le poids de la religion, des interdits. Cette région si mystérieuse, si sacralisée a été mise à rude épreuve par la ­grossesse et l'accouchement. Le ventre est vide, mou, trop gros et pas ­reconnaissable. Le dos est douloureux, parfois des petites fuites d'urine perlent lors d'efforts.

Le périnée est un muscle important dans la vie d'une femme. Il faut l'imaginer le périnée comme une espèce de trampoline, de hamac, servant à amortir les pressions abdominales. Il a pour rôle de maintenir les organes génitaux internes (la vessie, l'utérus et le rectum), d'assurer la continence urinaire, la continence aux gaz et aux matières, mais il a un rôle important dans la sexualité puisque c'est le muscle de l'orgasme. Ce temps de rééducation va permettre aux femmes de le découvrir, d'en prendre conscience et de s'en servir dans leur vie quotidienne.

Le périnée est un grand muscle qui part en avant du pubis et s'insère en arrière au niveau du coccyx (figure).

La rééducation

Elle peut se pratiquer de différentes façons : soit manuellement, afin de localiser, sentir et muscler les élévateurs de l'anus, soit avec du biofeedback qui permet de visualiser la contraction et d'en apprécier la tenue, soit avec de l'électrostimulation qui permet de sentir une petite contraction et de la localiser, tout en renforçant les muscles et le sphincter.

C'est au praticien de choisir la méthode qui correspond le mieux. Il n'y a pas de bonne ou de mauvaise méthode. Ces différentes techniques sont complémentaires et peuvent s'associer. Certaines femmes, par exemple, ne peuvent envisager d'avoir de l'électrostimulation, même si celle-ci n'est pas douloureuse. Il faut respecter leur impossibilité et travailler autrement. Cependant, le travail manuel associé à une respiration abdominale me semble incontournable, c'est grâce à lui au départ que l'on peut prendre conscience de ce muscle.

Il va falloir travailler le périnée dans une globalité, en tenant compte de la posture, des abdominaux, du bassin et de la respiration. Et impliquer les femmes dans ce travail qu'elles feront régulièrement à la maison. Elles devront maintenant anticiper leurs efforts par un verrouillage de leur périnée pour éviter toute fuite urinaire.

Cette rééducation est sans doute le dernier temps de la grossesse et de l'accouchement, c'est une page qui se tourne, c'est le point final. Mais c'est un temps indispensable pour que les femmes refassent confiance à leur corps, pour qu'elles se le réapproprient. C'est également un temps de partage avec le rééducateur où elles vont pouvoir parler de leur peur pendant la grossesse et du vécu de leur accouchement.

On a tendance à toujours dissocier l'esprit du corps, la psyché, c'est pour le psychologue, le corps pour le rééducateur ! Si la grossesse et l'accouchement ont été pour ces femmes une épreuve parsemée de peur, de crainte, d'agression face aux examens intrusifs, il est important qu'elles puissent les exprimer lors de ces séances de rééducation, car toutes n'auront pas le désir d'aller voir un psychologue. L'arrivée de l'enfant n'est pas non plus sans réveiller leur propre histoire et parfois la relation avec leur bébé s'en trouve perturbée.

Retrouver la sexualité épanouie

Reprendre le chemin de la sexualité n'est pas toujours si facile. Comblée, souvent, mais toujours envahie par l'arrivée du bébé, il ne reste pas beaucoup de place pour la retrouver. La reprise de la sexualité est variable d'une femme à l'autre. C'est un temps particulier, une pause, un entre-deux où la femme a besoin de tendresse et de réassurance. C'est le temps des caresses, des échanges moins passionnés pour beaucoup d'entre elles.

Comment reprendre ce chemin quand on se sent si mal dans ce corps que l'on ne reconnaît plus ? L'épisiotomie qui n'en finit pas de cicatriser ! Cette sensation de sexe béant qui s'accompagne parfois de bruits d'air vaginaux aux changements de position ! Cette pesanteur en fin de journée qui l'inquiète. Ces fuites d'urine qu'elle n'arrive pas à contrôler. Si elle allaite, elle sent une sécheresse dans son vagin et la reprise de la sexualité a été un échec car douloureuse. En tant que rééducateur, nous avons un rôle d'écoute, d'information, d'explications, de conseils et, bien sûr, de rééducation musculaire.

Il va falloir rassurer nos patientes et leur dire que tout ce qui leur arrive est fréquent après un accouchement. Rééduquer leur périnée va leur permettre de voir disparaître les fuites urinaires, remuscler leur plancher pelvien va supprimer cette pesanteur et cette sensation de béance vulvaire. Le massage de la cicatrice d'épisiotomie, l'hydratation vaginale, les gels lubrifiants leur permettront d'avoir une pénétration non douloureuse.

La sexualité nécessite un lâcher-prise émotionnel et corporel. Il va falloir que ce premier rapport sexuel se refasse sans appréhension, et pour cela il va être nécessaire de les guider.

Quatre conseils primordiaux à donner à nos patientes :

  • plaquer le dos en rétroversant le bassin pour faciliter la pénétration ;
  • inspirer en relâchant le périnée, puis expirer ;
  • basculer le bassin pendant l'acte pour éviter tout frottement ;
  • contracter le périnée pendant l'acte sexuel pour améliorer leurs sensations.

La sexualité va reprendre sa place lentement ou plus rapidement en fonction de chaque femme. Ce temps est nécessaire et leur appartient.

Il ne faut pas oublier la place primordiale du père car, selon Lacan, il est fondamental qu'il y ait un tiers entre la mère et son enfant. La fonction paternelle assure un rôle de coupure et de séparation. Il faut que la mère laisse de la place à ce tiers qui doit s'interposer entre elle et l'enfant. C'est lui qui va permettre à la femme de réinvestir son féminin et sa sexualité, la séparant de sa relation fusionnelle avec l'enfant. C'est l'acceptation de la mère de changer la place de l'objet de son désir qui permet à l'enfant de s'épanouir, de pouvoir s'individuer et s'identifier à son père par la suite.

Conclusion

Désirer, concevoir et accoucher est une grande aventure pour la femme mais aussi pour le couple. Cette traversée à deux n'est pas sans difficulté, la femme devant se positionner dans son statut de mère, l'homme dans celui de père. Ils devront se recomposer une nouvelle vie en laissant une place à l'enfant, mais également s'accorder du temps afin de se retrouver et de laisser une possibilité au désir sexuel de réapparaître.

L'accouchement laisse des séquelles physiques, des traces dans la chair mais c'est aussi une ­traversée psychique qui provoque des angoisses, des résurgences du passé de l'histoire de chaque femme.

La sexualité est mise à rude épreuve, du devenir mère au rester femme la route est longue mais enrichissante. En franchissant toutes ces étapes, elle se construit un peu plus chaque jour dans son identité féminine. Notre travail en tant que rééducateurs en périnéologie est passionnant, c'est une main tendue vers l'autre rive : celle de la féminité et de la sexualité.■


FIGURES

Références

Pour en savoir plus

• Lachowsky M. Un temps pour les femmes. Odile Jacob. 2005. 

• Mourichon L. Sexualité, maternité, paroles de femme. Robert Jauze. 2012.

Liens d'interêts

L. Mourichon déclare ne pas avoir de liens d’intérêts.

auteur
centre(s) d’intérêt
Gynécologie et obstétrique