En 2017, il y a neuf ans, la revue Correspondances en Métabolismes Hormones Diabètes & Nutrition avait déjà choisi de consacrer un dossier au thème de l’œil en endocrinologie. Aujourd’hui, l’œil revient à la une de cette revue, cette fois sous l’angle de la nutrition et de la diabétologie, avec un dossier qui fait le point sur l’évolution des connaissances dans ces domaines. Il faut dire que l’œil est une fenêtre ouverte sur le monde, mais également un organe sensible à notre environnement, au sens large, ainsi qu’à notre métabolisme.
Les travaux de Niyazi Acar et de son équipe dijonnaise montrent de façon très sophistiquée le rôle du métabolisme lipidique dans la physiologie oculaire, mais aussi dans la physiopathologie de la dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA), de la rétinopathie diabétique et même du glaucome. En effet, les lipides interviennent de façon majeure dans l’anatomie et le fonctionnement de la rétine. Ils sont les précurseurs de médiateurs, tels que les élovanoïdes ou la neuroprotectine D1. Dans ce contexte, de nouveaux marqueurs lipidiques, véritables signatures biologiques, ont été développés. Parallèlement, le rôle du stress oxydatif et de l’inflammation se confirme, tandis que celui du microbiote s’installe : ce nouvel acteur fera l’objet de recherches prometteuses dans les années à venir, dans moins de neuf ans peut-on parier !
Grâce à l’expertise de Thomas Desmettre et de Catherine Creuzot-Garcher, un état des lieux de la nutrition dans la prévention de la DMLA est proposé. Certes, la prise en charge médicamenteuse de cette pathologie par les ophtalmologistes a permis de grands progrès, mais à un coût très élevé. Toutefois, la place de la nutrition, notamment des acides gras oméga-3 à longue chaîne, des caroténoïdes et d’autres antioxydants, reste une voie majeure pour la prévention, aux côtés de la lutte contre la sédentarité, le tabagisme et l’obésité. En outre, les indications des compléments alimentaires se précisent et méritent d’être mieux connues, car la DMLA est l’une des rares pathologies où ils ont fait leurs preuves.
La cataracte est également une maladie en partie liée à des facteurs nutritionnels et métaboliques. Les facteurs de risque classiques sont l’exposition excessive aux ultraviolets, le tabagisme, les carences en nutriments et phytoconstituants (notamment les caroténoïdes) à effet antioxydant, ainsi que les troubles du métabolisme glucidique (diabète et syndrome métabolique). Mais la pollution atmosphérique semble jouer également un rôle important dans la survenue de cette pathologie, notamment l’exposition au dioxyde d’azote (NO2), comme cela est montré par les travaux de l’équipe épidémiologique bordelaise de Bénédicte Merle et de Cécile Delcourt. Là encore, les coûts des traitements chirurgicaux sont très élevés, et il y a une place pour la prévention.
Il est intéressant de souligner que, pour ces deux pathologies chroniques dégénératives oculaires de la rétine et du cristallin, DMLA et cataracte, l’alimentation de type méditerranéen est considérée, d’après les études disponibles, comme contribuant à leur prévention. Décidément, la nutrition est à la fois ubiquitaire et monolithique !
Enfin, à la suite d’un premier dossier consacré à l’intelligence artificielle (IA) appliquée à l’endocrinologie et à la diabétologie, publié en 2023 dans la revue Correspondances en Métabolismes Hormones Diabètes & Nutrition, le diabétologue et l’ophtalmologiste voient à nouveau leurs performances et leur coopération renforcées dans le dépistage de la rétinopathie diabétique et de ses complications. En effet, l’utilisation de l’IA atteint une spécificité et une sensibilité remarquables, comme le démontre Audrey Giocanti-Aurégan dans son article.
Ouvrez grand les yeux : vous allez découvrir un nouveau monde.■