Dossier

L'option psychiatrie de la personne âgée du diplôme d'études spécialisées de psychiatrie : histoire d'une reconnaissance officielle

Mis en ligne le 29/05/2018

Auteurs : Alexis Lepetit

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La réforme du 3e cycle des études médicales débutée en 2017 a permis d'officialiser le statut de la psychiatrie de la personne âgée (PPA). Après plusieurs années, cette surspécialité acquière enfin un statut équivalent à celui de la Psychiatrie de l'Enfant et de l'Adolescent. Cette article retrace l'histoire de cette reconnaissance officielle et présente les grandes lignes de la nouvelle formation nationale en PPA en France.

L'année 2017 fut une année riche et marquante pour la psychiatrie de la personne âgée (PPA) en France. En effet, depuis le 21 avril 2017, cette surspécialité a acquis le statut d'option au sein du diplôme d'études spécialisées (DES) de psychiatrie, au même titre que la psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent (PEA). Nous nous proposons de revenir sur les différentes étapes qui ont permis d'aboutir à cette reconnaissance officielle, avant de présenter de façon synthétique le contenu de la formation pratique et théorique en PPA au sein du nouveau DES de psychiatrie.

Contexte et histoire d'une réforme

La reconnaissance de la PPA comme option du DES de psychiatrie s'inscrit dans le cadre de la réforme du troisième cycle des études médicales (R3C). Depuis longtemps demandés, les travaux pour une réforme du troisième cycle ont débuté en 2009, avec la première Commission nationale de l'internat et du post-internat (CNIPI 1), suivie en 2011 par la CNIPI 2. Si les travaux de ces 2 commissions n'ont pas abouti, on leur doit néanmoins d'avoir introduit la notion de distinction des lieux de stage selon différents “niveaux”, car l'étudiant commençant son cursus ne peut prétendre à certains stages réservés à des étudiants en fin de DES (et inversement). En 2012, l'alternance politique a transitoirement interrompu le processus de réforme, lequel n'a véritablement repris qu'en 2013 avec le groupe de travail troisième cycle (GT3C), piloté par les professeurs Couraud et Pruvot. Le GT3C élabore, dans l'esprit des travaux des 2 CNIPI, un modèle commun à tous les DES, en 3 phases (1, 2). En 2015, la Commission nationale des études de maïeutique, médecine, odontologie et pharmacie (CNEMMOP) est créée (3) et reprend les travaux du GT3C jusqu'à la publication des textes réformant totalement les DES. L'arrêté du 12 avril 2017 (4) définit l'organisation générale et le déroulement du troisième cycle des études médicales. Ce dernier est donc subdivisé en 3 phases (socle puis approfondissement et consolidation) et se déroule sous 2 statuts pour l'étudiant. Ainsi, lors des phases socle et d'approfondissement, l'étudiant a le statut d'interne, alors qu'à la phase de consolidation il acquiert un statut différent, le passage de la phase d'approfondissement à celle de consolidation qui implique la soutenance de la thèse d'exercice de médecine. L'étudiant lors de sa phase sera alors thésé et exercera en responsabilité supervisée. Les textes définissant ce nouveau statut et son appellation sont encore en attente au moment où ces lignes sont rédigées. Le schéma général d'organisation de ce nouveau troisième cycle est présenté sur la figure.

Un autre moment clé de ces nouveaux DES est la signature du contrat de formation, lequel marque le passage de la phase socle à la phase d'approfondis­sement. C'est dans ce contrat de formation, formalisé avec le coordinateur de DES et le doyen, que l'étudiant anticipe la suite de son cursus, notamment le choix d'une éventuelle surspécialité.

La R3C va en effet au-delà d'une réforme des DES et modifie totalement la formation et l'accès aux surspécialités qui s'obtenaient, jusqu'à présent, via des diplômes d'études spécialisées complémentaires (DESC) et des capacités. Ces diplômes vont progressivement disparaître au profit de nouveaux modes d'accès aux surspécialités : les options des DES et les formations spécialisées transversales (FST). Les options correspondent à des surspécialités accessibles uniquement aux étudiants du DES dont elles émanent ; les FST sont des surspécialités accessibles aux étudiants de plusieurs DES. Les maquettes des DES, de leurs différentes options et des FST ont été publiées dans l'arrêté du 21 avril 2017 (5), modifié récemment par l'arrêté complémentaire en date du 27 novembre 2017 (6). Pour le DES de psychiatrie, les conséquences de cette réforme ne sont pas négligeables. La durée du DES reste de 4 ans, sauf pour les étudiants ayant choisi une option qui allonge la durée de formation de 1 an, ce qui la porte à 5. La durée des stages de DES demeure de 6 mois. La phase socle a une durée de 1 an, la phase d'approfondis­sement de 2, et l'étudiant termine sa formation par 1 an en phase de consolidation. Les 2 options du DES de psychiatrie sont donc : psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent et psychiatrie de la personne âgée. La reconnaissance de la PPA ne s'est pas faite sans heurts.

Les étapes qui ont jalonné la reconnaissance de la PPA

Avant même la reprise des travaux du GT3C, une réflexion sur l'organisation de la formation en PPA était en cours. Cette réflexion a eu lieu au sein d'un groupe de travail mixte, sous l'égide de l'Association française fédérative des étudiants en psychiatrie (AFFEP) et du Collège national des universitaires de psychiatrie (CNUP). Ce groupe de travail, constitué d'internes de psychiatrie (Benjamin Lavigne, Émilie Legros, Alexis Lepetit, Mathieu Herrmann, Déborah Sebbane) et de psychiatres du centre ressource régional en psychiatrie du sujet âgé d'Île-de-France (Pr Fréderic Limosin, Dr Cécile Hanon, Dr Jean-Pierre Schuster) a tout d'abord conduit des enquêtes sur l'état des lieux de la formation en PPA, en France (7) et en Europe (8), avant de proposer à l'été 2014 une véritable maquette maquette de l'option PPA. L'accueil du GT3C a été initialement très mitigé (2) puisque la proposition d'option proposition de l'option PPA n'a pas été retenue en juin 2015. Une mobilisation massive du CNUP et de l'AFFEP, soutenue par les sociétés savantes de PPA françaises (Société francophone de psychogériatrie et de psychiatrie de la personne âgée, ex-Société de psychogériatrie de langue française) et mondiales (section Old Age Psychiatry de l'European Psychiatric Association, European Association of Geriatric Psychiatry, section Old Age Psychiatry de la World Psychiatric Association, International Psychogeriatric Association), a suivi ce refus. Cette protestation officielle a également bénéficié de l'arrêt des travaux du GT3C et de l'installation en juillet 2015 de la CNEMMOP. Malgré un premier accueil plutôt favorable à l'option PPA en 2016, la CNEMMOP n'a pas retenu cette option dans les premières versions de travail des arrêtés réformant le troisième cycle rédigées au début de 2017. Seule l'option PEA était alors retenue et les propositions d'options PPA et psychiatried médico-­léga­le (PML) écartées. Par voie de presse et dans un communiqué associant toutes les composantes de la psychiatrie française, associative comme syndicale, l'incompréhension suscitée par un tel refus a été exprimée aux autorités de tutelle supervisant la R3C (9). Cette mobilisation sans précédent a sans aucun doute permis à l'option PPA d'apparaître dans la maquette du DES de psychiatrie le 21 avril 2017 (5), faisant ainsi de la France le neuvième pays européen à donner un statut officiel à la PPA (8).

Formation officielle en PPA

La maquette de l'option PPA intègre un programme de formation théorique et un parcours de stages spécifiques. Les 7 grandes thématiques de la formation théorique sont présentées dans le tableau I. Elles se déclineront sous forme de formation théorique nationale en e-learning complétée par des journées nationales regroupant tous les étudiants de l'option et des formations complémentaires locales dans les subdivisions ou les régions.

La formation pratique en PPA est constituée d'une maquette de stages prévue dans l'arrêté du 21 avril 2017 (5). Ainsi, l'étudiant devra valider une maquette de 10 semestres (l'option allongeant de 1 an la durée du DES) constituée comme suit :

  • 4 semestres en psychiatrie d'adulte ;
  • 2 semestres en psychiatrie de la personne âgée ;
  • 1 semestre en psychiatrie de l'enfant et de l'a­dolescent ;
  • 1 semestre en psychiatrie de la périnatalité ou de l'adolescent ou de la personne âgée ou en addicto­logie,
  • 1 semestre stage hors spécialité en service de médecine d'orientation gériatrique (avec la possibilité d'organiser des stages bénéficiant d'agrément principal et/ou secondaire en gériatrie et/­ou psychiatrie) ;
  • 1 semestre stage libre.

Pour respecter l'organisation par phase des stages du troisième cycle, une typologie de terrain de stage en fonction des phases a été définie. Elle est présentée dans le tableau II.

La PPA étant une surspécialité nouvelle, les capacités de formation tant théorique que pratique sont encore limitées. Pour pallier cette limite, la R3C facilite et encourage l'organisation de la formation des étudiants au niveau de la région ce qui permettra la mise en place d'enseignements régionaux pour l'option, tout comme la mobilité des étudiants pour la réalisation des stages requis. Ainsi, les stages inter-CHU devraient être facilités dans le cadre de la validation d'une option. Enfin, les choix de stage en phase de consolidation se feront à l'échelle de la région et non plus de la subdivision comme pour les phases précédentes. Cette disposition, commune à tous les DES, rendra encore plus aisée la mobilité des étudiants puisque aucune procédure spécifique ne sera nécessaire à la différence des stages inter-CHU.

Des interrogations persistent

Les fondamentaux de la formation en PPA ont été déterminés et son organisation, aux échelles nationale, régionale et locale, est en cours. Les premières promotions devraient commencer leur cursus en novembre 2018 ; en effet, l'accès à l'option ne peut se faire que par les étudiants du nouveau DES de psychiatrie lors de la signature et de la validation du contrat de formation à la fin de la phase socle (c'est-à-dire les 2 premiers semestres du DES). Or, les premières promotions du nouveau DES de psychiatrie ont commencé leur cursus en novembre 2017.

Ce simple constat soulève d'ailleurs plusieurs interrogations pour lesquelles nous n'avons pas encore toutes les réponses. Ainsi, si les nouvelles promotions de psychiatres auront l'accès à l'option, quid des générations précédentes ? L'arrêté du 12 avril 2017 (4) répond partiellement à cette question, en prévoyant un accès post-gradué aux options. Cependant, les modalités pratiques de cet accès post-gradué ne sont pas encore définies, tout comme les éventuelles dispositions de validation d'acquis d'expérience (VAE) ni même la régulation de flux pour l'accès à l'option. Ce dernier point est d'ailleurs en lui-même une source d'interrogation. Pour l'heure, aucun arrêté ou décret ne définit la régulation de flux pour les options des DES, que ce soit pour l'accès pendant le DES ou post-gradué. Cette question, qui reste en suspens, est vraisemblablement la conséquence d'un point que n'a pas tranché la R3C : les options et FST sont-elles qualifiantes et entraînent-elles un exercice exclusif, voire limitant ? À ce jour, nous ne disposons pas d'information quant à ces interrogations, lesquelles devront être résolues rapidement par le ministère de la Santé et celui de l'Enseignement supérieur, en collaboration avec le Conseil national de l'ordre des médecins, pour que les nouvelles promotions puissent faire leur choix d'option et de FST en toute connaissance de cause.

Enfin, à ce jour et à notre connaissance, aucun texte officiel ne fixe la phase au sein de laquelle se dérouleront les 2 semestres supplémentaires des options du DES de psychiatrie. Il ne s'agit pas d'un détail, car le statut et le salaire diffèrent entre les phases du DES ce qui peut avoir un impact non négligeable en termes d'attractivité.

Conclusion

La reconnaissance officielle de la psychiatrie de la personne âgée est sans conteste une avancée majeure. De la formation des étudiants à l'organisation des soins, il est plus que probable que ce nouveau statut aura un impact fort et modifiera durablement le paysage psychiatrique français et permettra de faire face au vieillissement de la population et à ses conséquences en termes sanitaires.■


FIGURES

Références

1. Couraud F, Pruvot F-R. Propositions pour une restructuration du troisième cycle des études médicales. Paris: Direction générale pour l’enseignement supérieur et l’insertion professionnelle (Internet). 2014. http://cncem.fr/sites/default/files/documents_en_ligne/Rapport-Couraud-Pruvot-avril14-2.pdf

2. Couraud F, Pruvot F-R. Propositions pour la formation initiale et la formation tout au long de la vie des spécialistes médicaux (Internet). 2015. http://cache.media.education.gouv.fr/file/Formation_continue/80/9/RAPPORT_G3C2_080615v2_449809.pdf

3. Décret n° 2015-813 du 3 juillet 2015 relatif à la Commission nationale des études de maïeutique, médecine, odontologie et pharmacie.

4. Arrêté du 12 avril 2017 portant organisation du troisième cycle des études de médecine.

5. Arrêté du 21 avril 2017 relatif aux connaissances, aux compétences et aux maquettes de formation des diplômes d’études spécialisées et fixant la liste de ces diplômes et des options et formations spécialisées transversales du troisième cycle des études de médecine.

6. Arrêté du 27 novembre 2017 modifiant celui du 12 avril 2017 relatif à l’organisation du troisième cycle des études de médecine et l’arrêté du 21 avril 2017 relatif aux connaissances, aux compétences et aux maquettes de formation des diplômes d’études spécialisées et fixant la liste de ces diplômes et des options et formations spécialisées transversales du troisième cycle des études de médecine.

7. Lepetit A, Lavigne B, Legros E, Herrmann M, Sebbane D. La psychiatrie de la personne âgée au sein du diplôme d’études spécialisées de psychiatrie en France: résultat d’une enquête nationale. Gériatrie Psychol Neuropsychiatr Vieil 2014;12:305‑12.

8. Lavigne B, Lepetit A, Clément J-P, Robert P, Camus V. Formation et recherche en psychiatrie de la personne âgée. In: Psychiatrie de la personne âgée. Paris Médecine-sciences Flammarion, 2010.

9. Thomas P, Lardinois M, Dolfus S, Cohen D, Bensoussan M, Vandel P et al. Communiqué de presse du 25 janvier 2017. Psy Déchaîné (Internet). mars 2017 ;(19). Disponible sur : https://www.affep.fr/media/doc/PD19.pdf

Liens d'interêts

L’auteur déclare ne pas avoir de liens d’intérêts.

auteur
Dr Alexis LEPETIT
Dr Alexis LEPETIT

Médecin
Psychiatrie
CH des Charpennes, Villeurbanne
France
Contributions et liens d'intérêts

centre(s) d’intérêt
Psychiatrie
Mots-clés