Dossier

La stérilisation chez les nouveaux animaux de compagnie

Mis en ligne le 30/04/2022

Auteurs : Mélanie Coquelle

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RÉSUMÉ 
La médecine et la chirurgie des nouveaux animaux de compagnie (NAC) sont en plein développement en termes de connaissances et de demande de la part des propriétaires d'animaux. Ceux-ci sont de plus en plus investis émotionnellement et souhaitent une qualité de soins équivalente à celle que reçoivent un chien ou un chat. Le praticien vétérinaire peut ainsi difficilement faire l'impasse sur la prise en charge de ces patients malgré une formation peu approfondie dans les écoles vétérinaires. L'article fait le point sur les différentes indications de la castration et de la stérilisation des NAC selon l'espèce (cohabitation, limitation du marquage territorial, pathologie ovarienne ou utérine), sur les recommandations de prise en charge anesthésique et postopératoire, et les quelques particularités techniques chirurgicales.

Les motifs de stérilisation sont nombreux chez les nouveaux animaux de compagnie (NAC), pourtant beaucoup de propriétaires d'animaux et de vétérinaires hésitent à passer le pas. Dans cet article, nous faisons le point sur les conseils à prodiguer et sur les bonnes pratiques pour les chirurgies préventives des NAC !

Les freins à la réalisation de ces actes

La méconnaissance des indications

Il n'est pas rare qu'à la sortie des écoles vétérinaires et d'assistantes spécialisées vétérinaires (ASV), le comportement des NAC soit insuffisamment connu pour permettre au praticien un conseil avisé au propriétaire sollicitant un renseignement. En effet, l'arrivée de la ­puberté s'accompagne de beaucoup de modifications comportementales chez les NAC et se sentir à l'aise pour les repérer et les différencier d'une pathologie permet d'augmenter significativement le nombre de chirurgies de castration ou de stérilisations préventives.

La peur de l'anesthésie du propriétaire

Les forums, groupe Facebook et autres canaux de communication entre amoureux des NAC regorgent de publications anxiogènes pour les propriétaires qui s'imaginent souvent un risque anesthésique démesuré par rapport à la réalité.

En effet, si le risque de décès au cours d'une anesthésie chez un carnivore domestique est estimé à 0,17 % chez le chien et 0,24 % chez le chat, il n'est pas non plus de 50 % chez les NAC ! Chez le lapin, il a été estimé à 1,4 % [1], 3,8 % chez le cochon d'Inde, 2,0 % chez le rat [2]. La connaissance de ces statistiques permet une discussion rationnelle avec le client.

Le sentiment du praticien de manquer d'équipement et de connaissances

Si le risque zéro n'existe pas concernant une anesthésie, a fortiori d'un NAC, de nombreuses mesures simples impliquant peu de matériel spécifique le limitent de manière très significative :

  • proposer une radiographie préopératoire pour le dépistage des maladies pulmonaires asymptomatiques ;
  • réaliser un bilan biochimique à 6 ou 10 paramètres chez un lapin âgé à la veine saphène externe (souvent plus développée que celle du chat !) ;
  • contrôler efficacement le stress et la ­douleur : l'utilisation de buprénorphine et la mise en place d'une contention douce et une hospitalisation dans un espace séparé des prédateurs sont des solutions efficaces à cette problé­matique ;
  • mettre en place une surveillance anesthésique rapprochée par une ASV en charge de surveiller la respiration et le réflexe palpébral (les NAC supportant peu les situations d'hypoxie qui mènent rapidement à des arrêts cardiorespiratoires) ;
  • disposer d'une cuve à isoflurane dans l'idéal ou, à défaut, de protocoles anesthésiques en fixe adaptés aux NAC (tableau I) ;
  • mettre en place un dispositif chauffant pour limiter les déperditions de chaleur, plus importantes que chez les carnivores domestiques : tapis chauffant, bouillotte, etc. ;
  • dans le cas idéal, mettre en place une intubation trachéale ou laryngée, et poser un cathéter intraveineux.

Conseils et médecine préventive

Les motivations pour faire stériliser un NAC seront souvent différentes selon l'interlocuteur, avec un propriétaire fréquemment davantage au fait des composantes comportementales qui poussent à faire ce choix quand le vétérinaire souhaite éviter à l'animal de futures maladies.

Le contrôle de la reproduction

C'est la première cause évidente de consultation pour castration ou stérilisation d'un NAC. La reproduction des lapins n'étant pas saisonnière, une lapine pouvant être de nouveau en chaleurs 1 semaine après sa mise-bas, et les mâles étant particulièrement connus pour leur libido, la question se pose rapidement en cas de cohabitation d'un mâle et d'une femelle. Il en est globalement de même pour la plupart des espèces qui sont grégaires et, donc, souvent détenues à 2 ou en groupe d'individus. Les propriétaires sont généralement soucieux du bien-être animal et ainsi attentifs à cet aspect. Il est à noter qu'en Suisse, il est illégal de détenir un cochon d'Inde seul pour cette raison.

Les causes comportementales : agressivité, marquage urinaire et autres

La puberté est un moment où le comportement territorial se met en place pour la plupart des NAC. Sa conséquence est l'apparition de conflits, de blessures par morsures, de malpropreté, qui conduisent souvent à des appels au cabinet vétérinaire pour des conseils d'éducation. En effet, des rats de même sexe sont fréquemment amenés en consultation passé l'âge de 4 mois pour des abcès secondaires à des morsures. C'est la première cause d'abcès avant les blessures. Les lapins sont souvent incapables de cohabiter en l'absence de castration et se livrent à des combats pouvant aboutir à des blessures mortelles. Certains individus deviennent également agressifs envers l'humain, à l'instar de la lapine en chaleurs qui mord souvent lors du nettoyage de sa cage ou de son enclos.

Outre les anomalies liées à l'agressivité, la malpropreté urinaire apparaissant avec la puberté se révèle souvent difficile à gérer pour les propriétaires, qui peuvent solliciter une castration ou une stérilisation à la suite de marquages sur les lits et canapés, jets d'urine parfois jusqu'à 1 m de hauteur pour le lapin mâle !

Enfin, l'odeur très forte des furets mâles en rut est également un facteur courant de décision, comme les comportements de chevauchement répétés des cochons d'Inde et lapins sur leurs congénères. Dans le cas du lapin, certains individus présenteront des comportements masturbatoires sur des peluches, des chaussures, l'avant-bras de leur propriétaire.

C'est ainsi le moment privilégié pour recommander une consultation, au cours de laquelle le vétérinaire peut évoquer la castration ou la stérilisation comme probable solution à leur problématique, et aborder le volet médical préventif de cette décision.

Pathologies de l'appareil reproducteur chez les NAC

Les maladies des femelles

La première pathologie qui vient à l'esprit en parlant des femelles non stérilisées est l'adénocarcinome utérin de la lapine. En effet, 50 à 80 % des lapines non stérilisées de plus de 3 à 4 ans en développent un en élevage [3-5]. Les signes d'appel sont généralement des arrêts de transit à répétition, une pseudo-hématurie, l'apparition d'un comportement de nidification et d'une lactation de pseudo-gestation sur une femelle de plus de 3 ans n'en ayant jamais présenté auparavant. En radiographie ou au scanner, on s'assurera de l'absence de métastases pulmonaires (image en lâcher de ballons) et des calcifications dans la zone de production de l'utérus seront souvent visibles associées à un effet de masse abdominale caudale.

Les tumeurs mammaires sont particulièrement fréquentes chez le rat, chez qui elles sont le plus souvent bénignes. Leur apparition étant hormono­dépendante, il paraît ainsi logique que la stérilisation permette de les prévenir. Une stérilisation chirurgicale (ovariectomie), réalisée entre 5 et 7 mois, réduit le risque spontané de 73,8 à 5,3 % d'après l'étude de M.D. Planas-­Silva et al. [6].

La pose d'un implant de desloréline, qui produit une stérilisation chimique, est une piste intéressante également, car le risque anesthésique et opératoire est largement diminé par rapport à la stérilisation chirurgicale. Une étude préliminaire du Dr C. Vergneau-Grosset a montré une durée d'action moyenne de 1 an [7]. Son efficacité dans la prévention des tumeurs mammaires chez le rat n'est pas prouvée à ce jour.

Les dystocies sont fréquentes chez le cobaye qui présente une soudure de la symphyse pubienne si elle est mise à la reproduction après 8 mois. Cette barrière physique empêchant le fœtus de sortir, la césarienne est alors incontournable. Chez le chinchilla, le moindre stress peut causer un arrêt de la mise bas, et une taille trop grande des petits peut entraîner une difficulté à la mise bas. Les kystes ovariens sont le plus souvent asymptomatiques jusqu'à atteindre des tailles impressionnantes. L'opération est alors délicate du fait de leur taille (imaginez 4-5 cm dans un ventre de cochon d'Inde !) qui cause une douleur abdominale et une compression sur le diaphragme. Cette maladie est particulièrement fréquente chez le cobaye et la gerbille.

Les maladies des mâles

Les tumeurs testiculaires peuvent survenir chez les NAC mais ne constituent pas une dominante pathologique. Les métastases sont rares (moins de 10 % des cas) lors de tumeurs testiculaires chez le lapin, qui sont principalement des séminomes et des leydigomes.

La hernie scrotale est une dominante patho­logique chez le lapin mâle âgé. Le relâchement de l'anneau inguinal permet dans ce cas le passage d'une partie ou de la totalité de la vessie, causant une dysurie. Cette pathologie s'accompagne souvent d'une sablose vésicale et d'une cystite. Une anurie peut venir compliquer le tableau et nécessiter une prise en charge chirurgicale urgente.

Le paraphimosis est fréquent et douloureux chez le chinchilla, chez qui les complications incluent une obstruction de l'urètre ainsi qu'une nécrose du pénis. Le chinchilla mâle est bien connu pour souvent souffrir de cette affection, qui peut être liée à un état de surexcitation, un toilettage excessif, une faiblesse, ou à la présence d'un anneau de poils au niveau du fourreau (fur ring) lors de la copulation avec la femelle.

Le gonflement testiculaire est souvent associé à une salmonellose chez la gerbille (tableau II).

Quelle technique chirurgicale adopter ?

La castration peut se faire par abord antéscrotal ou abdominal. L'abord abdominal pourra être préféré pour les petits rongeurs ayant une forte tendance au léchage. Une castration à testicule découvert permet un meilleur contrôle du risque hémorragique quand la technique à testicule couvert présente l'avantage de diminuer l'inflammation locale postopératoire.

La castration du lapin mâle est conseillée à partir de 6 mois pour limiter le risque de rupture des ligaments croisés, un lien ayant été fait entre l'activité hormonale et l'homéostasie du collagène composant les ligaments du genou [8].

Lors d'une stérilisation de lapine, une ovario­hystérectomie est recommandée. Une discussion d'experts est en cours pour les lapines âgées de 4 à 6 mois, mais aucune étude à ce jour ne permet de comparer la prévalence des adéno­carcinomes utérins chez des lapines ovariectomisées durant cette période et chez des lapines ayant subi une ovariohystérectomie entre 4 et 6 mois.

L'abord se fait par la ligne blanche pour les lapines, les rates, à l'inverse du cochon d'Inde qui tolère souvent mieux un abord par les flancs.

L'utilisation d'hémoclips pourra être d'une grande aide chez les petits rongeurs.

La technique chirurgicale chez les petits mammifères n'est pas très spécifique et ne devrait pas causer de grandes difficultés aux chirurgiens aguerris.

L'utilisation d'un fil tressé résorbable est conseillée en cas de castration à testicule couvert afin d'éviter au pédicule vasculaire de glisser dans la tunique vaginale. Deux ligatures seront alors mises en place avant l'exérèse du testicule à l'intérieur de la tunique vaginale.

Lors d'une castration à testicule découvert, clamper la tunique vaginale permettra de la retrouver plus aisément au moment de la suturer, en particulier chez les petits rongeurs. Le testicule est extériorisé et les adhérences de l'épididyme avec la tunique vaginale sont levées au doigt ou à l'aide d'un clamp. Le bourrelet de la tunique vaginale, qui sert de point d'attache à l'épididyme, est réintroduit en premier après exérèse du testicule, en particulier chez le rat ou le cochon d'Inde, chez qui un tissu graisseux volumineux entoure les vaisseaux sanguins. Un point en X est ensuite posé sur la tunique vaginale au fil monobrin résorbable.

Dans les 2 techniques, un point en U ou une suture par points simples enfouissants peuvent être utilisés pour fermer le plan cutané.

Une technique d'ovariohystérectomie classique est utilisée pour les rates, lapines, hamsters et gerbilles femelles. Un fil tressé résorbable de taille 4-0 sera utilisé. Concernant la lapine, la visualisation peut se révéler délicate lorsque le cæcum est rempli, celui-ci pouvant occuper 40 % du volume de la cavité abdominale, cependant, l'utérus demeure facile à trouver chez les femelles de plus de 6 mois. Une attention particulière est réservée au moment de l'incision de la ligne blanche afin de ne pas léser le cæcum à la paroi très fine et compliquée à suturer. Dans cette espèce, les artères utérines étant à 5 ou 6 mm de l'utérus dans la graisse du mésovarium, il est conseillé de les ligaturer individuellement lorsqu'elles sont proéminentes.

Une précaution sera prise pour les petits rongeurs lors de la mise en place des clamps, afin d'éviter de dilacérer les tissus lors de leur manipulation. L'ovaire est visualisable au sein de la bourse ovarique. L'utilisation de cotons-tiges stérilisés à l'autoclave peut se révéler très utile pour les dissections mousse sur les plus petits animaux, en particulier en cas de surpoids.

La stérilisation par les flancs est également utilisable chez les petits rongeurs et les femelles cobayes.

Dans mon expérience, cette technique est mieux tolérée que l'abord par la ligne blanche chez le cochon d'Inde. L'accès direct à l'ovaire et l'absence de tension à exercer sur le ligament ovarien facilitent également la chirurgie en cas de kystes ovariens fragiles pouvant se rompre lors de la préhension de l'ovaire au cours d'une laparotomie par la ligne blanche (figure 1).

L'utilisation d'un fil tressé résorbable est conseillée pour les temps d'hémostase et lors de l'étape d'hystérectomie, qui peut nécessiter un fil de taille 2.0 pour un serrage suffisant lors d'un léiomyome utérin, atteignant souvent plusieurs centimètres de diamètre.

Un fil monobrin peut être utilisé pour la suture musculaire et cutanée afin de limiter la composante inflammatoire et ainsi le risque de léchage (élevé dans cette espèce). La peau des cochons d'Inde étant épaisse, l'utilisation d'une aiguille à section triangulaire est conseillée.

Une suture intradermique constitue un idéal chez ces espèces promptes au léchage et à ronger les fils (figure 2). Cette complication sera à discuter avec le propriétaire, pour qu'il surveille quotidiennement l'état de la plaie. La mise en place d'une collerette étant très inhibante sur le plan comportemental et limitant même la préhension des aliments pour certains rongeurs, la pose d'un pansement est privilégiée, en jersey ou en fabriquant un harnais (figure 3).

Un anti-inflammatoire est prescrit en période postopératoire et, le cas échéant, des gavages. ●

POINTS CLÉS

  • L'anesthésie des NAC présente un risque plus élevé que chez les chiens et chats, estimé à 1,4 % chez le lapin, 3,8 % chez le cochon d'Inde et 2,0 % chez le rat.
  • Proposer des examens préopératoires (radiographie thoracique, bilan sanguin) et une surveillance anesthésique rapprochée par une ASV réduit ce risque.
  • Le comportement de marquage des mâles, les conflits entre congénères et les adénocarcinomes utérins sont les principaux motifs de castration chez le lapin.
  • Les petits rongeurs souffrent davantage de kystes ovariens (gerbille, cochon d'Inde) et de paraphimosis (chinchilla).
  • La castration par voie abdominale est plus rapide et présente moins de risque d'infection postopératoire chez les petits rongeurs [9].
  • La mise en place d'une suture cutanée intradermique et d'un pansement limite le risque de léchage postopératoire.


Référence de l'article
: Méd Chir Anim – Anim Cie 2022;1:44-9.


FIGURES

Références

Wenger S. Anesthesia and analgesia in rabbits and rodents. Journal of Exotic Pet Medicine 2012;21(1):7-16.

Brodbelt DC et al. The risk of death: the confidential enquiry into perioperative small animal fatalities. Vet Anaesth Analg 2008;35(5):365-73.

Weisbroth SH. Neoplastic diseases. In: Manning PJ, Ringler DH, Newcomer CE, editors. Biology of the Laboratory Rabbit. second ed. Orlando: Academic Press, 1994. pp. 259-89.

Baba N et al. Animal model: spontaneous adenocarcinoma in aged rabbits. Am J Pathol 1972;68(3):653-6.

Ingalls TH et al. Natural history of adenocarcinoma of the uterus in the phipps rabbit colony. J Natl Cancer Inst 1964;33:799-806.

Planas-Silva MD et al. Prevention of age-related spontaneous mammary tumors in outbred rats by late ovariectomy. Cancer Detect Prev 2008;32(1):65-71.

Vergneau-Grosset C et al. Contraceptive effect and potential side-effects of deslorelin acetate implants in rats (Rattus norvegicus): preliminary observations. Can J Vet Res 2012;76(3):209-14.

Light VA et al. Sex hormone regulation of collagen concentrations in cranial cruciate ligaments of sexually immature male rabbits. Am J Vet Res 2012;73(8):1186-93.

Guilmette J et al. Comparative study of 2 surgical techniques for castration of guinea pigs (Cavia porcellus). Can J Vet Res 2015;79(4):323-8.

Liens d'interêts

M. Coquelle déclare ne pas avoir de liens d’intérêts.

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