En préparant ce premier numéro de 2026, je me suis dit que notre discipline avait peut-être changé de rythme. Nous ne sommes plus seulement dans le temps du diagnostic, nous sommes aussi dans celui de l’anticipation. Anticiper une toxicité, anticiper une rechute, anticiper un bénéfice thérapeutique, et parfois anticiper la maladie elle-même. Ce déplacement est au cœur des articles réunis ici, qu’il s’agisse du dépistage du déficit en dihydropyrimidine déshydrogénase (DPD), de la biopsie liquide, du dépistage du cancer du poumon, des nouvelles pistes thérapeutiques dans le cancer du pancréas, du TAP score ou encore de l’essor de l’immunohistochimie à impact thérapeutique.
Ce qui me frappe, dans cet ensemble, c’est que voir plus tôt ne suffit pas. Encore faut-il savoir quoi faire de ce que l’on voit. C’est peut-être là que se joue, aujourd’hui, l’essentiel de notre métier : transformer un signal en décision utile, un résultat en conduite juste, une innovation en bénéfice réel pour le patient. Nous disposons d’outils de plus en plus fins, de plus en plus puissants, mais ils nous obligent aussi à être de plus en plus exigeants. Car plus la précision progresse, plus l’interprétation devient décisive.
J’aime l’idée que ce numéro tienne ensemble ces deux exigences : mieux détecter et mieux décider. Le dépistage du déficit en DPD nous rappelle que la médecine de précision est aussi une médecine de la mesure et de la prudence. Les réflexions consacrées à la biopsie liquide et au dépistage pulmonaire montrent, elles, que l’innovation n’a de valeur que si elle s’inscrit dans une stratégie lisible, utile et soutenable. Quant aux développements de l’immunohistochimie théranostique, ils traduisent parfaitement l’évolution de notre regard : ce qui paraissait hier marginal, discret ou à la lisière de l’interprétation devient aujourd’hui cliniquement décisif. Le TAP score pour PD-L1 donne un cadre plus explicite à une approche que nombre d’entre nous adoptaient déjà intuitivement dans l’appréciation du CPS, en raisonnant moins en comptage qu’en surface tumorale positive. Il ouvre aussi une perspective très concrète : celle d’une lecture plus naturelle, plus harmonisée, éventuellement soutenue par des outils simples d’intelligence artificielle ou d’analyse d’images, capables d’aider à objectiver l’estimation des aires marquées.
Au fond, ce numéro parle d’une chose simple, même si sa mise en œuvre ne l’est pas : la justesse. Justesse du test, justesse de l’interprétation. Dans une période où les biomarqueurs se multiplient, où les scores se raffinent et où les promesses technologiques sont nombreuses, garder cette exigence de justesse me semble essentiel. C’est elle qui protège de l’enthousiasme trop rapide, de la simplification excessive, et parfois aussi de la tentation de croire qu’un outil, à lui seul, résoudra la complexité du soin.
J’espère que ce numéro vous donnera matière à réfléchir, à discuter et, surtout, à nourrir vos pratiques. Si son fil rouge devait tenir en une phrase, ce serait celle-ci : voir plus tôt, oui – mais pour décider plus juste. Et c’est déjà beaucoup.■