Alors que le premier projet de programme scolaire consacré à l’Éducation à la vie affective, relationnelle et à la sexualité (ÉVARS), de la maternelle à la terminale, qui sera mis en place à la rentrée fait débat, Michel Boublil revient sur la sidérante fréquence des abus sexuels sur enfants et sur l’incapacité à protéger ces victimes et à faire émerger leur parole. Ce qui est dit, redit et repris : “3 à 5 enfants par classe sont victimes d’inceste ou de violences sexuelles, écrit M. Boublil. 3 à 5 enfants par classe, et nous ne les voyons pas !”. 160 000 enfants seraient ainsi concernés, dans toutes les classes sociales. Une situation qui met en question notre exercice : quels sont les signes que nous ne voyons pas ? Pourquoi sommes-nous dans l’incapacité de faire émerger la parole de l’enfant ? Comment faire pour dépister les victimes et mieux protéger les enfants ?
- Question 1 : Quelle est la définition des violences sexuelles ? Selon l’Union européenne : le harcèlement sexuel, les caresses, le fait d’inviter un enfant à toucher ou à être touché sexuellement, les relations sexuelles, le viol, l’inceste, l’exhibitionnisme, l’exploitation d’un enfant par la prostitution, les matériels d’abus sexuels sur des enfants, la corruption d’enfants, la sollicitation et l’exploitation d’enfants par le biais d’Internet ou encore la sextorsion.
- Question 2 : D’où vient le chiffre de 3 à 5 enfants par classe ? De l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), de l’Institut national d’études démographiques (INED), de la Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (Ciivise, dont les présidents successifs ont été confrontés à la pression des réseaux), de l’Organisation mondiale de la santé, du Conseil de l’Europe, ou encore de l’UNICEF, donc d’organismes sérieux et scientifiques. Ce chiffre a été estimé par une étude de l’INSERM : 243 601 panélistes d’un institut de sondage âgés de plus de 18 ans ont été invités à répondre à un questionnaire après avoir été sélectionnés de façon semi-aléatoire (sur la base de l’âge, du groupe socio-professionnel, de la région et du nombre de sollicitations antérieures à d’autres enquêtes de l’institut de sondage) ; les répondants ont été rémunérés sous forme de bons d’achat. Parmi les personnes sollicitées, près de 20 % ont activé le lien pour répondre au questionnaire sans connaître à ce stade le sujet de l’enquête. Au total, 28 011 questionnaires ont été pris en compte. Parmi les réponses, 14,6 % des femmes et 6,4 % des hommes ont déclaré avoir subi des violences sexuelles (le terme “abus” étant trop flou), soit 20 %. Ce pourcentage a été rapporté au nombre d’enfants actuels, ce qui a permis de conclure que, sur une classe de 30 élèves, 3 à 5 enfants subissent des violences sexuelles. Autre constat émanant de cette étude : 10 % de ces violences ont eu lieu avant l’âge de 5 ans. Quand on interroge cet échantillon sur “à qui l’enfant en a-t-il parlé ?”, 20 % répondent “à la famille” et 8 % “à la police-justice”, avec toujours le “parole contre parole” dans les situations de conflit (séparation, divorce). Un tiers des affaires sont classées sans suite.
- Question 3 : Que faire, doit-on y penser face à toute situation ? C’est difficile, estime M. Boublil. Y a-t-il des symptômes évocateurs ? Oui, ceux qui touchent chez l’enfant la sphère abdominale, anale, génitale, mais aussi les angoisses, la dépression, les somatisations et toute situation évaluée comme un psychotrauma, c’est-à-dire beaucoup de choses. Pour tenter de mieux dépister les violences sexuelles, la formation des professionnels de santé semble bien organisée. Les spots télévisuels sont très convaincants. Mais tout cela n’empêche pas l’obsession : comment faire ? C’est pourquoi les projets de l’Éducation nationale sur la sexualité, condamnés par beaucoup, dénonçant des enfants traumatisés alors que rien n’est encore mis en place, pourraient aider les enfants à comprendre, nommer, dénoncer ce qu’ils subissent, observe M. Boublil, rappelant que l’on se défend mieux face à ce que l’on connaît. Quand on lit ce programme sans préjugés, s’il est bien appliqué, il pourrait faire avancer les choses, en armant l’enfant contre cette maltraitance qui le laisse aujourd’hui sans défense.