Editorial

Quoi de neuf dans le nouvel indice ATMO ?

Mis en ligne le 31/10/2021

Auteurs : Pr Isabella Annesi-Maesano

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Il était temps ! Depuis le 1er janvier 2021, la France s'est dotée d'un nouvel indice ATMO pour évaluer la qualité de l'air.
Un peu d'histoire pour situer le contexte. La qualité de l'air représente un enjeu majeur de santé publique en raison des 9 millions de décès attribuables à la pollution de l'air chaque année dans le monde. En France, la pollution de l'air est responsable de 48 000 à 100 000 décès prématurés. Par ailleurs, elle représente le premier sujet de préoccupation environnementale des Français. Pour répondre à cet enjeu, le ministère de la Transition écologique a mis en œuvre un dispositif de surveillance de l'air, qui calcule et publie tous les jours l'indice ATMO, ou “indice multipolluant de la qualité de l'air”, calculé sur les agglomérations de plus de 100 000 habitants, à partir des concentrations dans l'air de 4 polluants réglementés, à savoir le dioxyde de soufre (SO2), le dioxyde d'azote (NO2), l'ozone (O3) et les particules de diamètre inférieur à 10 µm (PM10).


Le nouvel indice ATMO a été introduit pour tenir compte :

  • des exigences apparues ces dernières années en termes de surveillance à des fins sanitaires de la pollution atmosphérique ;
  • du besoin d'une information plus complète sur l'exposition à la pollution atmosphérique exprimé par la population générale. L'ancien indice ATMO n'avait en fait pas connu d'évolution majeure depuis sa création en 1994.

Le nouvel indice ATMO agit comme un thermomètre, avec une graduation spécifique, en donnant une représentation de la qualité de l'air en fonction du niveau des polluants. Il s'agit d'une valeur unique calculée, chaque jour, à partir des concentrations simulées numériquement par PREV'AIR (http ://www2.prevair.org/) couplées aux données de mesure de fond réalisées par les stations des Associations agréées de surveillance de la qualité de l'air (AASQA) pour 5 polluants (SO2, NO2, O3, PM10, PM2,5). Pour chaque polluant, un sous-indice est déterminé sur une échelle de “bon” à “extrêmement mauvais”. Le plus dégradé de ces 5 sous-indices donne l'indice ATMO de la journée. Ce calcul est fait au moins 3 fois par jour. Les résultats sont disponibles 10 minutes plus tard sur les sites des AASQA.

Quelles sont les nouveautés ?

Les principales innovations introduites dans le nouvel indice ATMO sont au nombre de 4.

  • Arrivée d'un nouveau polluant : les particules fines d'un diamètre de 2,5 µm (PM2,5) ont été intégrées dans le calcul du nouvel indice ATMO (figure 1). Cela était nécessaire, car les PM2,5 constituent le polluant dont les effets sanitaires sont le plus avérés. La pollution par les PM2,5 a été associée à plusieurs maladies chroniques (pulmonaires, cardiovasculaires, neurodégénératives, métaboliques, oncologiques…). Du fait de leur petite taille, ces particules peuvent pénétrer profondément dans les poumons, irriter et corroder la paroi alvéolaire et, par ­conséquent, atteindre la circulation sanguine (figure 2). Il s'agit d'une innovation importante car elle introduit l'obligation de mesurer les PM2,5, ce qui n'était pas le cas auparavant.
  • Prise en compte de 6 niveaux : la qualification de la qualité de l'air est basée sur 6 niveaux, contre 5 dans le cas de l'ancien indice (figure 3). Le niveau “très bon” a disparu et le niveau “extrêmement mauvais” a fait son entrée.
  • Des seuils plus bas : dans le calcul de l'indice (tableau) ont été adoptés comme discriminatoires les seuils de l'Agence européenne pour l'environnement (AEE) et de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) en vigueur depuis 2021. Ces seuils sont plus bas que ceux utilisés jusqu'en 2020 en France et, de ce fait, ils sont plus protectifs de la santé humaine.
  • Calcul de l'indice sur l'ensemble du territoire : avant 2021, la réglementation française imposait d'afficher un indice chiffré pour les villes de plus de 100 000 habitants. Mais, depuis le passage à la réglementation de l'AEE, l'indice couvre l'ensemble du territoire.

Le nouvel indice peut-il encore être amélioré ?

En dépit des progrès accomplis, le nouvel indice ATMO prête à la critique. Pour commencer, le fait que l'indice du jour ne soit pas associé de façon systématique aux épisodes de pollution. En d'autres termes, l'indice ATMO peut être qualifié de “mauvais”, sans que soit déclenché un épisode de pollution. Auparavant, il existait une correspondance entre les seuils de l'ancien indice ATMO et les situations d'épisode de pollution : un épisode de pollution correspondait ainsi à un indice de qualité de l'air qualifié de “mauvais” ou “très mauvais”. Cela dépend de l'algorithme de calcul sous-jacent. Toujours en raison de la méthode de calcul fondée sur le polluant ayant le niveau le plus haut, l'indice ATMO ne tient pas compte des effets de type cocktail, c'est-à-dire du fait que le risque associé à 2 polluants en excès est plus élevé que celui qui est associé à un seul polluant en excès. Enfin, bien qu'il faille accueillir favorablement la prise en compte des PM2,5, on regrette que les particules ultrafines aient été oubliées. Pourtant, l'Agence nationale de la sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses) a averti en 2019 des effets sur la santé des Français des particules ultrafines, d'un diamètre inférieur à 0,01 µm (PM0,1).
Les données de la littérature recueillies depuis 2013 confirment ou renforcent le lien entre les particules ultrafines et les atteintes respiratoires et cardiovasculaires ainsi que les décès anticipés. En matière de santé neurologique et de santé périnatale, les études suggèrent un effet des particules ultrafines sur le développement des performances cognitives de l'enfant. Cependant, le corpus d'études sur ce sujet est encore limité.

Quoi qu'il en soit, il faut saluer la décision de la France de mettre à jour l'indice ATMO et d'harmoniser ses pratiques avec celle de l'Union européenne dans la surveillance de la pollution atmosphérique.


FIGURES

Liens d'interêts

I. Annesi-Maesano déclare ne pas avoir de liens d’intérêts en relation avec cet article.

auteur
Pr Isabella ANNESI-MAESANO
Pr Isabella ANNESI-MAESANO

Chercheur
Université Pierre-et-Marie-Curie, Paris
France
Contributions et liens d'intérêts

centre(s) d’intérêt
Pneumologie
thématique(s)
Environnement/pollution