Tribune

Dix principes pour lutter contre le changement climatique

Mis en ligne le 11/03/2018

Mis à jour le 15/03/2018

Auteurs : Maeve Barry, Annesi-Maesano

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La Déclaration de Marrakech de la COP22 a constitué une avancée par rapport aux acquis de la COP21, la santé ayant finalement été mise au centre des discussions. Toutefois, la COP23 s'est achevée en Allemagne sans qu'aucun engagement n'ait été pris, sauf celui de se retrouver l'année prochaine. Seule avancée notable, une vingtaine de pays, dont la France et le Canada, se sont engagés à sortir du charbon, une énergie fossile polluante. Quoi qu'il en soit, les professionnels de la santé se doivent de continuer à travailler afin de protéger la santé de la population des effets du changement climatique. C'est dans ce contexte que 10 principes pour lutter contre le changement climatique ont été proposés par un groupe de travail du comité Environnement et santé de la Société respiratoire européenne. Cette tribune présente et justifie ces principes.

1. Le changement climatique est réel

Le premier principe consiste à réitérer un message, qui est préalable à toute action de défense contre le changement climatique. Ce dernier est en cours. La décennie 2001-2010 a été plus chaude de 0,21 °C que la décennie 1991-2000 et se situe 0,48 °C ­au-dessus de la moyenne de 1961-1990. L'année 2017 compte parmi les 3 années les plus chaudes jamais enregistrées sur la planète depuis le début des relevés météorologiques au XIXe siècle, a annoncé, le jeudi 18 janvier 2018, l'Organisation météorologique mondiale (OMM), une agence de l'ONU.

L'augmentation des températures ainsi que les phénomènes extrêmes qui en découlent (inondations, canicules, tempêtes, etc.) sont dus à l'augmentation des taux de dioxyde de carbone (CO2) et d'autres gaz à effet de serre (méthane, protoxyde d'azote, perfluorocarbures, etc.) dans l'atmosphère du fait des humains.

2. La santé et l'environnement sont indissociablement liés au changement climatique

Le deuxième principe statue que le changement climatique est un processus indissociable de notre santé et de notre environnement. Des concentrations accrues de gaz à effet de serre, notamment le CO2, dans l'atmosphère terrestre ont déjà réchauffé la planète, entraînant des vagues de chaleur plus intenses et prolongées, des variations de température, une augmentation de la durée et de la gravité de la saison pollinique, des incendies, de la sécheresse, de fortes précipitations et des inondations. Ces changements tangibles et visibles dans notre environnement ont des répercussions sur notre santé. La Déclaration de Marrakech reconnaît que près d'un quart de la charge mondiale de morbidité et environ 12,6 millions de décès chaque année sont attribuables à des facteurs environnementaux modifiables, et souligne comment les changements globaux, environnementaux et sociaux, y compris le changement climatique, entraînent nombre de ces risques et ont un impact direct sur la santé humaine. Malheureusement, malgré des preuves de plus en plus claires des effets des facteurs de risque environnementaux et climatiques sur la santé, l'action politique et les investissements actuels ne sont pas suffisants pour relever ces défis à l'échelle mondiale.

3. Le changement climatique a un effet direct sur la santé respiratoire

Le changement climatique représente une menace massive pour la santé respiratoire. Parmi d'autres effets :

  • l'augmentation de la température entraîne une augmentation des décès, des hospitalisations et des besoins de prise en charge pour causes respiratoires ;
  • la chaleur extrême et l'humidité élevée déclenchent des symptômes d'asthme ;
  • les patients atteints de bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO) courent un risque accru d'exacerbations de leur maladie et donc d'hospitalisation pendant les périodes de haute température ;
  • on peut s'attendre à une augmentation de la fréquence des épidémies d'asthme.

4. Le changement climatique a un effet indirect sur la santé respiratoire

Le changement climatique peut déclencher aussi une exposition accrue à certains facteurs de risque des maladies respiratoires et, donc, accélérer leur développement et leur aggravation. Parmi d'autres :

  • des inondations plus fréquentes entraîneront une augmentation de l'humidité et des moisissures dans les espaces intérieurs, causant de l'asthme, de la rhinite allergique et certaines infections respiratoires ;
  • le changement climatique amplifiera la pollution de l'air en termes de niveaux plus élevés d'ozone ou de particules fines, qui sont responsables d'une réduction de la fonction pulmonaire et ont différents effets respiratoires indésirables.

5. Peu de données sont disponibles sur d'autres facteurs également impliqués

Le changement climatique entraînera une augmentation de la fréquence de certains événements complexes peu connus, et qui nécessitent d'être étudiés. Parmi d'autres :

  • la saison pollinique s'allongera et se renforcera, avec une augmentation des exacerbations des maladies respiratoires allergiques ;
  • l'impact croissant des particules naturelles provenant des incendies de forêt, de la désertification et des tempêtes de sable est moins surveillé, voire pas du tout considéré à ce jour. Elles seront responsables de divers effets sur la santé, même ­au-delà du système respiratoire (dans les domaines cardiovasculaire, métabolique, neurodégénératif, de la prématurité, du cancer) ;
  • il existe une association entre les tempêtes de poussière et le risque d'hospitalisation dû à la BPCO et à l'asthme, et des études récentes montrent la même association pour la pneumonie ;
  • bien que les maladies à transmission vectorielle et les infections soient au centre des études sur les effets sanitaires des changements climatiques, les implications pour la santé respiratoire sont insuffisamment connues. De nouveaux risques existent, comme dans le cas de la coccidioïdomycose, une maladie respiratoire causée par un champignon dont la propagation est en augmentation du fait de la sécheresse.

6. L'impact sur la santé n'est pas le même pour tous

Trente pour cent de la population mondiale est menacée par des “pics de chaleur mortels”. Ces individus vulnérables vivant dans des zones sujettes à des événements climatiques symbolisent le fardeau excessif du changement climatique. L'impact est ressenti encore plus intensément par ceux qui souffrent de maladies respiratoires ou qui sont prédisposés à celles-ci.

7. Le défi est de changer

Les émissions anthropiques de gaz à effet de serre sont principalement attribuables à la taille de la population, à l'activité économique, au style de vie, à la consommation d'énergie et aux modes d'utilisation du sol. Combattre le changement climatique nécessite une combinaison de mesures d'atténuation – pour s'attaquer aux causes – et d'adaptation – pour traiter l'impact. Les 2 types d'actions sont nécessaires et réalisables, mais il s'agit de vrais défis, sachant que la population de la Terre atteindra 9,8 milliards de personnes en 2050 et que 70 % d'entre elles vivront dans des villes, dont certaines seront des mégapoles.

8. Atténuation (mitigation)

Une activité contribue à l'atténuation du changement climatique si elle concourt à la stabilisation des concentrations de gaz à effet de serre dans l'atmosphère à un niveau qui empêche toute perturbation dangereuse du système climatique. D'après l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), il s'agit d'activités permettant :

  • de réduire ou de limiter les émissions de gaz à effet de serre ;
  • de protéger et d'améliorer les puits et réservoirs des gaz à effet de serre (par exemple, les forêts et les sols) afin de les stocker et de les contrôler.

En France, près de 80 % des émissions de gaz à effet de serre sont liées à la consommation d'énergie fossile.

Nous devons faire des choix politiques plus intelligents pour réduire la production de gaz à effet de serre et la pollution de l'air, y compris les polluants à courte durée de vie et le pollen, comme préconisé par l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Dans le domaine énergétique, les énergies propres et l'élimination progressive des combustibles fossiles doivent être privilégiées. Par exemple, le Canada, la France, l'Allemagne, les Pays-Bas, l'Autriche, la Finlande et le Portugal se sont déjà engagés à éliminer progressivement les centrales au charbon. La Norvège s'est engagée à interdire les voitures Diesel d'ici 2025.

9. Adaptation

Une action contribue à l'adaptation au changement climatique dès lors qu'elle permet d'en limiter les impacts négatifs et d'en optimiser les effets bénéfiques. Des plans d'action locaux sur la protection de la santé peuvent être envisagés en cas de canicule ou de froid excessif : déploiement de services médicaux d'urgence spécialisés, amélioration de la surveillance et du contrôle des maladies sensibles au climat, assainissement de l'eau potable. Il ne faudra plus accepter le principe du “pollueur payeur”, qui a souvent
un effet contraire lorsqu'il permet de monnayer la possibilité d'activités polluantes, alors que des alternatives moins nocives sont une option.

10. Mais, surtout, il faut agir maintenant

On a beaucoup parlé du retrait des États-Unis de l'accord de Paris. Cependant, il convient de rappeler qu'il s'agit déjà en soi d'un texte non contraignant. Il faut aller vers un engagement obligeant à “continuer à mener la lutte contre le changement climatique”.
Pour ce faire, l'Europe et le reste du monde doivent :

  • investir dans les technologies et les carburants verts et diminuer l'utilisation des énergies fossiles ;
  • prendre des mesures politiques pour réduire les émissions des moteurs Diesel ;
  • adopter et appliquer les normes de l'OMS sur la qualité de l'air ;
  • entreprendre des actions pour réduire les émissions des polluants atmosphériques à courte durée de vie afin de diminuer les effets de serre à court terme ;
  • mener à bien les procédures de sanction à l'encontre de ceux qui enfreignent la législation ;
  • veiller à ce que les mesures des polluants intègrent toutes les sources d'émissions, par exemple les émissions du secteur maritime ;
  • dans l'Union européenne, plaider pour un paquet énergie-climat plus fort que ce qui est actuellement à l'étude, avec des objectifs plus ambitieux en matière d'efficacité énergétique et une priorisation des énergies renouvelables.

Conclusion

Alors que les professionnels de l'environnement et de la santé publique sont sensibilisés au lien entre le climat et la santé, les décisions clés nécessaires dans le domaine de l'énergie ou du transport sont prises ailleurs. Ces décisions doivent tenir compte des considérations de santé. Les professionnels de la santé ont un rôle clé à jouer pour assurer ce lien entre le climat, l'environnement et la santé. Ils ne doivent pas rater cette opportunité !

Liens d'interêts

Les auteurs déclarent ne pas avoir de liens d’intérêts.

auteur
Pr Isabella ANNESI-MAESANO
Pr Isabella ANNESI-MAESANO

Chercheur
Université Pierre-et-Marie-Curie, Paris
France
Contributions et liens d'intérêts

centre(s) d’intérêt
Pneumologie
thématique(s)
Environnement/pollution
Mots-clés