Les manifestations ORL occupent une place singulière dans les maladies inflammatoires systémiques. Souvent au premier plan, parfois inaugurales, elles peuvent constituer un véritable signal d’alerte permettant de reconnaître une maladie dont l’expression dépasse largement le périmètre de l’oto-rhino-laryngologie.
Ce nouveau numéro de La Lettre d’ORL consacré aux liens entre ORL et médecine interne explore précisément ce dialogue entre deux disciplines, où l’analyse clinique et la confrontation des examens prennent toute leur importance. Ce dialogue correspond à une nécessité clinique : celle de savoir reconnaître, derrière un symptôme parfois banal ou isolé, les indices d’une maladie qui ne l’est pas.
Le labyrinthe, du fait de sa vascularisation terminale et de sa physiologie neurosensorielle, représente la cible de multiples pathologies inflammatoires systémiques. Une hypoacousie, des acouphènes ou des vertiges peuvent parfois être l’expression précoce d’un processus inflammatoire systémique. En cas d’atteinte cochléovestibulaire, le plus souvent bilatérale et inexpliquée, les atypies cliniques doivent faire évoquer une maladie systémique. Ainsi, une maladie rare comme la cryopyrinopathie peut parfois être identifiée chez des patients en errance diagnostique.
Les vascularites à expression oto-rhino-laryngologique constituent une autre illustration majeure de cette approche. Le nez, les sinus, l’oreille ou les voies aériennes supérieures peuvent être concernés par des processus vasculaires inflammatoires dont le diagnostic repose sur un faisceau d’arguments cliniques, biologiques, radiologiques et parfois histologiques. Leur reconnaissance précoce est essentielle, car les manifestations ORL peuvent précéder ou accompagner des atteintes viscérales potentiellement sévères.
Enfin, ce numéro présente une fiche technique synthétique de la conduite à tenir devant une pansinusite purulente rebelle. En effet, la persistance ou la résistance inhabituelle d’une sinusite ne doit pas conduire à multiplier les traitements de manière empirique sans réexaminer le diagnostic.
Au-delà de la diversité de ces situations, un même message se dégage : certaines manifestations ORL ne doivent pas être considérées comme de simples événements locaux lorsqu’elles présentent un caractère inhabituel, récidivant, résistant aux traitements ou associé à d’autres signes généraux. Elles peuvent être la première expression d’une maladie systémique et offrir, à ce titre, une occasion précieuse d’en faire le diagnostic.
Nous vous souhaitons une excellente lecture de ce numéro, qui, nous l’espérons, contribuera à enrichir votre réflexion diagnostique et à vous inciter, face à certaines présentations ORL inhabituelles, à poser la question essentielle : et si ce que nous observons localement était l’expression d’une maladie systémique ?