Éditorial

Soigner et reconstruire après les mutilations génitales féminines


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Les mutilations génitales féminines (MGF), également désignées sous le terme d’excision, regroupent l’ensemble des interventions consistant en une ablation partielle ou totale des organes génitaux externes féminins, ou toute autre lésion pratiquée sur ces organes pour des raisons non médicales. Si leur origine demeure incertaine, ces pratiques restent profondément ancrées dans les traditions de certaines communautés, où elles sont associées à des notions de pureté, de chasteté, d’honneur familial et de rite de passage vers l’âge adulte. Selon l’UNICEF, plus de 230 millions de femmes et de fi lles aujourd’hui en vie ont subi une MGF dans le monde, faisant de cette pratique un enjeu majeur de santé publique et de droits humains.

Les MGF concernent principalement 31 pays d’Afrique, ainsi que le Yémen et le Kurdistan irakien, mais existent également, à des degrés divers, en Asie et au sein des populations migrantes des pays occidentaux. Les mouvements migratoires ont ainsi conduit les professionnels de santé européens à être confrontés de manière croissante à la prise en charge de ces patientes. Cette réalité impose une connaissance approfondie des MGF et de leurs conséquences, ainsi qu’une approche multidisciplinaire désormais reconnue comme indispensable, associant gynécologues, sexologues, psychologues, sages-femmes et travailleurs sociaux.

Les conséquences des MGF sont nombreuses et parfois dramatiques. Elles peuvent être immédiates ou tardives, avec des complications gynécologiques, obstétricales, urinaires, sexuelles et psychotraumatiques durables. Au-delà des atteintes physiques, les MGF constituent une violence faite aux femmes, dont les répercussions psychologiques et identitaires demeurent souvent insuffisamment reconnues.

Les équipes de gynécologie occupent une place centrale dans cette prise en charge. Leur rôle commence par l’identification du type de mutilation et l’évaluation des séquelles physiques et psychiques. Cette consultation peut conduire à l’établissement d’un certificat médical permettant à la patiente de faire valoir ses droits, notamment dans les démarches administratives ou judiciaires. Dans certains contextes, le gynécologue peut collaborer avec le pédiatre pour établir des certificats de non-excision chez les enfants de femmes excisées. Les professionnels de santé ont par ailleurs une mission essentielle d’information, de prévention et de protection, afin d’éviter la répétition de ces pratiques sur les générations futures.

En France, les MGF sont strictement interdites et sévèrement punies par la loi. La protection concerne tous les enfants vivant sur le territoire français, quelle que soit leur nationalité. La législation française s’applique aux mutilations commises aussi bien en France qu’à l’étranger : toute personne ayant pratiqué ou organisé une MGF peut être poursuivie en France si la victime est française ou réside habituellement sur le territoire français (article 222-16-2 du Code pénal). Cette dimension juridique renforce encore le devoir d’information et de vigilance des soignants.

La prise en charge ne peut toutefois se limiter au traitement des lésions anatomiques. Les traumatismes liés aux MGF nécessitent un accompagnement psychologique et sexologique spécifique, souvent insuffisamment accessible à des femmes particulièrement vulnérables sur les plans social, culturel et émotionnel. Restaurer la parole, reconstruire l’estime de soi et accompagner la réappropriation du corps constituent des étapes fondamentales du parcours de soins.

Vient enfin le temps de la reconstruction, démarche intime et singulière propre à chaque femme. La reconstruction chirurgicale, lorsqu’elle est souhaitée, nécessite des équipes spécifiquement formées, capables d’allier expertise technique, écoute et compréhension des dimensions culturelles et psychotraumatiques entourant ces mutilations. L’objectif ne saurait être uniquement anatomique : il s’inscrit dans une prise en charge globale visant également la restauration du bien-être psychique, sexuel et identitaire.

Ce dossier a ainsi pour ambition de proposer une approche complète des MGF. Il rappellera d’abord les bases anatomiques de cette région encore trop souvent méconnue, avant d’aborder les différents types de MGF, leurs conséquences médicales et psychologiques, le cadre juridique et les dispositifs d’aide existants. Il présentera également les principes et les enjeux de la reconstruction, dans une perspective résolument multidisciplinaire et centrée sur les patientes.


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E. Raimond déclare ne pas avoir de liens d’intérêts en relation avec cet éditorial.

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