Dans ce nouveau numéro de La Lettre du Psychiatre, j’ai le plaisir et l’honneur de vous présenter une série de mises au point sur les rapports entre, d’une part, l’environnement et, d’autre part, le risque ainsi que l’évolution de troubles psychiatriques. Ces dernières décennies, la recherche étiologique en psychiatrie s’est concentrée sur les expositions psychosociales, avec des résultats importants, notamment concernant l’impact de l’exposition aux expériences d’adversité dans l’enfance. La place de la recherche sur des expositions purement physiques s’est surtout concentrée sur le rôle de la consommation de substances psychoactives, tandis que le rôle de certains facteurs environnementaux, comme le fait de naître, de grandir ou de vivre en ville, ou encore la migration, était surtout interprété comme le résultat d’un stress social.
Des recherches sur des facteurs physiques comme l’exposition à la pollution atmosphérique se sont développées depuis quelques années avec, notamment, l’impact du dérèglement climatique, qui fait l’objet de nombreuses recherches en santé, en psychiatrie en particulier. C’est à ces enjeux relatifs au climat et à l’exposition à la pollution que se consacre ce dossier de La Lettre du Psychiatre.
Dans un premier article, Alexandre Lemé propose une revue de littérature sur l’impact de l’exposition aux catastrophes naturelles, événements appelés à se multiplier dans les années à venir. La littérature sur ce point est variée, tant en raison des critères de jugement utilisés qu’en vertu des catastrophes et environnements concernés, et cette synthèse permet d’en extraire
les grandes lignes.
L’article suivant est écrit par Zeinab Bitar, et il concerne les liens entre l’exposition aux espaces verts et ses conséquences sur le bien-être comme
sur le risque et l’évolution des troubles psychiatriques. Cette chercheuse, actuellement doctorante à l’université de Rennes, qui a travaillé avec Bénédicte Jacquemin et Émilie Burte, deux épidémiologistes spécialistes
de l’impact de la pollution de l’air, propose de revenir plus en détail sur l’un
de ses travaux récemment publiés. La description des méthodes utilisées permet aussi une approche critique, indispensable, de la production de ce savoir. Ce travail présenté est également une occasion de valoriser la cohorte Constances, qui est la plus grande cohorte française de santé (suivi de plus de 200 000 volontaires en France métropolitaine depuis plus de 10 ans), et qui produit chaque année des travaux épidémiologiques de grande qualité
et de portée mondiale.
La revue de littérature suivante concerne les liens entre température – surtout les événements de températures extrêmes – et, à la fois, risque et cours évolutif (notamment les décompensations) des principaux troubles psychiatriques. Léonard Bachellier, psychiatre qui a consacré sa thèse d’exercice à ce sujet, propose une lecture critique des études épidémiologiques sur la question, en insistant sur l’hétérogénéité des approches météorologiques et sa signification. Les résultats montrent un impact réel de la température, notamment sur les épisodes aigus.
Deux articles sont ensuite consacrés à deux types de pollution : la pollution atmosphérique et la pollution chimique. Le premier a été écrit par Yasmine Charada, doctorante à l’université Paris-Saclay sur cette thématique, qui travaille également
sur la cohorte Constances avec Émeline Lequy, spécialiste reconnue du sujet.
Il montre que certains polluants, notamment les particules fines, non contents d’être des facteurs de risque de maladies cardiovasculaires ou de certains cancers, doivent aujourd’hui être considérés comme des facteurs de risque et/ou d’aggravation de troubles dépressifs, anxieux ou psychotiques. L’article sur la pollution chimique (dont je suis l’auteur) montre que, dans ce domaine, la recherche sur les liens avec les troubles psychiatriques reste balbutiante, contrairement à la littérature concernant l’impact des polluants chimiques sur le neurodéveloppement.
Enfin, le dernier article est consacré à l’écoanxiété, ce concept qui est souvent évoqué lorsque l’on discute des liens entre dérèglement climatique et santé mentale.
Cet article, sous forme d’un entretien avec Hélène Jalin, l’une des spécialistes françaises de la question, définit le concept et en décrit les principales caractéristiques,
en revenant sur les rapports avec les troubles psychiatriques et les enjeux de santé mentale liés. Cette interview est une occasion de découvrir et questionner ce concept, et d’en connaître l’utilité lorsqu’il est bien employé.
Nous vous souhaitons une bonne lecture !