Le trouble de la personnalité borderline a un retentissement majeur sur les systèmes de soins et sur la société. Il est principalement associé à une augmentation des hospitalisations, des gestes suicidaires et des conduites addictives. Alors que les patients ont fréquemment un sentiment d’échec, qui peut aller jusqu’à des demandes d’aide active à mourir, des solutions psychothérapeutiques existent. La thérapie comportementale dialectique, en particulier, donne des résultats prometteurs en maintenant un équilibre entre validation de l’expérience du patient et accompagnement actif vers le changement. Les résultats sont spectaculaires, en particulier sur les conduites autoagressives, le nombre d’hospitalisations et l’adhésion aux soins. D’autres psychothérapies existent, comme des thérapies cognitives et comportementales, qui permettent d’améliorer l’identification et la gestion des émotions, des modifications comportementales et des modifications des schémas dits “de personnalité”. Ces approches, tout en améliorant certaines comorbidités, comme les comorbidités addictives, sont un premier pas vers d’autres psychothérapies structurées. Chez les patients qui ont notamment vécu des événements potentiellement traumatiques et qui souffrent de trouble de stress post-traumatique – ce qui est extrêmement fréquent dans cette population –, cette stabilisation permet d’accéder à des soins psychothérapeutiques centrés sur le psychotraumatisme dans des conditions de sécurité satisfaisantes. Elle permet ainsi de réintégrer ces événements psychotraumatiques, ainsi que les épisodes de négligence émotionnelle vécus dans l’histoire de vie des patients, et de redonner du sens à leur parcours. Réexposition, restructuration cognitive et réintégration narrative sont des éléments centraux de cette réhabilitation. On peut imaginer qu’un accès plus large à ces thérapies pourrait rebattre les cartes du débat sur l’aide active à mourir pour ces patients.
Alors que le chemin est maintenant clair pour ces patients pour lesquels les services de soins sont débordés et sans solution, la restructuration des filières de soins semble être une priorité pour les personnes souffrant de troubles de la personnalité borderline sévères, avec passages à l’acte suicidaires et autoagressifs répétés. Pour ces patients, même si l’investissement est élevé, le gain concernant la qualité de vie, mais aussi le plan médicoéconomique, est indéniable. La sectorisation, telle qu’elle a été conçue pour les patients souffrant de troubles psychotiques, doit évoluer vers des filières de soins spécifiques pour ces populations, utilisant notamment ces méthodes de soins psychothérapeutiques validées. Cela suppose une formation de professionnels de santé, et plus particulièrement des personnels paramédicaux qui sont souvent en première ligne dans les centres médicopsychologiques et les unités d’hospitalisation complète et de jour.
Les initiatives sur le territoire sont louables, mais pas suffisamment structurées et généralisées à ce jour. Certaines populations sont particulièrement importantes à cibler, notamment les populations jeunes et avec des comorbidités, dont on sait que les passages aux urgences pour conduites autoagressives ont augmenté de manière importante au cours des dernières années.