Le congrès de Chicago 2026 marque un tournant, amorcé depuis quelques années, dans la géopolitique de la recherche et du développement en cancérologie, avec plus d’un tiers des présentations rapportant des données générées uniquement chez des patients chinois. Au-delà du nombre des abstracts, ces résultats ne concernent quasiment plus des agents anticancéreux ayant un mécanisme similaire à celui de molécules princeps, développées préalablement de façon globale, et destinées au marché intérieur chinois. Certains de ces agents sont d’ailleurs approuvés et remboursés en Europe et aux États-Unis, comme le tislélizumab, immunothérapie ciblant le PD-1.
Ainsi, de nombreux agents portent un mécanisme d’action original, avec plusieurs anticorps bispécifiques ou conjugués, ou des petites molécules optimisées innovantes. Les résultats présentés lors du congrès, générés uniquement chez des patients chinois dans des centres investigateurs exclusivement chinois, doivent-ils être directement considérés comme applicables à des populations globales ? Certains de ces agents sont développés ou redéveloppés de façon parallèle au niveau international, avec des licences accordées à des laboratoires pharmaceutiques occidentaux. Ainsi, lors d’une présentation en plénière présidentielle concernant l’ivonescimab, anticorps bispécifique ciblant PD-1 et VEGF, des résultats de survie globale supérieurs à ceux du traitement standard en situation de cancer bronchique non à petites cellules ont été rapportés. Premier de sa classe thérapeutique, le mécanisme d’action de l’ivonescimab est reproduit par plusieurs autres molécules en développement, portées par des laboratoires pharmaceutiques occidentaux, renversant le modèle antérieur.
Certaines autres molécules sont évaluées d’emblée au niveau global, avec une promotion par le laboratoire chinois. Une question posée est alors celle du positionnement des agences pharmaceutiques, EMA et FDA, dans ce contexte, pour maintenir une représentativité de nos patients dans les essais, et assurer la reproductibilité des résultats publiés. La FDA demande au moins 10 % de patients américains inclus pour permettre une autorisation de mise sur le marché. L’Allemagne ouvre la voie de mesures incitatives, avec un accès au médicament accéléré si un nombre minimal de patients allemands est inclus.
S’emparer de ces nouveaux enjeux apparaît essentiel pour mieux anticiper les futurs accès aux innovations en cancérologie !