Quel immense plaisir de se retrouver au cœur d’une actualité rhumatologique en pleine transition, porteuse d’espoirs sans précédent ! Chaque année, on voit se transformer les approches exploratoires, avec la sophistication d’une biotechnologie qui permet des analyses de plus en plus détaillées. Ces nouvelles “omiques” de précision, à l’échelle d’une cellule (single cell) ou d’un tissu (spatiale) et des nouvelles techniques d’immunomonitoring en temps réel, permettent d’explorer de nouvelles “planètes” avec l’ambition de changer la face des IMID (immune-mediated inflammatory diseases). C’est une transformation profonde, qui va changer la compréhension des maladies rhumatologiques, inflammatoires, métaboliques et microcristallines… C’est un nouveau monde qui s’ouvre, d’année en année, avec une technologie (IA) qui permet d’espérer des algorithmes prédictifs, diagnostiques et théranostiques, ce dont les rhumatologues rêvent depuis des décennies.
Malgré tout, restons prudents et humbles. Le chemin est long et compliqué, car la “dissection” de plus en plus détaillée nécessite de “dézoomer” pour modéliser ces systèmes complexes sans s’éloigner de la réalité clinique qui demeure la référence.
“Il faut [d’ailleurs] considérer ce qui doit arriver comme arrivant déjà, et ne voir que le présent dans l’avenir, car l’avenir n’est qu’un présent un peu éloigné”, fait dire Jules Verne à l’un de ses personnages* ; en d’autres termes, ce que nous imaginons peut se réaliser !
En effet, l’espoir est immense, car de cette nouvelle compréhension des maladies émerge maintenant une kyrielle de nouvelles molécules et de nouveaux concepts : cellules CAR-T monocibles ou multicibles, CAR-NK, allo-CAR-T, T-cells engagers, ARN-thérapies. Tout cela nous fait rêver à un futur radieux qui verra la guérison, si ce n’est la prévention de nombreuses maladies rhumatologiques. C’est une fierté de voir l’immunorhumatologie, et en particulier les équipes françaises très présentes à la pointe du combat… Ne lâchons rien ! Cultivons la détermination et l’excellence de notre rhumatologie française.
Cependant, les écueils sont nombreux. Il est paradoxal d’évoquer avec enthousiasme ces progrès à une période aussi agitée de notre “Vieux Monde”, en particulier dans une ville américaine si singulière. Quand on vit aussi intensément un congrès de l’ACR, lieu d’un incroyable foisonnement de nouvelles données, on n’imagine pas un aussi grand pays ne plus croire en la force de sa recherche et de ses chercheurs. Le monde est complexe. Restons vigilants et résistants, forts de nos valeurs. L’humanisme et l’esprit des Lumières ne sont pas des concepts has been ; ils sont notre ADN et notre ARN. Il reste tant de choses à faire ! C’est ce que notre équipe du post-ACR essaye de montrer chaque année. Continuons à nous émerveiller ensemble – cela ne change peut-être pas le monde, quoique ? – et à avancer ensemble.
* Cinq Semaines en ballon.