GRIO

Conséquences des régimes d'exclusion sur le tissu osseux

Mis en ligne le 20/09/2018

Auteurs : R. Chapurlat

Lire l'article complet (pdf / 650,97 Ko)

Les régimes d'exclusion sont actuellement très populaires, au point de faire titrer la presse grand public que l'on pourrait “sauver la planète” grâce au végétarisme. Les exclusions ont pour origine une volonté d'améliorer la santé (sans gluten, sans lait de vache, etc.), mais peuvent également avoir des fondements philosophiques plus ou moins sophistiqués (végétarisme, véganisme). La suppression de certains aliments peut néanmoins être à l'origine de carences alimentaires. Certaines sont bien reconnues chez les végans, qui doivent, par exemple, recevoir de la vitamine B12 régulièrement. Nous sommes fréquemment interrogés sur l'impact de ces régimes sur le tissu osseux, et donc sur la propension à la fracture. Nous faisons le point ici sur l'influence des régimes “sans” (sans produits laitiers, sans gluten) et du végétarisme/véganisme.

Effets de l'éviction des produits laitiers

Il n'existe pas d'étude épidémiologique effectuée chez des sujets faisant le choix de ne pas absorber de produits laitiers par conviction en l'absence de pathologie. Nos connaissances reposent donc sur des études explorant les données de sujets ayant une intolérance au lactose (vraie ou alléguée) et qui suppriment le lait et/ou les fromages. On peut toutefois penser qu'une forte proportion de ces sujets n'ont pas d'intolérance vraie et donc extrapoler leurs résultats à des individus sains. Tout d'abord, il faut noter qu'il n'y a pas de différence de masse osseuse mesurée chez des paires de jumeaux discordantes pour l'intolérance au lactose ayant un apport calcique similaire (1). Dans une cohorte finlandaise de sujets jeunes évaluant l'intolérance au lactose, seuls les hommes pouvaient avoir une diminution de densité minérale osseuse (DMO) d'au maximum 5 %, qui dépendait uniquement de leur apport calcique. Chez des femmes en périménopause, la différence de DMO était inférieure de 3 % par rapport aux témoins, et dépendait aussi de l'apport calcique. Le risque de fracture pouvait être doublé, au niveau des membres inférieurs uniquement (mais pas à la hanche), à condition d'avoir un apport calcique réduit. Dans une étude avec mise en évidence des polymorphismes associés à l'intolérance au lactose, seuls les sujets ayant une réduction de leur apport calcique présentaient une augmentation du risque fracturaire (2). On peut donc retenir de ces données qu'un régime d'exclusion des produits laitiers doit s'accompagner d'un supplément en calcium de façon à ne pas induire une diminution de DMO et une augmentation de l'incidence fracturaire, qui restent modérées.

Effets du régime sans gluten

Les données sur les effets osseux de l'éviction du gluten chez des sujets sains n'existent pas. En revanche, lorsque ce régime est indiqué chez les patients atteints de maladie cœliaque (et qu'il est bien observé, ce que l'on évalue par la négativation des anticorps), il s'accompagne d'une augmentation de DMO en 1 à 2 ans. Un bénéfice sur la microarchitecture osseuse est aussi observé après 1 à 2 ans.

Effets du végétarisme et du véganisme

Chez des sujets jeunes, il n'y a pas de différence entre la DMO des sujets omnivores, végétariens et végans. Si, dans une cohorte de femmes américaines de plus de 65 ans, sans régime particulier et de poids moyen supérieur à celui des Françaises, la perte osseuse était plus rapide et les fractures plus fréquentes chez celles dont le ratio protéines animales/protéines végétales était le plus élevé (3), en revanche dans une méta-analyse bayésienne portant sur 9 études (1 880 femmes et 869 hommes), la DMO (hanche ou rachis lombaire) des végans était 6 % inférieure à celle des omnivores et 2 % inférieure chez les lacto-ovovégétariens. Enfin, dans une étude européenne portant sur l'incidence des fractures mais chez des sujets encore relativement jeunes, il n'y avait pas d'augmentation du risque de fracture, à condition que l'apport calcique soit suffisant (4).

Conclusion

Un régime pauvre en produits laitiers n'est pas délétère sur le plan osseux si l'apport calcique est correct. Il en est de même pour les individus végétariens ou végans. Nous ne savons pas si un régime sans gluten chez un sujet sain est délétère, mais ce régime est très positif pour regagner de la masse osseuse chez les patients atteints d'une vraie maladie cœliaque.


Références

1. Slemenda CW, Christian JC, Hui S, Fitzgerald J, Johnston CC. No evidence for an effect of lactase deficiency on bone mass in pre- or postmenopausal women. J Bone Miner Res 1991;6(12):1367-71.

2. Ennattah N, Pekkarinen T, Välimäki MJ, Loyttiniemi E, Järvelä I. Genetically-defined adult-type hypolactasia and self-reported lactose intolerance as risk factors of osteoporosis in Finnish postmenopausal women. Eur J Clin Nutr 2005;59(10):1105-11.

3. Sellmeyer DE, Stone KL, Sebastian A, Cummings SR. A high ratio of dietary animal to vegetable protein and rate of bone loss and risk of fracture in postmenopausal women. Am J Clin Nutr 2001;73(1):118-22.

4. Appleby P, Roddam A, Allen N, Key T. Comparative fracture risk in vegetarians and non vegetarians in EPIC-Oxford. Eur J Clin Nutr 2007;61(12):1400-6.

Liens d'interêts

R. Chapurlat déclare ne pas avoir de liens d’intérêts.

auteur
Pr Roland CHAPURLAT
Pr Roland CHAPURLAT

Médecin
Rhumatologie
Hôpital Édouard-Herriot, Lyon
France
Contributions et liens d'intérêts

centre(s) d’intérêt
Rhumatologie
Mots-clés