L’inflammation est un acteur clé de la physiopathologie, et son importance dans les maladies endocrines est de plus en plus étudiée. En effet, l’inflammation est une réponse physiologique normale face à une agression, mais lorsqu’elle devient chronique ou inadaptée, elle peut déréguler le fonctionnement des organes endocrines et ainsi altérer la production et la sécrétion de certaines hormones.
Le diabète de type 1 en est une illustration. En effet, les cellules β du pancréas sont détruites par une réaction immunitaire. Cette altération induit une carence en insuline, et de ce fait une hyperglycémie importante. Dans la thyroïdite de Hashimoto et la maladie de Basedow, il existe aussi une inflammation auto-immune de la glande thyroïde, provoquant respectivement une hypothyroïdie et une hyperthyroïdie. Sur le plan métabolique, on sait aussi que l’inflammation est impliquée dans le diabète de type 2 (DT2) et dans l’obésité. Notamment, l’accumulation de tissu adipeux favorise une inflammation chronique de faible intensité. Celle-ci est associée à la production de cytokines pro-inflammatoires, comme le TNFα, l’interleukine-6 et l’interleukine-1β. Ces composés sont importants pour le développement et la progression de l’insulinorésistance, participant ainsi à une altération de l’homéostasie glucidique. De plus, ils augmentent le risque de complications vasculaires.
Dans le dossier de ce numéro, plusieurs experts explorent les différentes facettes de l’inflammation et, notamment, son rôle dans les processus métaboliques. Le Dr Jean-Michel Lecerf partage son expertise sur les rôles de la nutrition. Il convient en effet de s’interroger sur une alimentation dite “inflammatoire” par opposition à une alimentation “anti-inflammatoire”. Cette réflexion permettra sans doute, à l’avenir, d’améliorer la santé de tous au quotidien. Le Pr François Roubille et le Dr Nidal Jammoul abordent ensuite la question des traitements anti-inflammatoires dans la protection cardiovasculaire. En effet, l’athérosclérose est désormais reconnue comme une maladie inflammatoire chronique de la paroi artérielle. Ainsi, les auteurs analysent les effets d’une réduction ciblée de l’inflammation sur les événements cardiovasculaires, en particulier chez les patients diabétiques. Ensuite, le Dr Jean-Baptiste Julla part de la constatation d’une forte hétérogénéité du DT2. En effet, au-delà de la présence d’une résistance à l’insuline et d’une hyperglycémie chronique qui caractérisent cette pathologie, on manque encore de marqueurs permettant de définir des sous-types. Il décrit donc les possibilités d’immunophénotypage. Enfin, le Pr Hervé Le Stunff évoque et discute le rôle de l’inflammation hypothalamique dans les maladies métaboliques, en particulier dans la balance énergétique. Ces mécanismes physiologiques et moléculaires trouvent un écho dans l’obésité et le DT2.
Dans l’ensemble, ces articles montrent que la compréhension des mécanismes inflammatoires ouvre de nouvelles perspectives thérapeutiques. Au-delà des traitements hormonaux classiques, certaines approches ciblent désormais les voies inflammatoires afin de limiter les lésions tissulaires, d’améliorer le contrôle des maladies endocrines et les troubles métaboliques. Ainsi, l’inflammation est considérée d’une part comme une conséquence des maladies endocrines et, d’autre part, comme un acteur de leur physiopathologie. Ces recherches sont donc représentatives d’un domaine prometteur, permettant un traitement de plus en plus personnalisé.■