Congrès/Réunion

Somnoforum – Berlin, 7 et 8 décembre 2018

Mis en ligne le 31/03/2019

Auteurs : W. El Bakkouri

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  • La 10e édition du Somnoforum s'est tenue cette année à Berlin les 7 et 8 décembre 2018, sous la présidence du Dr Pierre El Chater. Comme chaque année, l'enthousiasme des participants était au rendez-vous. De nouveaux thèmes, notamment le sommeil de la femme enceinte, les troubles neuropsychiatriques et le sommeil, le big data et les objets connectés, ont été abordés dans une très belle ambiance générale.

Troubles du comportement du sommeil paradoxal et syndrome d'apnées obstructifs du sommeil : une simple association ?

Dans son introduction, l'orateur nous rappelle que les troubles du comportement du sommeil paradoxal (TCSP) sont des épisodes répétés de vocalisation et de mouvements associés au sommeil. Il s'agit typiquement d'un patient qui exprime des rêves au contenu agressif (se bat contre un cambrioleur, sur un ring de boxe, etc.). Le risque de blessure envers lui-même ou le conjoint qui dort à côté est réel et une prise en charge est nécessaire. Ces épisodes sont habituellement documentés par une polysomno­graphie (PSG). Il est important de faire le diagnostic car cette pathologie est prédictive du développement d'une α-synucléinopathie (maladie de Parkinson, etc.). L'hypothèse physiopathologique la plus probable est liée à un processus dégénératif au niveau du tronc cérébral. Le traitement est médicamenteux et comporte depuis 1986 du clona­zépam à la dose quotidienne de 0,5 à 2 mg et depuis 1996 de la mélatonine à la dose de 2 à 12 mg. Le traitement des symptômes pseudo-TCSP dans le cadre d'un syndrome d'apnées obstructives du sommeil (SAOS) sévère est la mise en place d'une ventilation par pression positive continue (PPC).

Sommeil et trouble avec déficit de l'attention : de l'enfant à l'âge adulte

Dr S. Bioulac (Bordeaux)

Pour rappel, le TADH est un trouble avec déficit de l'attention (avec ou sans hyperactivité). Ce sont des enfants qui présentent des troubles du compor­tement dès l'âge préscolaire. En primaire les difficultés d'apprentissage apparaissent, les difficultés avec les interactions sociales s'accentuent. Les années au collège sont marquées par un échec scolaire et un abus de substances illicites. À l'âge adulte, ce sont des patients en échec social, qui consomment des substances illicites et sont dans le conflit permanent. Parmi ces patients atteints de TDAH, 50 à 74 % ont des troubles respiratoires du sommeil (TRS) : retard de phase, réveils nocturnes, parasomnies, SAOS, insomnies, etc. Dans une méta-analyse publiée en 2014, les auteurs ont constaté qu'il y avait plus de symptômes de TADH chez les sujets atteints de TRS, que les symptômes de TADH s'amélioraient après une adénoamygdalectomie et que devant tout enfant présentant un TADH, une recherche de TRS devait être effectuée (1).

Siest'enbus, un modèle d'évaluation et de déploiement de la sieste en entreprise

Drs C. Boyer et S. Lacoste (Bordeaux)

La plainte “sommeil” est un véritable problème de santé publique : un déficit de sommeil est observé à tout âge (1 h 30 de sommeil en moins en 50 ans), des troubles accrus du sommeil sont constatés, et les consultations dédiées sont de plus en plus surchargées. Une solution serait de réintroduire la sieste dans nos habitudes de vie comme cela est fait dans les pays nordiques afin de corriger les troubles liés au manque de sommeil nocturne. La sieste est un moteur de performance, augmente le bien-être au travail et participe à la lutte contre les accidents de travail. Dans ce travail de thèse présenté par les orateurs, les objectifs étaient d'évaluer l'efficacité d'un repos avec ou sans sieste sur la vigilance et sur la somnolence, et d'évaluer qualitativement l'intérêt d'un repos avec ou sans sieste. Sur les questions : amélioration des performances, intérêt de la sieste, envie de faire la sieste, utiliser un espace de sieste, les réponses étaient positives dans plus de 50 % des cas. Dans l'étude présentée (108 patients dont les ¾ étaient des cadres), la vigilance était significativement améliorée et la somnolence diurne significativement abaissée par la sieste sur le lieu de travail.

Le sommeil de la femme enceinte

Dr N. Aisenberg (Paris)

Les troubles du sommeil chez la femme enceinte sont encore trop souvent méconnus, que cela soit par la parturiente elle-même ou par les soignants, car ceux-ci sont considérés comme étant la conséquence normale et physiologique de l'état de grossesse. Depuis 2 ans, la littérature médicale sur le sujet est en pleine croissance devant la prise de conscience des possibles complications de ces troubles sur la future maman et son bébé. La durée et la qualité du sommeil de la femme enceinte se modifient tout au long de la grossesse en raison des variations hormonales, de la prise de poids, et des mouvements fœtaux entraînant des micro-éveils, voire des éveils nocturnes. Il y a moins de sommeil lent profond, qui est considéré comme le sommeil de récupération physique et psychique.

Un SAOS peut s'observer durant la grossesse et doit être dépisté puis diagnostiqué rapidement car les conséquences peuvent être graves : hypertension artérielle gravidique, pré-éclampsie et éclampsie, augmentation du risque de diabète gestationnel. S'agissant du fœtus, les apnées maternelles, en entraînant une hypoxémie intermittente au niveau du placenta, sont responsables d'un retard de croissance intra-utérin et d'une augmentation du risque d'accouchement prématuré. Il est donc urgent de débuter une PPC dès que le diagnostic de SAOS est posé afin de permettre la normalisation des paramètres pathologiques. Quelques mois après l'accou­chement il faudra refaire un enregistrement du sommeil. Parfois les problèmes rencontrés pendant la grossesse n'ont fait que démasquer un SAOS jusqu'alors passé inaperçu et dans ce cas la femme gardera sa PPC ou évoluera vers un traitement plus adapté. Le SAOS peut disparaître à l'accou­chement, mais les prochaines grossesses sont à surveiller.

Trente ans de neurostimulation pour le SAOS : des origines à son utilisation dans la pratique clinique

Pr F. Chabolle (Paris)

Dans son introduction, le Pr Chabolle rappelle les taux de succès rapportés à la chirurgie du SAOS : hormis l'avancée maxillomandibulaire, l'avancée génioglosse et l'amygdalectomie (taux de succès de 90 %, 66 % et 78 %), les taux varient entre 30 % et 50 % selon le type de chirurgie (uvulo-vélo­pharyngoplastie, radiofréquence, chirurgie de la base de langue, etc.). Devant ces succès mitigés, s'est posée la question d'une chirurgie fonctionnelle du SAOS qui permettrait de traiter efficacement le patient sans aucune modification radicale des voies aériennes supérieures. Il y a une trentaine d'année, l'idée de stimuler les muscles dilatateurs des voies aériennes supérieures (VAS) et notamment le muscle génioglosse pendant le sommeil des sujets atteints de SAOS est née ; Oliven et al. (2) ont montré que la stimulation du muscle génioglosse augmentait le diamètre des VAS sur le modèle animal anesthésié. Les réflexions sur les modes de stimulation se sont succédées (voie musculaire directe puis transmuqueuse puis transcutanée) jusqu'à la technique actuelle validée dans plusieurs pays : stimuler de manière sélective les fibres nerveuses du grand hypoglosse (XII) afin d'obtenir une contraction du muscle génioglosse et donc une levée du collapsus pharyngé via une protraction linguale. Le dispositif comporte un petit pacemaker mis en place sous la clavicule. Une électrode placée au niveau du thorax détecte les mouvements respiratoires et adresse un signal au pacemaker. Celui-ci envoie alors une stimulation sur une deuxième électrode au contact du XII (d'un seul côté), qui provoque la projection de la langue en avant. Il existe 3 modèles actuel­lement sur le marché. Le modèle IMTHERA stimule le tronc du nerf grand hypoglosse et donc plutôt la base de langue ; il envoie les impulsions électriques en continu (inspiration et expiration) ; le modèle INSPIRE se positionne sur le nerf au niveau du muscle mylo-hyoïdien et est plus sélectif sur les branches nerveuses ; il envoie les stimulations électriques en inspiration. Le modèle NYXOAH n'est pas encore commercialisé. En France, aucun des modèles n'est commercialisé car il n'y a encore aucune prise en charge par nos tutelles. L'accord de la FDA a été obtenu dès 2014. Une étude prospective publiée en 2017 portant sur l'évaluation de la qualité de vie après implantation (modèle INSPIRE) sur 126 patients a montré des résultats prometteurs à 12 mois : amélioration de la tachycardie paro­xystique durant le sommeil et l'éveil, amélioration corrélée à la diminution du score apnées/hypopnées et persistante après une semaine d'arrêt de la stimulation. L'efficacité du système implanté sur la qualité de vie et sur les paramètres du sommeil est prouvée, les modifications sur les fonctions cardiovasculaires sont prometteuses. L'effet à plus long terme sur la diminution des décès et accidents cardiovasculaires méritent des études complémentaires (3).

Les écueils que nous pourrions recueillir de cette thérapeutique fonctionnelle du SAOS sont nombreux : la stimulation reste un traitement chirurgical non radical, les problématiques liés à l'implantation d'un dispositif électronique existent (contre-indi­cation à l'IRM, renouvellement ? registre ? etc.), l'algorithme de réglage de la stimulation reste à améliorer, les problèmes de coût, les questions réglementaires et médico-économiques ne sont pas abouties, les résultats à long terme ne sont pas encore établis car nous manquons actuellement de recul. Le futur est prometteur et tourné vers les stimulations nerveuses transcutanées non invasives et totalement réversibles (patchs collés de chaque côté en regard de la loge sub-mandibulaire juste avant le sommeil).

Orthèses 100 % numériques : quel apport ? quel avenir ?

Dr D. Abedipour (Lyon)

L'avancée technologique notable en matière d'orthèse d'avancée mandibulaire (OAM) réside dans la prise d'empreintes numériques. Comparée à la prise d'empreintes classiques (alginate/silicone), la prise d'empreinte numérique est plus rapide et plus confortable chez 80 % des patients interrogés environ. Pour les praticiens, le confort et la précision sont inégalés. Une fois confectionnée, l'OAM 100 % numérique est adaptable correctement ou avec de minimes retouches dans 96 % des cas, ce qui fait gagner un temps important au cabinet.

Les applications smartphone pour une prise en charge personnalisée et autonome des troubles du sommeil

Dr P. El Chater (Dubai)

Il existe actuellement différents supports techno­logiques au service de l'analyse du sommeil ; certains sont pratiques et ludiques, d'autres plus inconfortables. L'orateur insiste tout au long de son exposé sur le fait qu'il convient de bien expliquer au patient qu'il ne peut s'agir que d'un outil de loisir et qu'il ne peut supplanter à une analyse scientifique du sommeil par un médecin spécialiste et des appareils dédiés comme la polygraphie (PG) ou la polysomnographie. Dans les appareils connectés portables (bracelet, pendentif ou pin's), le capteur est placé directement sur le corps. D'autres exemples comme Sleep number ou Tanita Sleep Scan sont des outils incorporés dans le lit qui permettent d'analyser le sommeil. Les applications pour smartphone connaissent un engouement incroyable du fait de l'effet mode et sont très populaires parce que simples d'utilisation et permettent une auto-analyse du sommeil par le patient. De nos jours, plus de 2 400 applications existent dans le domaine du sommeil ; seules 73 sont fiables pour l'auto-analyse du sommeil. Même dans leur analyse la plus fine, ces applications ne peuvent supplanter les PSG ou PG car elles n'analysent pas tous les stades du sommeil et ne sont donc pas destinées à un usage clinique.■

Références

1. Sedky K, Bennett DS, Carvalho KS. Attention deficit hyperactivity disorder and sleep disordered breathing in pediatric populations: a meta-analysis. Sleep Med Rev 2014;18:349-56.

2. Oliven A, Odeh M, Schnall PR. Improved upper airway patency elicited by electrical stimulation of the hypoglossus nerves. Respiration 1996;63:213-6.

3. Dedhia RC, Shah AJ, Bliwise DL et al. Hypoglossal Nerve Stimulation and Heard Rate Variability: analysis of STAR Trial Responders. Otolaryngol Head Neck Surg 2019;160:165-71.

Liens d'interêts

W. El Bakkouri déclare ne pas avoir de liens d’intérêts

auteur
Dr Wissame EL BAKKOURI

Médecin
ORL et chirurgie cervico-faciale
Hôpital Robert-Debré, Paris
France
Contributions et liens d'intérêts

centre(s) d’intérêt
ORL