Mise au point

Intérêt de la kinésithérapie dans la prise en charge des céphalées

Mis en ligne le 30/04/2019

Auteurs : A. Demont

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  • La kinésithérapie pour la prise en charge des céphalées s'intègre dans une approche multimodale et pluridisciplinaire.
  • L'évaluation de l'état de sensibilisation du système nerveux du patient présentant une céphalée chronique est une étape fondamentale afin de l'orienter vers le traitement le plus adapté.
  • Les traitements actifs doivent être privilégiés dans la prise en charge des patients présentant des céphalées plutôt que les approches passives.
  • Un programme d'autorééducation doit faire partie du traitement du patient afin de répéter et d'intensifier les exercices visant le reconditionnement de la réponse du système nerveux.
  • L'éducation du patient joue un rôle prépondérant pour améliorer son observance au traitement et sa capacité de gestion des épisodes de céphalées.

La céphalée est un symptôme et compte parmi les affections du système nerveux les plus répandues dans la population (1). Il s'agit d'une manifestation douloureuse et invalidante pouvant être de forme primaire (migraine, céphalée de tension et céphalée trigémino-autonomique principalement) ou secondaire (pouvant être causée par une affection vasculaire, infectieuse, traumatique, une surconsom­mation médicamenteuse, etc.) [2]. Les céphalées sont considérées comme un enjeu majeur de santé publique en termes d'incapacité et de coût financier pour la société (1). Il s'agit d'un motif fréquent de consultation en ville et en service d'urgences (3-5). Les céphalées chroniques quotidiennes représentent la majorité des dépenses de santé consacrées à la prise en charge des céphalées et leur prise en charge demeure complexe (6).

La prise en charge thérapeutique couramment proposée aux patients présentant une céphalée cervicogénique, une céphalée de tension ou une migraine repose à ce jour quasi uniquement sur un traitement pharmacologique. Toutefois, bien que ces traitements puissent être efficaces, ceux visant l'hyperalgésie périphérique et la modification des voies de modulation de la douleur du système nerveux central (SNC) peuvent entraîner des effets indésirables (7). Les traitements non pharmacologiques tendent à être des pistes thérapeutiques de plus en plus évaluées dans la littérature afin d'améliorer le fonctionnement des différents processus de modulation de la douleur favorisant la chronicisation des céphalées. La kinési­thérapie fait partie des approches non médicamenteuses démontrées efficaces dans la littérature pour le traitement de certaines formes de céphalées (8, 9).

La compréhension moderne de la neuro-physiopathologie des céphalées tend à mettre en évidence que ces symptômes sont la manifestation d'un dérèglement du fonctionnement du système nerveux périphérique et du SNC en matière de conduction, de modulation et de perception de la douleur (8-10).

Cet article a pour objectif de présenter les bénéfices et les limites de la kinésithérapie dans la prise en charge de certaines formes de céphalées, en ciblant la céphalée cervicogénique (incluant la névralgie occipitale), la céphalée de tension (épisodique [CTE] fréquente et chronique [CTC]) et la migraine. Bien que les douleurs crâniennes et faciales attribuées à un désordre tempomandibulaire puissent justifier un recours à la kinésithérapie (11), les traitements ne seront pas évoqués ici.

Intérêts de la kinésithérapie pour le diagnostic et l'évaluation fonctionnelle des céphalées

Céphalée cervicogénique

Les céphalées secondaires cervicogéniques sont à rapporter à une affection musculosquelettique cervicale dont le diagnostic doit être fondé sur les critères de la Classification internationale des céphalées (2). L'identification de l'origine musculo­squelettique peut être difficile en pratique courante et peut nécessiter la réalisation d'un examen clinique spécifique. La caractérisation de la céphalée cervicogénique a été bien décrite dans la littérature, permettant de l'évoquer à partir seulement de l'interrogatoire et d'un examen clinique approfondi (12). Il a été démontré avec une précision dia­g­nostique élevée qu'un examen physique détaillé du rachis cervical permettait d'identifier la source ­musculosquelettique cervicale causant les céphalées et d'orienter au mieux le traitement. Cet examen clinique permet d'identifier la source nociceptive de la céphalée cervicogénique lorsque celle-ci n'est pas identifiée, comme une lésion observée à un examen d'imagerie (entorse cervicale, fracture cervicale, hernie discale, etc.). L'examen clinique permet d'identifier une ou plusieurs des principales sources nociceptives suivantes (13) :

  • articulation interapophysaire postérieure de C1-C2 (éprouvée comme la source la plus fréquente de céphalée cervicogénique) ;
  • articulation interapophysaire postérieure de C2-C3 ;
  • disque intervertébral de C2-C3 ;
  • muscles cervicaux et sous-occipitaux ;
  • nerf grand occipital (rameau postérieur de la racine de C2 pouvant générer une névralgie occipitale).

Plusieurs tests cliniques présentant une bonne précision diagnostique et une bonne reproductibilité ont été définis pour permettre d'identifier la cause de la céphalée cervicogénique (14) :

  • test rotatoire cervical de C1-C2 visant la reproduction d'une céphalée à partir de l'articulation interapophysaire postérieure C1-C2 (Se [sensibilité] : 90 %, Sp [spécificité] : 88 %, ICC [coefficient de corrélation intraclasse] interopérateur : 92 %) [15, 16] ;
  • tests de provocation articulaire par la réalisation d'une protraction/rétraction de la tête associée à des inclinaisons ou à des rotations visant la reproduction d'une céphalée à partir des articulations interapophysaires postérieures de C1-C2 et de C2-C3, et le disque intervertébral de C2-C3 selon les mouvements déclenchants (14) ;
  • test de flexion crâniocervicale (Se : 90 %, Sp : 88 %, ICC : 63-86 %) évaluant les muscles ­cervicaux et sous-occipitaux (12, 17) ;
  • test palpatoire du nerf grand occipital visant la reproduction de la névralgie occipitale (signe de Tinel) [18, 19].

Céphalées de tension épisodiques et chroniques

Le diagnostic des céphalées de tension repose sur des critères précis d'interrogatoire de la Classification internationale des céphalées avec un examen clinique normal (2). Il n'existe pas d'examen clinique kinésithérapique pour conforter le diagnostic. Toutefois, l'évaluation kinésithérapique peut aider à la recherche d'un ou de plusieurs mécanismes de sensibilisation du système nerveux (détaillée dans le sous-chapitre 4.b).

Les mécanismes physiopathologiques qui sous-tendent les céphalées de tension ne sont actuellement pas tous élucidés. Celles-ci semblent avoir une origine multifactorielle, associant à des degrés variables des facteurs musculosquelettiques, des facteurs cognitifs (influençant la conduction, la modulation et la perception de la douleur) ainsi que des facteurs environnementaux. Les mécanismes physiopathologiques semblent différer selon le sous-type de céphalées de tension. En effet, les CTE sont probablement liées à des modifications périphériques du seuil d'excitabilité des nocicepteurs et à une augmentation de la tension des muscles péricrâniens et cervicaux (20). Cette tension musculaire ressentie serait due à une contraction excessive réflexe des muscles péricrâniens et cervicaux produite par l'hypersensibilisation du système nerveux à la suite d'épisodes répétés de céphalées, mais n'est pas identifiée actuellement comme la cause du ­déclenchement des céphalées, de tension (20, 21). Les CTC, quant à elles, présenteraient plutôt des modifications des mécanismes centraux des voies descendantes impliquées dans les processus de modulation de la douleur (20, 22-25).

Migraine

Le diagnostic de migraine repose également sur des critères précis d'interrogatoire de la Classification internationale des céphalées avec un examen clinique retrouvé normal (2). L'évaluation kinési­thérapique peut aider secondairement à la recherche d'un ou de plusieurs mécanismes de sensibilisation du système nerveux permettant d'aider au choix du traitement kinésithérapique (détaillée dans le sous-chapitre 4.b).

Les connaissances scientifiques concernant la physiopathologie de la migraine ont grandement évolué ces dernières années (19, 26, 27). La littérature suggère que plusieurs mécanismes concomitants seraient impliqués : une excitabilité cérébrale accrue, une dilatation artérielle intracrânienne, une activation et une sensibilisation récurrentes de la voie trigémino­vasculaire et des changements structurels et fonctionnels des voies de modulation de la douleur chez ces patients génétiquement prédisposés (28, 29). La modification de ces derniers mécanismes de modulation semble être prédominante dans la migraine chronique.

Bien que les conséquences de ces modifications nociplastiques restent incomplètement expliquées, elles pourraient être impliquées dans la modulation de la douleur et dans la perception sensorielle survenant à la fois avant (prodromes), pendant et après (postdromes) les crises chez ces patients (30-32).

Mécanismes de chronicisation des symptômes dans les céphalées

Physiopathologie de la sensibilisation ­périphérique et centrale

Les céphalées cervicogéniques, les céphalées de tension et les migraines épisodiques semblent présenter systématiquement un mécanisme de sensibilisation périphérique du système nerveux contribuant à la récidive de symptômes. Une stimulation nociceptive excessive et répétée peut déclencher à moyen terme une augmentation prolongée mais réversible de l'excitabilité synaptique neuronale, diminuant leur seuil de réponse et augmentant l'amplitude de celui-ci. Toutefois, lorsque la répétition des épisodes de céphalée est importante et surtout si elle est associée à des facteurs psychosociaux, un mécanisme concomitant de sensibilisation centrale peut être observé chez les patients présentant des céphalées cervicogéniques chroniques, des céphalées de tension chroniques et des migraines chroniques (33).

Une altération de la fonction musculaire cervicale et thoracique et une diminution de la représentation corticale de la région douloureuse sont 2 conséquences démontrées chez les patients présentant des douleurs chroniques (34, 35). Ces altérations musculaires contribuent à leur tour à faciliter la recrudescence des céphalées par une atrophie progressive des muscles cervicaux profonds et leur activation retardée.

Ces mécanismes physiopathologiques semblent être réversibles et peuvent être retrouvés dans de nombreuses autres pathologies comme la polyarthrite rhumatoïde, la fibromyalgie, le syndrome de l'intestin irritable, etc. (24). Leur identification contribue au choix d'orientation thérapeutique en kinésithérapie.

Interrogatoire et évaluation fonctionnelle des mécanismes en lien avec la douleur nociplastique

Une fois le diagnostic de céphalée retenu (migraine, céphalée cervicogénique ou céphalée de tension), l'interrogatoire et l'évaluation fonctionnelle vont contribuer à rechercher l'existence d'un mécanisme de sensibilisation du système nerveux. L'évaluation de l'état de sensibilisation du système nerveux va ainsi contribuer à une meilleure compréhension de la recrudescence des épisodes de céphalée et de l'exacerbation de l'intensité de la douleur ressentie face à l'intensité de la contrainte physique et/ou mentale vécue (généralement exacerbée). L'évaluation complémentaire va ainsi viser la caractérisation d'une sensibilisation centrale (associée ou non à une sensibilisation périphérique) par la mise en évidence de manifestations cliniques (36).

La présence d'une sensibilisation centrale peut être évoquée lors de l'interrogatoire lorsque les céphalées sont associées à des perturbations émotionnelles et à de mauvaises adaptations cognitives (37).

Les outils d'évaluation permettant de caractériser la présence ou l'absence d'un tel mécanisme sont :

  • la douleur diffuse et exacerbée évaluée par la Body Chart remplie par le patient (37, 38) ;
  • le score supérieur à 40 à l'inventaire de sensibilisation centrale (39-41) ;
  • l'allodynie tactile pouvant être évaluée par l'algomètre de pression (ou lors de tâches quotidiennes comme le brossage des cheveux ou l'application de cosmétique) [37, 42] et une hyperalgésie secondaire à la stimulation périphérique (par exemple, mouvement de la tête) [24, 38].

Les résultats de ces évaluations permettent de définir un pronostic de guérison : plus l'hypersensibilité du système nerveux est élevée, plus le délai de récupération sera long.

Intérêts de la kinésithérapie pour la prise en charge thérapeutique des patients présentant une céphalée cervicogénique, une céphalée de tension ou une migraine

La littérature a considérablement augmenté ces dernières années sur l'évaluation de l'efficacité de la kinésithérapie pour les patients présentant particulièrement une céphalée cervicogénique, une céphalée de tension et une migraine. La kinési­thérapie présente un intérêt grandissant pour la prise en charge des affections musculosquelettiques et des mécanismes physiopathologiques jouant un rôle dans le déclenchement de la céphalée.

De nombreux patients rapportent régulièrement le recours quasi exclusif d'approches thérapeutiques passives à la suite des consultations avec des kinési­thérapeutes : massage, étirement musculaire, mobilisations et manipulations articulaires. Comme décrit ci-dessus, la physiopathologie des céphalées implique majoritairement un dysfonctionnement du système nerveux et permet donc de comprendre la faible efficacité (voire l'absence d'efficacité) de ces thérapies sur le long terme, comme cela est évoqué dans la littérature. De plus, les mobilisations et les manipulations articulaires ne semblent pas adaptées à toutes les formes de céphalées. Il a été suggéré que les patients avec une intensité faible de sensibilisation du système nerveux seraient plus susceptibles de tirer profit de la thérapie manuelle comme traitement initial avant d'envisager un programme d'exercice pour reconditionner la réponse du système nerveux à la contrainte (43).

Un élément primordial de la rééducation repose sur l'implication du patient dans son traitement et sur son éducation à la neurophysiologie de la douleur. L'acquisition de compétences visant à améliorer la gestion des céphalées par le patient permet de contribuer à la diminution de l'anxiété et de la peur, directement corrélées à l'amélioration de l'efficacité des processus de contrôle descendant (37, 44, 45). La compréhension neurophysiopathologique des céphalées, et les comportements quotidiens que peut adopter le patient pour améliorer sa condition et son rôle dans la gestion des symptômes sont des éléments prépondérants pour faciliter l'observance du patient au traitement et la réalisation des exercices répétés à domicile.

Les traitements détaillés ci-dessous doivent s'orienter majoritairement vers des techniques actives. Une place limitée est faite pour les techniques passives et discutables pour les manipulations cervicales. Ces dernières sont fréquemment pratiquées par de nombreux professionnels prenant en charge les patients présentant des céphalées. La manipulation semble avoir des effets bénéfiques sur la mobilité cervicale et l'activité spinale et supra­spinale (relargage ­d'endorphines) [46]. La manipulation entraîne un effet de cavitation de l'articulation qui stimule le système nerveux parasympathique contribuant à un relâchement des structures périarticulaires, une augmentation temporaire de la mobilité et une réduction de la tension musculaire. Toutefois, ces effets ont été observés seulement sur une durée maximale de 24 heures après la manipulation (47). Le recours aux manipulations cervicales demeure d'ailleurs controversée en raison de complications mineures telles qu'une augmentation de la raideur ou une limitation de mouvement, ou majeures, telles qu'une dissection des troncs supra-aortiques et/ou des déficits neurologiques (48). Il est donc primordial de valider l'intérêt éventuel de manipulation avec le médecin prescripteur.

Enfin, il est important de rappeler que la kinési­thérapie ne se substitue pas au traitement pharmacologique, particulièrement chez les patients présentant un état d'hypersensibilisation du système nerveux. Cet état ne permet pas toujours au patient de tolérer les exercices rééducatifs et implique un traitement médicamenteux afin d'obtenir une amélioration sur le long terme.

Céphalée cervicogénique associée ou non à une névralgie occipitale (aiguë ou chronique)

Le traitement kinésithérapique de la céphalée cervico­génique a été, parmi les 3 pathologies ­évoquées ici, le plus évalué dans la littérature et est désormais démontré comme étant efficace pour la prise en charge de ces patients. Le traitement visera donc la ou les structures génératrices de la douleur (par exemple l'articulation C1-C2 pour la céphalée ­cervicogénique d'origine articulaire C1-C2) ainsi que les facteurs favorisant son déclenchement.

Les stratégies kinésithérapiques démontrées comme étant efficaces dans la littérature en matière de réduction de la douleur et du handicap et l'amélioration de la fonction cervicale pour le traitement sont les suivantes (49) :

  • la mobilisation des articulations du rachis cervical : l'objectif est l'amélioration de la mobilité cervicale ;
  • les mobilisations articulaires et les exercices de renforcement musculaire de la région scapulaire et thoracique : l'objectif est l'amélioration du recrutement musculaire et de la mobilité thora­cique contribuant à une plus grande mobilité cervicale ;
  • les exercices de renforcement musculaire incluant les extenseurs et les fléchisseurs profonds cervicaux : l'objectif est l'amélioration de l'endurance des muscles cervicaux et la réduction de la suractivité des muscles superficiels comme les trapèzes supérieurs ;
  • le programme d'autorééducation de mobilisation cervicale et d'exercices musculaires réalisé par le patient : l'objectif est l'amélioration de la mobilité et de l'endurance musculaire par la répétition des exercices à domicile.

Les stratégies thérapeutiques démontrées comme étant efficaces pour la prise en charge des patients présentant une céphalée cervicogénique chronique sont décrites dans la figure et doivent inclure 2 approches : périphérique et centrale.

Céphalées de tension épisodiques et chroniques, et migraine

Bien que la littérature soit encore insuffisante, les perspectives thérapeutiques en rééducation peuvent se justifier par la physiopathologie de la céphalée de tension et de la migraine liée aux nombreuses interactions impliquant différentes dysfonctions du système nerveux central et périphérique, ainsi que leurs relations avec certains facteurs environnementaux perçus comme menaçants (jouant un rôle dans le déclenchement de la migraine) [29]. Les mécanismes physiopathologiques de sensibilisation périphérique et, le cas échéant centrale, semblent être réversibles et sont dépendants de la combinaison de traitements kinési­thérapiques adaptés aux patients, visant, d'une part, la diminution de l'excitabilité de la source nociceptive et, d'autre part, l'augmentation de la stimulation des voies descendantes cerveau-­système trigéminovasculaire de modulation de la douleur par la prise en compte des facteurs de chronicisation. La littérature est plus abondante et de meilleure qualité sur le traitement de la céphalée de tension, mettant en évidence une efficacité du traitement sur la douleur et la fonction alors que la littérature sur la migraine est encore trop limitée et de qualité faible à modérée. Toutefois, elle tend à mettre en évidence le fait que la prise en charge physique et active dans le traitement des céphalées chroniques permettrait de réduire l'hyper­excitabilité des voies nociceptives ascendantes et de stimuler les voies inhibitrices descendantes, contribuant ainsi à la réversibilité de ces mécanismes (50, 51).

Les techniques kinésithérapiques visant les mécanismes de sensibilisation de la céphalée de tension et de la migraine sont présentées ci-dessous conjointement.

Plusieurs études tendent à mettre en évidence l'intérêt de proposer un programme de rééducation pour la prise en charge de la céphalée de tension afin de contribuer à la diminution de la douleur et à l'amélioration de la fonction lorsque ce programme est associé à un traitement multimodal (19, 26, 27). Les stratégies thérapeutiques efficaces éprouvées dans la littérature pour la prise en charge des céphalées de tension sont les suivantes (52-54) :

  • sur le court terme :
  • thérapie manuelle : mobilisations articulaires,
  • étirements et massage ;
  • sur le long terme :
  • exercices neuromusculaires,
  • exercices de renforcement des muscles profonds cervicaux et thoraciques,
  • exposition graduée à la contrainte,
  • exercices aérobiques.

La littérature portant sur les techniques passives, comme le massage et les étirements, est encore contradictoire en matière d'efficacité. Il est probable que ces techniques apportent un bénéfice sur la douleur et sur la qualité de vie (55). Toutefois, il semblerait que les effets spinaux et supraspinaux soient observables uniquement sur le très court terme, avec peu d'études de bonne qualité sur ces techniques.

Les exercices actifs ont quant à eux été démontrés comme étant efficaces pour diminuer les afférences nociceptives provenant de la région crâniocervicale (mécanisme périphérique) afin de diminuer la sensibilisation périphérique et centrale du système nerveux (56, 57). Ces exercices actifs comprennent des exercices d'exposition graduée à la contrainte (augmentant l'efficacité des processus de contrôle descendant) [14], des exercices neuromusculaires (exercices visant l'apprentissage d'habiletés motrices à partir de stimulations proprioceptives, augmentant l'efficacité des processus de contrôle descendant) [58] et des exercices aérobiques (augmentant l'efficacité des processus de contrôle descendant) [59, 60]. Il a été suggéré que, lorsque la céphalée est surtout modulée par des mécanismes périphériques (principalement la sensibilisation périphérique), les traitements locaux précoces et appropriés et l'activité fonctionnelle doivent être encouragés (43).

Chez les patients présentant une céphalée chronique associée à une sensibilisation centrale, le traitement kinésithérapique s'étendra au-delà de la pathologie focalisée sur les tissus locaux à l'origine de la nociception pour incorporer des stratégies orientées sur la diminution de l'hypersensibilité du SNC (43). De nombreuses approches thérapeutiques présentées sur la figure ont ainsi démontré leur efficacité afin de moduler cette hypersensibilité. La combinaison d'exercices aérobiques et d'exercices physiques répétés et d'intensité graduellement augmentée pourrait réduire la durée des crises chez un patient présentant des céphalées chroniques (61).

Parallèlement à ces méthodes thérapeutiques, l'électrothérapie a été démontrée comme étant une technique qui permet de réduire la quantité de stimulations nociceptives périphériques (50). Toutefois, les études sont encore de faible qualité pour pouvoir affirmer avec certitude l'efficacité et surtout pour connaître ses conditions d'utilisation.

Les techniques de biofeedback sont également utilisées en pratique clinique pour le traitement de certaines formes de céphalées comme la migraine. La neurothérapie est un terme général faisant référence aux nombreux types de biofeedback utilisés pour modifier la réponse du SNC. Le terme de biofeedback se réfère à la modification de la fréquence cérébrale. Ces techniques visent à enseigner aux patients comment modifier l'activité cérébrale par la respiration et la prise de conscience corporelle (62). Il est décrit que ces techniques permettent de modifier la tension musculaire, de ralentir le rythme respiratoire et d'augmenter la température cutanée nécessaire à la modification de l'activité cérébrale. Quelques études de qualité faible à modérée ont évalué l'efficacité de ces techniques et permettent de conclure à une efficacité sur le court terme en matière de réduction de l'intensité et de la durée des céphalées (63). Toutefois, de nouvelles études sont nécessaires pour préciser l'efficacité au long cours et les indications de ces techniques dans la prise en charge des céphalées.

Enfin, la relaxation a été une méthode évaluée dans la littérature. Il existe des preuves controversées sur l'efficacité des techniques de relaxation sur la migraine. Cependant, quelques études de qualité modérée soutiennent les techniques de relaxation comme un traitement d'appoint pour la prise en charge des céphalées, bien que les effets soient observés sur le court et le moyen terme (64, 65).

Conclusion

La rééducation kinésithérapique apparaît comme une stratégie thérapeutique efficace pour les patients souffrant de céphalées cervicogéniques mais aussi probablement pour certains patients souffrant de céphalées de tension, voire de migraine. L'examen clinique peut aider à l'identification de source nociceptive lors du diagnostic de la céphalée cervicogénique. Il semble indispensable de combiner l'efficacité des différentes approches pertinentes et validées scientifiquement afin, d'une part, de formuler l'hypothèse diagnostique la plus probable et, d'autre part, de combiner les approches thérapeutiques pertinentes, et d'éduquer le patient à une meilleure connaissance et gestion de ses symptômes pour limiter les récidives. Bien que la littérature, mettant en évidence l'efficacité de la kinésithérapie pour la prise en charge de pathologies chroniques incluant la présence de mécanismes physiopathologiques centraux, soit de plus en plus fournie, celle sur les céphalées de tension et la migraine ouvre des perspectives pertinentes pour compléter le traitement de ces patients. L'éducation du patient à la gestion de ses symptômes et à la compréhension de la neurophysiologie de la douleur joue un rôle prépondérant pour l'observance du traitement et l'amélioration sur le long terme de ses symptômes. Les kinésithérapeutes diplômés d'État sont habilités à prendre en charge ce type de pathologie en pratique clinique. Toutefois, il a été suggéré qu'une formation complémentaire permettrait d'améliorer la prise en charge des patients présentant des pathologies complexes (66). La collaboration entre les différentes professions de santé prenant en charge ces patients est indispensable pour limiter l'errance diagnostique et apporter une réponse efficace permettant d'augmenter la probabilité de réussite du traitement sur le long terme.■


FIGURES

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Liens d'interêts

A. Demont déclare ne pas avoir de liens d’intérêts.

auteur
centre(s) d’intérêt
Neurologie
thématique(s)
Neurovasculaire - Céphalées
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