Les anticorps drogue-conjugués (ADC) se sont imposés en oncologie comme une classe thérapeutique à part entière, à l’interface du ciblage moléculaire et de la cytotoxicité. Leur efficacité repose sur une architecture complexe associant un anticorps dirigé contre une cible tumorale, un linker et une charge cytotoxique, dont les caractéristiques conditionnent l’activité antitumorale, les mécanismes d’internalisation et les profils de toxicité. Initialement perçus comme des traitements “ciblés”, les ADC exposent à des toxicités spécifiques, liées à la charge et à l’expression tissulaire de la cible, ce qui rend indispensable une approche intégrée incluant biomarqueurs de réponse et de résistance ainsi qu’une gestion adaptée des effets indésirables.
Dans le carcinome urothélial, les ADC, seuls ou en association avec les inhibiteurs de points de contrôle immunitaires, s’imposent désormais comme un pilier central de l’algorithme thérapeutique, avec un positionnement précoce en 1re ligne et des perspectives en situation périopératoire qui vont redessiner les standards. Les recommandations évoluent rapidement, imposant une vigilance et une adaptation continues de nos pratiques cliniques.
Dans les cancers du rein et de la prostate, les ADC n’ont pas encore d’indication approuvée en pratique courante. Leur développement reste à ce stade limité aux essais cliniques, mais l’identification de nouvelles cibles de surface et l’évolution des plateformes technologiques ouvrent des perspectives d’intégration future dans des stratégies thérapeutiques déjà complexes, aux côtés des thérapies ciblées, des radioligands et de l’immunothérapie.
Ce numéro explore cette trajectoire, de la biologie des ADC à leur intégration dans nos algorithmes cliniques en onco-urologie.
Nous vous souhaitons une excellente lecture !