En France, plus de 4,3 millions de personnes sont identifiées par l’Assurance maladie comme vivant avec un diabète, soit une prévalence estimée à près de 5,6 % de la population traitée par médicaments.
Les données disponibles convergent vers un constat troublant : les inégalités sociales de santé ne sont plus à démontrer. En effet, les personnes en situation de précarité présentent un risque nettement plus élevé de développer un diabète de type 2 que celles mieux insérées socialement, non par négligence individuelle, mais en raison de conditions de vie défavorables à la santé. Au-delà du niveau de revenu, l’éducation et la position socioprofessionnelle influent également sur la probabilité de développer un diabète, soulignant un gradient social cohérent entre statut socioéconomique et état de santé.
Ainsi, dans notre pays, les 10 % de personnes disposant des revenus les plus faibles ont un risque de développer un diabète 2,8 fois supérieur à celui des 10 % les plus favorisées, toutes choses égales par ailleurs. Ces données de santé publique sont détaillées par le Dr Sandrine Fosse-Edorh et al. dans le premier article de ce numéro consacré au diabète et à la précarité.
Ainsi, le diabète s’enracine dans des déterminants sociaux qui conditionnent non seulement son apparition, mais aussi sa prise en charge et ses complications. Les obstacles financiers, géographiques et organisationnels entraînent une surveillance insuffisante, un diagnostic retardé et un contrôle glycémique insuffisant, exacerbant le risque de complications. L’impact de la précarité sur le risque de complications liées au diabète est développé dans le deuxième article rédigé par le Pr Hélène Bihan.
Le diabète n’est pas seulement une maladie chronique. Il constitue aussi, bien trop souvent, le symptôme visible d’une précarité invisible. Vivre avec le diabète exige une “rigueur” quotidienne : connaissance de sa maladie, alimentation équilibrée, activité physique adaptée, suivi médical régulier, adhésion thérapeutique, etc. Autant de contraintes qui deviennent des obstacles difficiles à surmonter lorsque l’on vit dans la précarité. La place de la littératie en santé dans les inégalités sociales liées au diabète de type 2 sera abordée par le Dr Roxane Agius et al. dans le troisième article de ce numéro.
Reconnaître le poids de la précarité dans l’épidémiologie du diabète impose d’élargir le cadre de l’action. On ne peut se limiter à stigmatiser les comportements des patients sans s’interroger sur le contexte, au risque de culpabiliser les personnes, alors qu’il faut plutôt traiter les causes. Il nous faut réfléchir à des parcours de soins adaptés, permettant l’accès aux soins pour tous, sans rupture de suivi. Ce dernier point sera développé par le Dr Jean-Baptiste Bonnet dans son article.
Ainsi, les stratégies cliniques − dépistage, traitement pharmacologique, éducation thérapeutique − nécessitent d’être inscrites dans une approche globale qui intègre les déterminants sociaux de la santé : sécurité alimentaire, politiques de revenu, accès à l’éducation et à des conditions de vie favorables à l’activité physique. Cela suppose des politiques publiques ambitieuses.
Reconnaître et accepter le lien entre précarité et diabète, c’est faire le choix d’une société plus équitable, où la maladie ne constitue pas une condamnation sociale supplémentaire. Le diabète n’est pas seulement un enjeu de santé publique : il révèle nos fractures collectives et appelle une réponse urgente pour les réparer.
Ignorer ces déterminants, c’est perpétuer une médecine à deux vitesses, où les personnes les plus vulnérables restent les plus exposées à des issues défavorables. N’oublions pas que la santé est un droit fondamental, et non un privilège conditionné par le niveau de revenu.■