Congrès/Réunion

Compte rendu de l'assemblée générale de l'IFM – 28-29 juin 2018, Caen

Mis en ligne le 22/10/2018

Mis à jour le 06/11/2018

Auteurs : A. Perrot

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Pendant 2 jours, sous un soleil de Normandie radieux, ont été présentées les actualités 2018 et les orientations stratégiques en termes de recherche de l'Intergroupe francophone du myélome (IFM). Ce cru 2018 des assemblées générales de l'IFM a été marqué par une première et une dernière. Pour la première fois, le jury du Grand Prix Myélome a distingué des cas cliniques d'intérêt, publiés dans le numéro 4 des Correspondances en Onco-Hématologie. Cette AG de Caen a également été la dernière du Dr Claire Mathiot, qui a assuré le poste de secrétaire général puis de directeur général de l'IFM pendant plus de 15 ans. La soirée du jeudi a été l'occasion pour les médecins et les attachés de recherche de la remercier et de lui rendre hommage pour son investissement remarquable dans l'organisation et la vie de l'IFM. Elle a assuré pendant toutes ces années la logistique des réunions régulières du groupe et, surtout, accompagné la croissance et la transformation de l'IFM qu'elle laisse à l'âge adulte, prêt à relever les défis d'une recherche clinique et biologique dynamique dans un milieu très concurrentiel.

Projets biologiques

Critères biologiques d'évaluation du myélome multiple

O. Decaux a présenté les résultats préliminaires de l'enquête sur les explorations urinaires dans le myélome multiple (MM) réalisée en septembre 2017 auprès des prescripteurs membres de l'IFM (dont 57 ont répondu). Concernant les pratiques actuelles, une exploration urinaire est réalisée dans 94,7 % des cas au diagnostic, et majoritairement (70,9 %) sur une collection d'urines de 24 heures ; un dosage de chaînes légères sériques est effectué dans 77,2 % des cas au diagnostic. Néanmoins, la répétition de ce recueil urinaire au cours du suivi est fastidieuse, et seulement la moitié des praticiens continue à la réaliser. Le dosage des chaînes légères et le rapport créatininurie/protéinurie pourront probablement remplacer le suivi de la quantification du composant monoclonal urinaire en grammes sur 24 heures, mais cela doit être validé dans le cadre de protocoles.

H. Caillon a abordé la problématique de l'interférence des anticorps anti-CD38, et notamment du daratumumab, dans l'évaluation de la réponse biochimique. Puisque le médicament est une IgG κ, il peut être détecté parmi les gammaglobulines à l'électrophorèse et rendre faussement positive l'immuno­­fixation. Cela complique l'évaluation de la réponse des MM de type IgG κ uniquement, et en situation de très bonne réponse partielle (TBRP) ou de réponse complète (RC) seulement (pas d'impact en cas de RP, le pic de daratumumab ne représentant que 1 g/l environ). Si, à l'heure actuelle, différencier TBRP et RC n'amène pas à des adaptations thérapeutiques en pratique quotidienne, l'évaluation précise de la réponse est fondamentale pour les patients inclus dans les essais cliniques. Un test appelé DIRA (Daratumumab Immunofixation-electrophoresis Reflex Assay) a été développé pour séparer la migration du daratumumab et celle de la protéine monoclonale. Il consiste à utiliser un anticorps murin dirigé contre le daratumumab, formant un complexe avec le médicament, ce qui entraîne un déplacement de la migration électrophorétique du daratumumab vers la zone α2. Le test DIRA est dit négatif si l'IgG κ initiale est absente et que seul le daratumumab est détecté en immunofixation : cela signe une RC immunochimique. Une brochure explicative a été élaborée par l'IFM pour informer les laboratoires de biochimie hospitaliers et de ville.

Projets de recherche biologique

L'état d'avancement de plusieurs projets de recherche soutenus par l'IFM (appel d'offres 2016) a été présenté :

  • le projet d'étude de Bcl-2 dans les leucémies à plasmocytes , porté par C. Touzeau à Nantes, a pour objectif de prédire la sensibilité aux anti-Bcl-2, notamment au vénétoclax, en cas de t(11;14). La première partie du travail est une analyse rétrospective de 22 patients inclus dans le dernier essai clinique consacré aux leucémies à plasmocytes. Une augmentation du ratio Bcl-2/(Bcl-xL + Mcl-1) en cas de t(11;14) a été mise en évidence. La seconde partie de cette étude, prospective, est en cours. Le recrutement se poursuit, et la procédure d'envoi à Nantes de prélèvements sanguins avant tout traitement (notamment toute prise de dexaméthasone) est disponible simplement en contactant C. Touzeau ;
  • l'étude pharmacocinétique du daratumumab de Rennes (projet RADAR), présentée par O. Decaux, vise à décrire la pharmacocinétique du daratumumab, à en identifier les facteurs de variabilité individuelle, et à évaluer l'impact des concentrations sériques sur l'efficacité et la toxicité du médicament chez des patients traités en monothérapie dans le cadre de l'autorisation de mise sur le marché (AMM). Le dosage du daratumumab est réalisé au début de la perfusion et 1 heure après sa fin par technique ELISA sandwich. Au total, 17 patients ont été inclus, sur un objectif de 30 ; la fin des inclusions est prévue début 2019 ;
  • le projet Microbiome, porté par M. Mohty à Saint-Antoine (Paris), repose sur les interactions entre microbiote, chimiothérapie et réponse immune, déjà démontrées dans le contexte général du cancer et de l'immunothérapie. Le rationnel est que le microbiome (ensemble des microbiotes d'un individu) est modifié après un traitement intensif, et l'objectif est d'évaluer le retentissement sur la réponse et la durée de la réponse à long terme via une modulation de la réponse immunitaire. Cette étude est en cours ; 50 patients ont pu être inclus : prélèvements de selles pour analyse métagénomique 16S et prélèvements sanguins pour analyse des profils immunitaires TH ;
  • le projet Variants génétiques de l'uromoduline, porté par F. Bridoux, de Poitiers, et O. Devuyst, en Belgique, vise à étudier l'influence de ces variants sur la survenue et la récupération à long terme de la néphropathie à cylindres myélomateux. L'uromoduline, ou protéine de Tamm-Horsfall, est une protéine normalement excrétée dans la branche ascendante de l'anse de Henle et constitue la protéine la plus abondante excrétée dans l'urine d'un sujet sain (environ 40 mg/j). Certains variants génétiques ayant été associés à des maladies rénales, l'objectif de ce projet est d'étudier si certains variants favoriseraient la précipitation des chaînes légères, et donc la tubulopathie myélomateuse, indépendamment de la quantité de chaînes légères excrétées. Il est prévu d'inclure 200 patients (100 atteints d'une néphro­pathie à cylindres myélomateux et 100 sujets contrôles – sans insuffisance rénale mais avec des chaînes légères sériques [CLS] > 500 mg/l) pour lesquels un génotypage et un dosage de l'uromoduline seront réalisés.

Point sur les CAR-T cells

B. Arnulf a présenté une excellente revue sur les CAR-T cells, depuis leur structure et leur fonction jusqu'aux résultats récents rapportés dans le MM, en passant par les mécanismes et étapes de production. Si des autorisations temporaires d'utilisation et des AMM viennent d'être obtenues dans les domaines des leucémies aiguës et des lymphomes agressifs (LBDGC), nous en sommes encore à l'étape des essais cliniques dans le MM. La cible antigénique est BCMA (B-Cell Maturation Antigen), une protéine de la superfamille des récepteurs du TNF, exprimée à la surface des plasmo­cytes myélomateux. Les 4 essais cliniques rapportés depuis 18 mois ont démontré des taux de réponse impressionnants en situation avancée réfractaire avec, par exemple, 63 à 86,4 % de TBRP (1, 2), des taux importants de maladie résiduelle (MRD) indétectable, un effet-dose (2, 3) sans lien avec le niveau d'expression du BCMA, une corrélation entre le taux d'expansion et la réponse ; mais aussi un problème d'absence de persistance des cellules T à long terme, et donc de rechute au bout de 12 mois environ. La survie sans progression médiane de 11,8 mois rapportée avec un CAR T-cell, le bb2121, en phase I (2) est néanmoins la plus longue jamais obtenue dans une population si réfractaire. Il n'y a pas de toxicités inhabituelles : les effets indésirables rapportés sont des syndromes de relargage cytokinique et une neurotoxicité le plus souvent réversibles après une prise en charge adaptée. Ce n'est donc que le début de l'histoire, mais les centres de Nantes et Lille ont pu déjà traiter des patients dans le cadre d'une étude de phase II avec le bb2121 (essai KarMMa) ; un essai de phase III doit ouvrir en fin d'année, et des discussions sont en cours pour ouvrir 1 ou 2 autres centres.

Recherche clinique

Après la désormais traditionnelle mise en situation pratique, aussi sérieuse sur le fond que ludique sur la forme, organisée par l'équipe des chefs de projets, attachés de recherche clinique et techniciens d'étude clinique de l'IFM et visant à rappeler les bonnes pratiques cliniques, a été abordé l'état d'avancement des différents essais cliniques ouverts, en cours d'ouverture ou récemment fermés aux inclusions.

Études ciblant les sujets jeunes en première ligne

  • IFM 2015-01 CASSIOPEIA (P. Moreau) : essai de phase III fermé aux inclusions analysant en première randomisation l'apport de l'adjonction de daratumumab à une séquence VTD (bortézomib + thalidomide + dexaméthasone)/melphalan + autogreffe/VTD. Tous les patients (n = 1 085) ont terminé la première phase et ont pu être évalués pour l'objectif principal (RC à J100 après l'autogreffe) ; une en septembre 2018 permettra de donner de premiers résultats en 2019. Au total, 886 patients ont été randomisés dans la seconde phase évaluant l'intérêt d'un traitement d'entretien par daratumumab tous les 2 mois pendant 2 ans et sont en cours de traitement ou de suivi.
  • IFM 2016-04 CASSIOPET (P. Moreau) : étude annexe de CASSIOPEIA qui évalue la réponse par TEP-TDM à J100 après l'autogreffe de façon concomitante à l'évaluation de la MRD en NGS (Next-Generation Sequencing) avec une sensibilité de 10−6. Au total, 291 patients ont été inclus ; l'analyse des données est en cours.
  • IFM 2009-01-IFM/DFCI (M. Attal) : étude évaluant la place de l'intensification avec autogreffe en première ligne à l'ère des nouvelles drogues, publiée (4), en cours de clôture. La base de données a été utilisée pour la demande d'approbation du schéma VRD en première ligne. Une étude de suivi à long terme (étude hors loi Jardé MR003 avec seulement recueil de la non-opposition des patients) va débuter en vue de collecter la date de la première progression pour les patients n'ayant pas progressé au 30 novembre 2016, la date de la deuxième progression, le traitement de rechute, la date des dernières nouvelles et le suivi des seconds cancers.
  • IFM 2013-04 PILOTE IRD (ixazomib + lénalidomide + dexaméthasone) Toulouse (M. Roussel) : phase II fermée aux inclusions évaluant une combinaison par IRD en induction (avec ixazomib bihebomadaire) et consolidation prolongée après melphalan haute dose et autogreffe, suivie d'un traitement d'entretien par lénalidomide. Au total, 46 patients ont été inclus, 40 sont en cours de traitement (dont 5 en phase de maintenance) ; pas d'événement indésirable inattendu.
  • IFM 2018-01 IRD-Dara (M. Attal et M. Roussel) : étude de phase II en attente d'ouverture, évaluant un quadruplet IRD-daratumumab i.v. en induction prolongée (avec ixazomib bihebdomadaire) et consolidation après autogreffe, suivie d'un traitement d'entretien par lénalidomide pendant 2 ans pour les sujets atteints de MM de risque cytogénétique standard éligibles à une autogreffe. Le critère de jugement principal est le taux de MRD négative évalué en NGS (seuil de sensibilité : 10−6) après consolidation. Il est prévu d'inclure 45 patients dans 12 centres, à partir de décembre 2018.
  • IFM 2018-04 KRD-Dara (C. Touzeau et P. Moreau) : étude de phase II en attente d'ouverture, évaluant le quadruplet KRD-daratumumab s.c. en induction prolongée (6 cycles) et consolidation de 4 cycles entre 2 intensifications avec autogreffe, suivies d'un traitement d'entretien par lénalidomide + daratumumab s.c. pendant 2 ans pour des MM non antérieurement traités et de haut risque cytogénétique [del17p, t(4;14), del1p32, gain 1q].

Études observationnelles ou en “vie réelle”

  • IFM 2017-04 CARRISMM (Optimization of CARe and RIsk stratification of SMoldering Myeloma) [O. Decaux] : étude de l'impact des nouveaux critères diagnostiques sur l'histoire naturelle des MM indolents, en vue d'établir de nouvelles recommandations de suivi et d'évaluation pronostique. La question principale est la suivante : le fait d'avoir retiré les MM avec signes d'évolutivité (ratio de CLS > 100, lésions focales à l'IRM, plasmo­cytose > 60 %) du groupe des myélomes multiples indolents modifie-t-il le risque théorique d'évolution vers un MM symptomatique ? Il est prévu d'inclure 450 patients qui seront suivis tous les 3 mois pendant 2 ans (avec dosage des CLS tous les 6 mois, myélogramme et IRM annuels), puis tous les 6 mois pendant les 3 années suivantes. L'ouverture des centres commencera en janvier 2019.
  • IFM 2017-05 EMMY : étude observationnelle de la prise en charge du MM en France, hors essai clinique. Il est prévu le recrutement de tous les patients atteints d'un MM (à maladie mesurable) ayant commencé un traitement hors essai clinique entre le 1er octobre et le 31 décembre de chaque année de 2017 à 2021 dans 70 centres IFM. Les ouvertures de centres sont en cours, et les premières inclusions ont eu lieu. Ce projet ambitieux permettra de décrire les prises en charge thérapeutiques en situation de “vie réelle”, à chaque ligne, mais aussi d'obtenir des données épidémiologiques et médico-économiques à partir des données de remboursement issues du SNDS (Système national des données de santé).

Études ciblant les sujets âgés de plus de 65 ans en première ligne

  • IFM 2016-03 ELO (M. Mohty) : étude de phase II évaluant l'ajout d'élotuzumab à un schéma VTD en induction et consolidation après intensification avec autogreffe pour des patients atteints d'un MM non antérieurement traité, âgés de plus de 65 ans mais éligibles à une autogreffe. Au total, 35 patients sont attendus, dans 12 centres français (ouvertures en cours). L'objectif principal est la meilleure réponse en fin de consolidation, et la maladie résiduelle sera également évaluée.

Rechutes

  • IFM 2014-01 IPD (X. Leleu) : étude de phase II évaluant une association ixazomib + pomalidomide + dexaméthasone (IPD) pour les MM en rechute/réfractaires de haut risque cytogénétique del(17p) et t(4;14). Le schéma général consiste en 17 cycles de 21 jours d'IPD (ixazomib à J1, J4, J8, J11 et pomalidomide de J1 à J14) suivis d'un traitement d'entretien par ixazomib hebdomadaire et pomalidomide 21 jours sur 28 jusqu'à progression. L'objectif principal est le temps jusqu'à progression (TTP). L'ouverture des centres devrait commencer très prochainement ; 70 patients sont attendus dans 29 centres. Une étude biologique annexe est prévue.
  • IFM 2018-02 IDara (M. Macro) : étude de phase II évaluant une combinaison ixazomib + daratumumab (sans dexaméthasone, responsable de toxicité précoce chez les sujets fragiles) chez les patients âgés atteints d'un MM en première ou deuxième rechute réfractaire. Le critère de jugement principal est composite : taux de réponse (≥ TBRP) et TTP. L'ouverture des 22 centres retenus est prévue fin 2018, avec un objectif de 70 patients.
  • IFM 2018-03 IsaKPD (X. Leleu) : étude de phase II évaluant une association d'isatuximab + carfilzomib + pomalidomide + dexaméthasone en rechute précoce (première ou deuxième rechute) de myélome (par exemple, rechutes après traitement dans l'essai CASSIOPEIA). Le schéma prévoit 13 cycles de quadruplet, puis poursuite en triplet jusqu'à progression avec arrêt de la dexaméthasone. L'objectif principal est le taux de RC. Il est prévu d'inclure 107 patients dans 25 centres, à partir du premier semestre 2019.
  • IFM 2018-05 RdDara CONFIRM (M. Mohty) : étude de phase III randomisée comparant, en rechute précoce, un schéma Rd-daratumumab i.v. pour une durée fixe de 2 ans à un schéma Rd-daratumumab i.v. jusqu'à progression. Il s'agit d'une étude de non-infériorité dont le critère de jugement principal est la survie globale. L'inclusion de 434 sujets (217 dans chaque bras) est prévue. Les procédures réglementaires sont en cours ; l'ouverture des centres est en attente.

Actualités dans la prise en charge des sujets jeunes

Recommandations hors essais cliniques

La prise en charge des sujets jeunes éligibles à une autogreffe repose sur une séquence thérapeutique associant une induction, une intensification par melphalan haute dose avec autogreffe de cellules souches, une consolidation et éventuellement un traitement d'entretien. L'IFM réfléchit à l'élaboration de recommandations concernant les schémas en induction puis en consolidation et le traitement d'entretien, sur la base des résultats des études récemment publiées, pour permettre une homogénéisation des pratiques en France hors essais cliniques ; ces recommandations seront publiées dans la revue de la Société française d'hématologie.

Future étude de phase III à la suite des phasespilotes

Malgré les progrès thérapeutiques réalisés, l'évolution des patients reste hétérogène. Les 2 facteurs pronostiques les plus puissants sont la cytogénétique des plasmocytes au diagnostic et la MRD, qu'elle soit évaluée dans la moelle par cytométrie en flux (CMF) ou NGS (à condition d'atteindre une sensibilité inférieure à 10−6[5] et/ou hors de la moelle par TEP (6).

Depuis plusieurs années, l'IFM réfléchit à proposer une stratégie adaptée au risque : d'une part, au risque cytogénétique (intensification du traitement d'emblée chez les sujets de haut risque) et, d'autre part, au risque lié à la persistance d'une MRD positive (escalade thérapeutique si la MRD est positive ou désescalade si elle est négative).

Les phases pilotes (études de phase II IFM 2018-01 IRD-Dara et IFM 2018-04 KRD-Dara) ont pour objectif de tester la faisabilité de quadruplets en induction puis en consolidation autour d'une autogreffe respectivement chez les patients de risque cytogénétique standard et de haut risque cytogénétique, et d'estimer les taux de MRD indétectables afin de construire un essai de phase III (IFM 2019) ayant pour but de valider la notion de stratégie adaptée au risque. Pour les patients de haut risque serait testée une induction renforcée, puis une double autogreffe avec consolidation renforcée entre les 2 procédures, avant un traitement d'entretien renforcé. Les patients de risque standard seraient randomisés entre un bras de stratégie non adaptée à la MRD et un bras de stratégie adaptée, dans lequel une escalade thérapeutique serait réalisée en cas de MRD positive après l'autogreffe.

Il faut noter par ailleurs qu'il a été proposé aux centres IFM de participer à l'essai européen d'enregistrement PERSEUS (EMN017/HOVON15/MMY3014), qui est une étude de phase III randomisée comparant VRD avec ou sans daratumumab (s.c.) en induction, puis en consolidation après une intensification avec autogreffe, avant un traitement d'entretien par lénalidomide avec ou sans daratumumab pendant 2 ans. Dans le bras expérimental, le traitement d'entretien sera poursuivi jusqu'à progression en cas de MRD positive. En période de “trou protocolaire”, dans l'attente de l'ouverture des études de phase II ou pour les centres non ouverts pour celles-ci, cet essai sera très intéressant à proposer aux patients.

Actualités dans la prise en charge des sujets âgés

L'hétérogénéité des patients et de leur évolution est également d'actualité chez les sujets âgés de plus de 65 ans, pour lesquels les 2 standards de traitement actuels sont les associations VMP et Rd. Un des facteurs pronostiques majeurs dans cette population est la fragilité des patients, qui peut être responsable de morbidité ou de mortalité précoce.

Les futurs essais ne seront donc plus destinés à l'ensemble des sujets âgés, mais cibleront les sujets “frail”, d'une part, et “non frail” (“fit” ou intermédiaires), d'autre part :

  • l'essai de phase III réservé aux patients “frails” (IFM 2 017-03) souhaite démontrer l'intérêt d'une épargne cortisonique, la dexaméthasone étant associée à des complications infectieuses potentiellement graves. L'idée est de randomiser ces patients entre un bras standard lénalidomide + dexaméthasone et un bras expérimental lénalidomide + daratumumab s.c. ;
  • pour les patients “non frails”, il s'agirait d'évaluer un quadruplet IRD + anti-CD38 en induction et d'adapter la suite de la prise en charge à la réponse mesurée par la MRD. Le schéma détaillé de cette étude est en cours de précision.

Actualités dans la prise en charge de l'amylose et focus sur la transplantation rénale

A. Jaccard a présenté une mise au point extrêmement complète sur les gammapathies monoclonales de signification clinique et sur l'amylose AL. Concernant l'amylose, le message essentiel est la nécessité d'un diagnostic précoce et d'un typage précis pour différencier amyloses AL, d'une part, accessibles à un traitement antiplasmocytaire, et amyloses TTR ou séniles, d'autre part.

Le référentiel thérapeutique permet, selon le score de gravité de l'amylose AL (classification de la Mayo Clinic), de choisir le traitement de première intention d'une amylose AL non IgM, qui peut être une association de melphalan + dexaméthasone ou un schéma VCD (bortézomib + cyclophosphamide + dexaméthasone). En situation de rechute, les traitements habituels du myélome sont efficaces, et les anticorps monoclonaux, particulièrement le daratumumab, semblent une piste très prometteuse. L'analyse de 40 patients traités dans l'étude de phase II AMYDARA conclut à un taux de réponse hématologique de type TBRP ou mieux de 55 %, avec 25 à 30 % de réponse d'organe (rénale ou cardiaque). Ces résultats ont permis d'envisager le début d'un essai de phase III, ANDROMEDA, qui est une étude randomisée comparant un schéma VCD et une association VCD + daratumumab s.c. en première ligne thérapeutique.

Enfin, F. Bridoux a abordé la question de la transplantation rénale chez des patients atteints d'un MM symptomatique, en rémission (biochimique, voire moléculaire) stable après un traitement de première ligne, présentant une insuffisance rénale chronique séquellaire dialysés ou de stade IV ou V. Si le MM constitue une contre-indication classique à la transplantation (du fait du risque théorique de progression lié au traitement immunosuppresseur, du risque de récidive de la néphropathie et du risque infectieux surtout), le nombre de patients candidats augmente, en raison notamment de l'allongement de la survie globale des patients atteints de MM, y compris ceux dialysés. De plus en plus de dossiers sont discutés en RCP nationale. Dans ce contexte, une étude observationnelle prospective va se mettre en place en France pour colliger ces cas et mieux évaluer la faisabilité d'une transplantation rénale dans ce contexte.

Conclusion

Ce survol des activités de l'IFM permet de se rendre compte du tournant pris vers des stratégies de traitement adaptées. L'arrivée de nouvelles classes thérapeutiques (inhibiteurs du protéasome, immunomodulateurs, anticorps monoclonaux) a permis d'augmenter la survie globale des patients atteints de MM, qui a doublé en 10 ans. Mais la maladie reste extrêmement hétéro­gène. L'avenir est à la personnalisation des thérapeutiques en fonction du risque de chaque patient, et les progrès passeront sans doute par une meilleure définition du risque cytogénétique et par l'utilisation de la MRD pour adapter les traitements.■

Références

1. Brudno JN, Maric I, Hartman SD et al. T cells genetically modified to express an anti-B-cell maturation antigen chimeric antigen receptor cause remissions of poor-prognosis relapsed multiple myeloma. J Clin Oncol 2018;36(22):2267-80.

2. Raje NS, Berdeja JG, Lin Y et al. bb2121 anti-BCMA CAR T-cell therapy in patients with relapsed/refractory multiple myeloma: updated results from a multicenter phase I study. ASCO® 2018 : abstr. 8007.

3. Cohen AD, Garfall AL, Stadtmauer EA et al. Safety and efficacy of B-cell maturation antigen (BCMA)-specific chimeric antigen receptor T cells (CART-BCMA) with cyclophosphamide conditioning for refractory multiple myeloma (MM). Blood 2017;130:505.

4. Attal M, Lauwers-Cances V, Hulin C et al. Lenalidomide, bortezomib and dexamethasone with transplantation for myeloma. N Engl J Med 2017;376(14):1311-20.

5. Perrot A, Lauwers-Cances V, Corre J et al. Minimal residual disease negativity using deep sequencing is a major prognostic factor in multiple myeloma. Blood 2018. [Epub ahead of print]

6. Moreau P, Attal M, Caillot D et al. Prospective evaluation of magnetic resonance imaging and [18F]fluorodeoxyglucose positron emission tomography-computed tomography at diagnosis and before maintenance therapy in symptomatic patients with multiple myeloma included in the IFM/DFCI 2009 trial: results of the IMAJEM Study. J Clin Oncol 2017;35(25):2911-8.

Liens d'interêts

A. Perrot déclare avoir des liens d’intérêts avec Amgen, Janssen, Takeda, Celgene et Sanofi.

auteur
Dr Aurore PERROT
Dr Aurore PERROT

Médecin
Hématologie
CHU, Toulouse
France
Contributions et liens d'intérêts

centre(s) d’intérêt
Oncologie hématologie,
Hématologie
thématique(s)
Myélome multiple
Mots-clés