Le congrès annuel du Collège National des Gynécologues et Obstétriciens Français (CNGOF) confirme, année après année, son rôle majeur dans l’évolution de nos pratiques. L’édition 2025 n’échappe pas à cette dynamique. À travers le prisme du rôle des hormones sur la santé des femmes, et les nouvelles données en matière de pathologie cervico-utérine, d’endométriose et de chirurgie gynécologique, elle nous confronte à une réalité désormais incontournable : notre discipline a profondément évolué et la progression des connaissances s’accélère.
En effet, la gynécologie s’est longtemps construite sur des cadres diagnostiques rassurants, des stratégies thérapeutiques codifiées, et parfois, une certaine forme de verticalité dans la décision médicale. Ce modèle est aujourd’hui dépassé et la patiente prend totalement part aux choix et décisions thérapeutiques. Les travaux présentés lors de ce congrès confirment l’émergence d’une médecine de la complexité assumée.
Complexité diagnostique d’abord
Derrière une hyperprolactinémie, une aménorrhée ou un trouble du cycle, les frontières nosologiques se brouillent. Les hypogonadismes hypogonadotropes congénitaux restent sous-diagnostiqués dans leurs formes frustes. L’opposition classique entre aménorrhée hypothalamique fonctionnelle et syndrome des ovaires polykystiques montre ses limites, en particulier chez les femmes jeunes et minces. Plus que jamais, le diagnostic ne peut être réduit à un algorithme : il repose sur une lecture globale, clinique, biologique et contextuelle.
Complexité physiopathologique ensuite
Les connaissances concernant les interactions entre hormones, métabolisme, inflammation et environnement ne cessent de s’affiner. L’endométriose en est une illustration emblématique. Elle ne peut plus être envisagée uniquement comme une pathologie lésionnelle ou hormonodépendante, mais comme une maladie systémique, nécessitant une approche intégrée. Opposer traitement médical et chirurgie n’a plus de sens ; l’enjeu est désormais leur articulation, au service d’un projet de soins individualisé pour le confort des femmes en respectant leurs choix.
Complexité thérapeutique enfin
Les données les plus récentes imposent de sortir des visions binaires. Les hormones ne sont ni globalement bénéfiques, ni globalement délétères. Les progestatifs illustrent parfaitement cette ambivalence : certains exposent à des risques identifiés, notamment en termes de risque de méningiome, quand d’autres conservent un profil de sécurité favorable et sont indispensables dans de nombreuses situations. Le traitement hormonal de la ménopause, longtemps décrié, retrouve aujourd’hui une place légitime, à condition d’en respecter les indications, le timing et les modalités de prescription.
Cette nécessité de nuance s’impose avec une acuité particulière en oncologie. La prise en charge des symptômes du SGUM liés à la carence estrogénique après cancer du sein en est un exemple. L’abstention thérapeutique, longtemps privilégiée par prudence, n’est pas la seule réponse, puisque les estrogènes locaux peuvent être proposés dans la grande majorité des cas. La qualité de vie, l’adhésion aux traitements et le vécu des patientes doivent être pleinement intégrés dans la décision. L’insuffisance ovarienne prématurée, autre thème fort du congrès, rappelle quant à elle l’importance d’une vision globale de la santé des femmes. Au-delà de la fertilité, ce sont les enjeux cardiovasculaires, osseux et neurologiques qui sont présentés. Le retard diagnostique et les hésitations thérapeutiques observés dans cette pathologie interrogent directement nos pratiques.
La seconde partie de ce dossier présente les nouvelles données concernant la pathologie cervico-utérine : que de nouveautés !
L’élargissement du rattrapage vaccinal mixte pour le vaccin HPV jusqu’à 26 ans révolus devrait contribuer à réduire le retard que nous avons pris par rapport à d’autres pays européens dans l’éradication du cancer du col utérin. Dans les formes localement avancées de ces cancers, la radiochimiothérapie concomitante suivie d’une curiethérapie guidée par IRM constitue le standard thérapeutique de référence. De même, en situation récidivante ou métastatique, l’immunothérapie a marqué un tournant majeur dans la prise en charge de ces patientes.
Concernant la prise en charge des fibromes, le remboursement de la trithérapie orale (rélugolix, estradiol et acétate de noréthistérone) est attendu en France à l’horizon 2026. Les ultrasons focalisés guidés par échographie suscitent un intérêt croissant. Concernant l’endométriose, les résultats de l’étude EndoVie 2 ont été présentés, de même que les résultats préliminaires de l’étude EndoBest, puisque le test salivaire diagnostique de l’endométriose a démontré son excellente sensibilité et spécificité dans une étude publiée dans le NEJM Evidence en novembre 2025. Ces données étant validées, un forfait innovation a été proposé par la HAS et après l’inclusion des 2 500 premières patientes, les résultats de 22 500 patientes supplémentaires seront analysés. Pour finir, le dernier chapitre rapporte les actualités en chirurgie gynécologique, chirurgie de la fertilité et chirurgie mammaire.
Ainsi, le congrès annuel du CNGOF met en lumière une transformation profonde de notre discipline. Nous évoluons et passons d’une médecine s’appuyant sur des protocoles à une médecine d’intégration proposant une réponse standardisée à une décision partagée. Cette évolution est exigeante. Elle suppose une mise à jour constante de nos connaissances, une capacité à gérer l’incertitude, et une collaboration renforcée entre spécialités. Elle est aussi porteuse d’une ambition : celle d’une médecine plus juste, plus précise, et plus attentive aux réponses que nous devons apporter à nos patientes.
En publiant ce très riche dossier, La Lettre du Gynécologue s’inscrit pleinement dans cette dynamique, non pas en apportant des réponses définitives, mais en prenant en considération la complexité des situations cliniques auxquelles nous sommes confrontés, et les outils pour y faire face.
Nous tenons à remercier les auteurs des articles et leurs relecteurs, et bien entendu l’AGOF et l’AIGM, qui ont su synthétiser les communications pour ce compte rendu de congrès qui sera scindé en 2 parties en raison de la richesse et la diversité des sujets présentés.