C’est l’histoire d’une transmission vieille comme l’humanité. L’Homme, fier et conscient de la valeur de son savoir, a toujours cherché à partager et diffuser ses connaissances, avec un succès incontestable. Comme le dit l’aphorisme populaire : “le savoir est la seule richesse qui s’accroît quand on la partage”. La médecine n’a pas échappé à ce processus, comme en témoignent d’innombrables preuves : le code d’Hammurabi en Mésopotamie (1750 av. J.-C.) qui expliquait les peines encourues par les médecins maladroits ou incompétents ; les tablettes d’argiles sumériennes et babyloniennes qui, pour la première fois, décrivaient des maladies, des diagnostics, des pronostics et des recettes de traitement ; le papyrus Ebers en Égypte (1500 av. J.-C.) qui décrivait de nombreuses recettes de remèdes ; l’enseignement médical structuré d’Hippocrate dans la Grèce antique (400 av. J.-C.), qui décrivit la méthode d’observation clinique et fonda les règles éthiques des médecins ; le Canon de la médecine d’Avicenne en Perse (XIe siècle), première encyclopédie de la médecine, traduite et utilisée en Europe jusqu’au XVIIe siècle ; enfin, à partir de 850, les premières écoles et facultés de médecine de Constantinople, Bologne, Salerne, Montpellier ou Londres, qui ont progressivement structuré l’enseignement médical diplômant que l’on connaît aujourd’hui. C’est au terme de cette longue période de gestation que le développement professionnel continu (DPC) est apparu en France, en 2009.
Introduit dans le Code de la santé publique par la loi dite HPST (hôpital, patient, santé et territoires) de 2009, puis réformé en 2016 par la loi de modernisation de notre système de santé, le DPC a pour finalité l’amélioration de la qualité, de la sécurité et de la pertinence des soins. Ses deux principaux objectifs sont l’évaluation et l’amélioration des pratiques professionnelles ainsi que le maintien et l’actualisation des connaissances et des compétences. Il s’appuie sur l’idée que la compétence médicale est un processus global, combinant connaissances, capacités pratiques et attitudes professionnelles. Il valorise ainsi le partage d’expérience et l’interaction avec les situations de soin. En pratique, chaque professionnel de santé doit, sur une période de 3 ans, suivre un parcours de DPC combinant de la formation et/ou de l’évaluation de pratiques professionnelles et/ou de la gestion des risques. Pour remplir son obligation de DPC auprès de l’Agence nationale du DPC (ANDPC), un minimum de deux actions relevant de deux catégories différentes est requis.
Gouvernance, obligations légales et financement de l’ANDPC évoluant, le DPC entre dans une phase de transition en 2026 avec la mise en place imminente (les décrets sont en attente) de la certification professionnelle périodique (CPP). Sans que cela ne remette en cause ses principes le DPC sera intégré à la CPP dont l’objectif est d’accompagner les professionnels de santé, libéraux comme hospitaliers, tout au long de leur vie professionnelle. La CPP s’articulera autour de quatre axes : l’amélioration des compétences et des connaissances ; la contribution au renforcement de la qualité des pratiques ; l’amélioration de la relation avec les patients ; un meilleur suivi de sa santé personnelle.
Quelques clés sont essentielles à connaître pour nous préparer à la CPP :
- continuer à faire valider ses actions de DPC en 2026 par notre Conseil national professionnel (CNP) en se connectant sur le site : https://parcourspro.online ;
- une CPP obligatoire tous les 6 ans (disparition de l’obligation triennale de DPC) ;
- un choix des actions de formation au sein d’un référentiel établi par notre CNP et validé au niveau ministériel ;
- l’intégration de notre parcours sur une plateforme numérique (MaCertif’Pro Santé) qui sera activée sur le site de l’agence du numérique en santé (ANS) ;
- en lien avec l’ANS, un suivi du tableau de bord de notre parcours de CPP par notre conseil national de l’ordre (CNOM), qui aura un rôle de validation, mais également d’alerte, voire de sanctions graduées en cas de non-conformité ;
- à ne pas confondre avec la CPP, l’accréditation HAS des ORL ayant une activité chirurgicale, qui sera prise en compte pour la CPP.
La transformation profonde de notre parcours professionnel qui s’annonce n’est pas sans susciter des questions qui, il faut l’espérer, trouveront leur réponse lors de la publication des décrets de mise en place de la CPP : comment vont évoluer les formats de DPC et les modalités d’indemnisation qui leur sont inhérentes ? Quel avenir pour l’ANDPC ? Quels moyens seront donnés aux acteurs de notre parcours (CNP, CNOM, ANS) pour nous offrir un accompagnement efficace tout au long de notre carrière ?
En attendant cette nouvelle étape de certification, la lecture de ce numéro de La Lettre d’ORL contribuera à votre formation continue, tout en abordant des évolutions majeures dans nos pratiques quotidiennes (les assistants médicaux en ORL de ville, les infirmier(e)s de pratique avancée en ORL et enfin l’intelligence artificielle en consultation). Peut-être retrouvera-t-on ses traces numériques ou manuscrites dans quelques siècles ou millénaires ?