Editorial

Pourquoi des recommandations communes de l'ensemble des médecins de la spécialité sur la vaccination contre la Covid-19 ?

Mis en ligne le 30/04/2021

Auteurs : Pr David Laharie

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L'année 2020 restera dans les mémoires. Elle fut un bouleversement dans le cours de chacune de nos existences. Ce qui paraissait inaltérable, intangible a été remis en question par la pandémie liée au SARS-CoV-2. À cet événement majeur vécu à l'échelle individuelle correspond un “moment médical” d'exception où tous les citoyens ont pu suivre en direct les actualités scientifiques les plus pointues, dès lors qu'elles étaient communiquées par les plus grands journaux scientifiques et relayées par les médias et les réseaux sociaux. Le débat scientifique habituellement cantonné aux experts au travers des congrès médicaux et de la littérature spécialisée s'est vu étalé devant le grand public. La rivière est sortie de son lit. L'émergence d'une nouvelle maladie infectieuse à l'échelle mondiale est évidemment source de méconnaissances et d'incertitudes scientifiques. Dans un tel contexte, la pensée scientifique eût dû être animée par le doute, comme cela fut théorisé il y a plus de 2 000 ans dans la Grèce antique. Médusés, nous avons assisté à l'opposé. Quelques “bons clients”, exaltés par les caméras, les micros et leur orgueil, ont écumé les estrades sur un ton péremptoire pour présenter leur vérité. Tous les avis étaient devenus autorisés. La pensée scientifique ne correspondait plus à la recherche de la vérité, mais ressemblait davantage à un débat d'opinion comme un autre (religion, politique, port du voile, tauromachie… – cette liste est non limitative). Tous les Français ont alors eu un avis sur le port du masque, l'hydroxychloroquine, les publications du Lancet, etc.

Dans cette période où la vérité scientifique a été dévalorisée et où la parole médicale est devenue inaudible, nous avons reçu une avalanche d'informations plus ou moins vérifiées sur la vaccination contre la Covid-19. S'ajoutant à l'angoisse et à la morosité ambiante, la confusion sur le sujet sensible de la vaccination, terreau fertilisé depuis plusieurs années par le lobby des antivaccins, a été entretenue par l'information en continu. Le résultat ne s'est pas fait attendre puisque, fin décembre, la majorité de nos concitoyens se défiaient de cette vaccination. Seuls 40 % des Français se disaient prêts à se faire vacciner… Le pire taux au monde (sondage Ipsos du 29 décembre 2020).

Les sociétés savantes impliquées dans le champ de l'hépatogastroentérologie ont alors décidé d'œuvrer ensemble afin de produire un document commun d'information sur la vaccination contre le SARS-CoV-2, destiné à la fois au grand public et aux spécialistes de la discipline (recommandations SNFGE-GETAID-FFCD-AFEF [1]). L'hépatogastroentérologie concerne en effet de nombreuses maladies chroniques de l'appareil digestif, qu'elles soient malignes ou bénignes, et les messages successifs des autorités sanitaires relatifs au risque, pour les personnes qui en sont atteintes, de contracter une forme grave de Covid-19 ont pu être source de confusion. En janvier 2021, la SNFGE, le GETAID, la FFCD et l'AFEF se sont donc associés pour élaborer des recommandations communes concernant l'ensemble de notre discipline. Ce travail, coordonné par le Pr Aurélien Amiot, a tout d'abord permis de rappeler le triple objectif de la stratégie vaccinale : diminuer la mortalité et l'apparition des formes graves de la maladie ; protéger les soignants et préserver le système de soins ; garantir la sécurité des vaccins et de la vaccination tout en respectant la gratuité et le consentement des patients. Les dernières connaissances scientifiques et les spécificités de chacun des différents groupes de maladies concernées ont été prises en compte. Certaines pathologies de l'appareil digestif présentent en effet un sur-risque de forme sévère de Covid-19 (cirrhose Child B ou C, cancers digestifs, actifs, traités ­ou de moins de 3 ans, transplantation hépatique, maladies métaboliques du foie (NAFLD, NASH) associées à une obésité ou à un diabète). A contrario, ce risque ne semble pas accru chez les malades ayant une immunodépression acquise au cours d'une pathologie digestive ou hépatique, en particulier ceux atteints de MICI. Le message général, en accord avec les recommandations internationales des autorités sanitaires, est évidemment de préconiser aux patients atteints de pathologies digestives et hépatiques chroniques, y compris ceux qui prennent des immunosuppresseurs, mais à l'exception des patients qui ont une allergie connue aux vaccins et des patientes enceintes, de se faire vacciner contre le SARS-CoV-2. Ce message simple a le mérite de la cohérence, espérons qu'il sera entendu dans la cacophonie ambiante.

Références

1. Recommandations SNFGE-GETAID-FFCD-AFEF pour la vaccination contre la Covid-19 : https://www.snfge.org/actualite/recommandations-snfge-getaid-ffcd-afef-pour-la-vaccination-contre-la-covid-19

Liens d'interêts

D. Laharie déclare ne pas avoir de liens d’intérêts en relation avec cet éditorial.

auteur
Pr David LAHARIE
Pr David LAHARIE

Médecin
Gastro-entérologie et hépatologie
Hôpital Haut-Lévêque, CHU, Bordeaux
France
Contributions et liens d'intérêts

centre(s) d’intérêt
Gastroentérologie
thématique(s)
COVID-19