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Césarienne et obésité

Mis en ligne le 14/02/2018

Mis à jour le 01/03/2018

Auteurs : Jean-Michel Lecerf

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Les études montrent toutes de façon très cohérente que l'accouchement par césarienne est associé à une augmentation du risque d'obésité ultérieure.

Les mécanismes en cause sont, semble-t-il, bien connus. L'hypothèse est que l'accouchement par voie basse prive le nouveau-né du microbiote “protecteur” de sa maman lorsque celle-ci est de poids normal. Il a d'ailleurs été établi que la composition du microbiote du nouveau-né était prédictive du risque d'obésité ultérieure. De plus, les femmes dont la césarienne est programmée allaitent moins souvent. Or, le lait maternel est protecteur non seulement du fait des oligo­saccharides qu'il contient (prébiotiques), mais aussi du fait du microbiote qu'il contient, propre à la mère.

Enfin, le microbiote du lait des mères qui ont accouché par césarienne est lui aussi différent. Mais il a également été observé que les femmes obèses qui accouchent par césarienne ont un risque encore plus grand d'avoir des enfants qui auront un poids plus élevé, y compris à un âge avancé, jusqu'à 20 ans au moins. Or, on pourrait croire l'inverse, puisque, dans ce cas, elles ne transmettent pas leur microbiote obésogène au nouveau-né.

L'intérêt de l'étude Boston Birth Cohort est d'avoir analysé avec beaucoup de précision le risque de surpoids ultérieur en fonction du poids initial de la mère (avant la grossesse). Ainsi, 1 441 couples mère-enfant ont été étudiés jusqu'à l'âge de 5 ans. L'accouchement s'est fait par voie basse chez 961 femmes, et par césarienne chez 480. Les femmes de poids normal ayant accouché par voie basse ont un risque d'avoir un enfant en surpoids ou obèse de 1,0. Globalement, les femmes ayant accouché par césarienne ont un risque d'avoir un enfant en surpoids ou obèse de 1,4, ce qui confirme les données antérieures. Parmi elles, celles dont le poids initial est normal ont un risque de 1,2 (différence non significative) d'avoir un enfant en surpoids ou obèse. Précisons que l'analyse a été faite après ajustement sur l'âge de la mère, la race/l'ethnie, l'éducation, la pollution de l'air (!), l'IMC avant la grossesse, le gain de poids pendant la grossesse et le poids de croissance.

Chez les mères en surpoids (IMC = 25-30 ­kg/­m2) accouchant par voie basse, le risque est de 1,7 (p = 0,001). Chez les mères en surpoids accouchant par césarienne, il est de 2,2 (p < 0,001). Chez les femmes obèses (IMC > 30 kg/m2) accouchant par voie basse, il est de 1,8 (p < 0,001) : elles transmettent leur microbiote obésogène à leur enfant, ce qui est donc un facteur d'autoaggravation de l'épidémie d'obésité.

Chez les femmes obèses accouchant par césarienne, le risque est de 2,8, ce qui est considérable (p < 0,001).

Ainsi, la césarienne augmente le risque de surpoids et d'obésité ultérieure chez l'enfant (à 5 ans ici), ce qui contribue à augmenter la transmission et, donc, l'épidémie d'obésité. On aurait pu penser que la césarienne empêchait la transmission de la flore obésogène à l'enfant, or il n'en est rien. On ne sait pas pourquoi. D'autres mécanismes que celui passant par le microbiote sont à envisager. Des recherches complémentaires sont nécessaires.

Références

1. Mueller NT, Mao G, Bennet WL et al. Does vaginal delivery mitigate or strengthen the intergenerational association of overweight and obesity? Findings from the Boston Birth Cohort. Int J Obes 2017;41:497-501.

Liens d'interêts

L’auteur déclare ne pas avoir de liens d’intérêts.

auteur
Dr Jean-Michel  LECERF
Dr Jean-Michel LECERF

Médecin
Endocrinologie et métabolismes
Institut Pasteur, Lille
France
Contributions et liens d'intérêts

centre(s) d’intérêt
Endocrinologie,
Gynécologie et obstétrique
Mots-clés