Chicago, juin 2026 : comme chaque année, l’oncologie mondiale s’est donné rendez-vous sous la pluie de données de l’ASCO®, ce festival où l’on vient pour les abstracts et où l’on repart avec une migraine et 10 nouvelles lignes thérapeutiques à retenir. Entre deux posters, deux cafés hors de prix et une session plénière qui affiche complet dès midi et demi (la salle ne désemplit pas, signe que personne n’a voulu manquer ça), une certitude : la médecine de précision continue d’avancer plus vite que nos agendas ne le permettent.
Cette édition n’a pas dérogé à la règle : ciblage moléculaire toujours plus fin, biopsies liquides toujours plus bavardes et combinaisons thérapeutiques dont le nom à rallonge tient désormais plus de l’équation chimique que du médicament. La session plénière, justement, restera dans les mémoires : aux côtés du coup de tonnerre du daraxonrasib dans le cancer du pancréas (étude RASolute 302, détaillée par Alexandre Harlé dans notre revue de presse), on retiendra l’essai PROTEUS, qui confirme l’intérêt de l’intensification périopératoire par apalutamide dans le cancer de la prostate à haut risque, LIBRETTO-432, premier essai positif en adjuvant avec le selpercatinib pour les cancers bronchiques non à petites cellules (CBNPC) avec fusion de RET, HARMONi-6, qui voit l’ivonescimab − un anticorps bispécifique anti-PD-1/VEGF − améliorer la survie globale dans le CBNPC épidermoïde − et devient, au passage, le premier médicament d’origine chinoise admis en plénière de l’ASCO® en 61 ans d’histoire −, et SARC041, qui offre enfin une option efficace dans le liposarcome dédifférencié grâce à l’abémaciclib, un inhibiteur de CDK4/6 qu’on avait pris l’habitude de croiser presque exclusivement en RCP de sénologie et qui s’aventure désormais hors de son terrain de prédilection avec un certain succès, preuve que même les sarcomes, longtemps relégués en marge des grandes salles, ont droit à leur moment de gloire sur la scène plénière.
Mais ce numéro ne se limite pas à Chicago. Notre dossier central, coordonné par le Pr Sandra Lassalle et le Dr Sacha Nahon-Estève (Nice), nous emmène explorer un territoire que l’onco-théranostic visite trop rarement : les pathologies tumorales de l’œil. Entre la diversité terminologique du mélanome conjonctival, le pronostic génétique du mélanome uvéal décrypté par les équipes de l’Institut Curie, et la démonstration que mélanome cutané et mélanome uvéal sont deux entités biologiquement étrangères l’une à l’autre malgré leur nom de famille commun, vous comprendrez pourquoi l’œil, organe pourtant minuscule, mérite toute notre attention oncologique. Coup de projecteur congrès américain oblige : le modèle est cette année venu confirmer sa pertinence, avec les résultats de l’essai OptimUM-02 (darovasertib + crizotinib en 1re ligne dans le mélanome uvéal métastatique HLA-A2 négatif) et des travaux de l’Institut Curie montrant qu’une IRM bien lue en dit parfois plus long qu’un bilan d’extension complet. La protonthérapie et les tumeurs annexielles malignes des paupières complètent ce tour d’horizon ophtalmo-oncologique mené de main de maître.
La mise au point signée François-Clément Bidard fait quant à elle le bilan de la biopsie liquide et de la maladie résiduelle moléculaire dans le cancer du sein : un sujet brûlant, là aussi très présent dans les communications du congrès américain 2026, l’auteur ayant lui-même présenté à Chicago les résultats actualisés de l’essai SERENA-6, qui confirment l’intérêt de basculer vers le camizestrant dès l’émergence d’une mutation ESR1 en ADN tumoral circulant, avant même la progression radiologique : preuve supplémentaire, s’il en fallait, que le sang a décidément beaucoup de choses à nous dire, parfois bien avant que la maladie se manifeste.
Bonne lecture à toutes et à tous, et félicitations à ceux qui ont survécu au décalage horaire sans sacrifier une seule session. On se retrouve à la rentrée, en attendant nous vous souhaitons un bel été, au frais si possible !
Frédérique Penault-Llorca et le Comité de rédaction