Editorial

Urgences ORL pédiatriques : une inquiétude familiale, des réponses territoriales

Mis en ligne le 31/12/2022

Auteurs : Dr Yves Manach

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Le terme d'urgence est fourre-tout : s'il est formulé par la famille, un tri est nécessaire ; s'il est formulé par un médecin, l'urgence requiert une disponibilité en personnel et parfois en moyens techniques.

Libérons-nous de deux urgences qui risquent de troubler notre approche :

  • l'enfant qui, après un syndrome de pénétration, conserve une gêne ventilatoire ; l'angoisse générée par la dyspnée persistante et son exemplarité dans le domaine des urgences font que la famille appelle au secours le 15 ou le 18 qui mettra en route la prise en charge optimale en fonction de la situation géographique de l'enfant ; la logistique est assurée ;
  • l'urgence vasculaire, ici hémorragique (alors que chez l'adulte elle est le plus souvent obstructive) survient essentiellement après une amygdalectomie ; les consignes de surveillance postopératoires indiquent le chemin à suivre.

Rappelons-nous également que 20 à 60 % de la pathologie ORL pédiatrique est prise en charge par le médecin traitant ou le pédiatre, pourcentage dépendant de la disponibilité ou de l'éloignement du médecin ORL ; il en est de même pour les urgences ressenties.

Face à une urgence ressentie et en dehors des heures ouvrables, la famille, après s'être heurtée au répondeur téléphonique du médecin traitant, du pédiatre ou de l'ORL, se rendra en premier lieu intuitivement :

  • aux urgences de l'hôpital de proximité qu'elle connaît, où l'enfant sera pris en charge. Si un geste technique est requis sans nécessiter d'hospitalisation et que cet hôpital possède un service ORL insuffisamment étoffé pour l'organisation d'une garde, ce geste pourra y être réalisé le lendemain aux heures ouvrables ;
  • si l'urgence nécessite une hospitalisation, la famille devra se rendre dans un hôpital doté d'un secteur pédiatrique et d'une garde ORL.

Entre les milieux urbain et rural, deux différences pratiques : en milieu urbain, il peut exister une association de médecins libéraux de garde assurant des visites à domicile tout à fait performantes pour la prise en charge de l'enfant, ou si besoin son orientation ; en milieu rural, moins de la moitié des départements bénéficient d'un hôpital avec urgences pédiatriques et garde ORL, ce qui peut conduire, pour les urgences ORL les plus sévères, à des déplacements de 60 à 80 km supplémentaires vers un département voisin…

Face au désarroi familial et pour prévenir son errance, l'outil d'orientation le plus performant, surtout en milieu rural, est l'appel au 15, seul central téléphonique actualisant le maillage de médecine générale du département et celui de sa garde. Ainsi, après évaluation téléphonique de la situation de l'enfant, le 15, revenant à ses fonctions d'origine, orientera au mieux la famille vers le médecin généraliste ou la maison de santé de garde, ou vers l'une des structures sus-décrites. Les vraies urgences nécessitent un examen calme, bien souvent la prescription d'examens complémentaires, avec l'attente de leurs résultats et une prise en charge thérapeutique plus réfléchie que précipitée. Si cette prise en charge est chirurgicale, elle est de fait réalisée le plus souvent le lendemain, aux heures ouvrables, désorganisant quelque peu le programme établi… Grandeur et servitude… L'acte chirurgical avec anesthésie générale nocturne est devenu rare.

En France, les urgences ORL – notamment pédiatriques – fonctionnent correctement mais en règle, les praticiens ORL qui les assument expriment un sentiment de fatalisme dont il faut veiller à prévenir l'accentuation. L'impérative évolution est pour le moment ailleurs, dans un meilleur maillage du territoire national, en particulier rural, en médecine générale ; pourquoi une maison de santé peut être un réel succès alors que celle qui lui est distante de 20 km peut rester sans médecin, au grand dam du conseil municipal qui en a assuré la construction ? En cette fin 2022, nous semblons nous orienter vers des mesures plus contraignantes : à suivre… C'est l'immobilisme qui serait dangereux.

Liens d'interêts

Y. Manach déclare ne pas avoir de liens d’intérêts en relation avec cet article.

auteur
Dr Yves MANACH

Médecin
ORL et chirurgie cervico-faciale
Hôpital Necker - Enfants Malades, Paris
France
Contributions et liens d'intérêts

centre(s) d’intérêt
ORL