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Perdre du poids donne faim

Mis en ligne le 17/10/2018

Mis à jour le 25/10/2018

Auteurs : Jean-Michel Lecerf

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Toute perte de poids entraîne la mise en place par l'organisme de divers mécanismes d'adaptation pour s'opposer à la réduction pondérale, comme le stockage énergétique et la compensation alimentaire. Bien que la réduction énergétique s'accompagne d'une augmentation de la ghréline (hormone de la faim), il existe une controverse sur la libération des autres entéro­hormones (peptide YY [PYY], Glucagon-Like Peptide-1 [GLP-1], cholécystokinine [CCK]). De plus, on ne distingue pas les effets de la réduction énergétique ni ceux de la perte de poids. Une perte de poids induite par l'exercice s'accompagne également d'une augmentation de la ghréline et de la sensation de faim. Mais, dans ce cas, la satiété est améliorée et l'on observe alors une meilleure sensibilité du système de contrôle de l'appétit. Il n'y a pas d'étude questionnant les effets de la combinaison d'une restriction calorique et d'un exercice physique sur l'appétit chez des patients obèses à long terme.

Trente-cinq sujets (dont 22 femmes) ayant une obésité de grade 2 ou 3, affichant un poids moyen de 125 kg (IMC 42,5 ± 5,0 kg/m2), ont suivi un programme diététique (réduction de l'apport calorique de 500 Kcal/j et programme diététique comportant 20 % de protéines) et d'activité physique, par sessions de 3 semaines en milieu spécialisé tous les 6 mois pendant 2 ans. Le poids, la VO2 max, les sensations alimentaires, les concentrations plasmatiques de ghréline, d'insuline, de GLP-1, de PYY, et de CCK à jeun et en postprandial ont été mesurés lors de l'inclusion dans l'étude, après 4 semaines, à 1 an et à 2 ans.

Le poids a diminué significativement (5 kg au cours des 3 premières semaines et 11 kg en moyenne au bout de 2 ans) ; la VO2 max s'est améliorée à chaque mesure. La sensation de faim au début de l'étude et la faim moyenne, ainsi que l'envie de manger étaient significativement accrues à 1 an et à 2 ans ; la sensation de rassasiement était plus forte à 4 semaines puis réduite à 1 an. Les concentrations moyennes de ghréline et de PYY étaient augmentées significativement. Comparativement au début de l'étude, l'insulinémie mesurée était plus faible à chaque session. Par ailleurs, la GLP-1 (entérohormone du rassasiement) était réduite à 4 semaines, et accrue à 2 ans chez les femmes, et la CCK (hormone de la satiété) augmentée à 2 ans en postprandial.

Ainsi, au bout de 2 ans de perte de poids induite par des modifications de l'alimentation et de l'activité physique, les patients ayant une obésité sévère doivent “composer” avec une sensation accrue de faim à long terme, associée à une augmentation de la ghréline, tandis que les hormones de satiété sont plus élevées en postprandial. L'augmentation de la faim et de la ghréline représente un facteur de reprise de poids et justifie la mise en place d'un soutien des patients. Mais l'on peut toutefois se demander s'il ne faut pas modifier les objectifs et les moyens à mettre en œuvre compte tenu de ces difficultés.

Références

• Coutinho SR, Rehfeld JF, Holst JJ et al. Impact of weight loss achieved through a multidisciplinary intervention on appetite in patients with severe obesity. Am J Physiol Endocrinol Metab 2018;315(1):E91-E98.

Liens d'interêts

L’auteur déclare ne pas avoir de liens d’intérêts.

auteur
Dr Jean-Michel  LECERF
Dr Jean-Michel LECERF

Médecin
Endocrinologie et métabolismes
Institut Pasteur, Lille
France
Contributions et liens d'intérêts

centre(s) d’intérêt
Endocrinologie
thématique(s)
Nutrition
Mots-clés