Les particularités des conduites addictives dans la vieillesse, comme la présence de troubles addictifs parmi les aléas du vieillissement, n’apparaissent jamais priorisées en santé publique, pas plus en addictologie qu’en gérontologie.
Les addictions du sujet âgé semblent être l’une des questions de santé les plus souvent soulevées chez les aînés, d’autant qu’arrivent à 65 ans les générations du baby-boom, exposées à des possibilités d’usages et de pratiques potentiellement addictives jusque-là inconnues. Le défaut d’accès aux soins en santé mentale (treatment gap) des patients présentant des troubles addictifs est majeur et s’accroît encore dans la vieillesse, alors que la prévalence de ces troubles ne décline pas avec l’âge et paraît même en progression.
Toutes les raisons sont réunies pour aborder les addictions des sujets âgés, d’autant que ce sont des questions qui émanent de patients âgés et qui confrontent les professionnels à un exercice nouveau, avec peu de repères cliniques et de référentiels de soins diffusés.
La notion de vieillesse est complexe, relative et variable, tant en addictologie qu’en gérontologie. Les personnes âgées commencent à 50 ans pour des sujets dépendants aux opiacés substitués, quand les personnes âgées de la gérontologie commencent à 75, voire 85 ans. L’âge chronologique n’est qu’un indicateur, à ajuster selon les comorbidités présentées (et les traitements médicamenteux). Le processus de vieillissement physiologique ou pathologique induit un travail psychologique à part entière, qui peut se dérouler avec des aléas et des besoins de soutien et d’accompagnement. La vieillesse apporte une fragilité et une vulnérabilité accrues aux effets des substances, mais elle s’accompagne aussi de la potentialité de développer des addictions, à l’opposé de bien des idées reçues [1].
Le concept d’addiction et ses références diagnostiques perdent de leur validité avec l’avancée en âge, notamment les critères du DSM, dont certains deviennent moins pertinents, participant à un sous-diagnostic. Inversement, l’usage ne signe pas le trouble de l’usage, même pour une substance de consommation inhabituelle dans la vieillesse, pas plus que la répétition de pratiques, leur “routinisation” n’en fait pas isolément un trouble addictif. Ne devant être fait ni par défaut ni par excès, le diagnostic d’addiction se complique dans la vieillesse.
Alors, les addictions du sujet âgé apparaissent souvent sous-estimées, pour être sous-diagnostiquées et sous-traitées. Cette méconnaissance a pu être abordée comme une invisibilisation, multimodale et plurifactorielle, issue de divers freins et barrières, avant de pouvoir les considérer et les aborder, reliés soit :
- aux addictions du sujet âgé : paucisymptomatiques ou atypiques, confondables avec d’autres pathologies gériatriques ou des signes de vieillissement ;
- aux sujets âgés : tendant à occulter leurs souffrances par différents mécanismes de défense, souvent liés à une honte ressentie ;
- à des aidants ou soignants : mal à l’aise dans la relation, évitants ou privilégiant une croyance de derniers plaisirs de l’existence en laissant consommer ou se développer des comportements potentiellement addictifs.
Diffuser et promouvoir le partage de connaissances à l’égard des personnes âgées présentant des addictions constitue une première étape pour les prendre en considération et aider les intervenants dans leurs relations avec elles [2].