Editorial

“C’est toi ELSA ?”


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Le temps où les équipes de liaison et de soins en addictologie (ELSA) étaient accueillies par cette blague douteuse est derrière nous. La place des ELSA dans le dispositif sanitaire n’est plus débattue et l’intégration de leur renforcement (10 millions d’euros) aux mesures du Ségur de la santé en est l’illustration.

Néanmoins, la petite taille de ces équipes pluriprofessionnelles (2,1 équivalents temps plein (ETP) en moyenne), la difficile traçabilité de l’activité de liaison par le codage PMSI (Programme de médicalisation des systèmes d’information), la relégation fréquente des enjeux addictologiques au sein des projets d’établissement sont autant de facteurs qui, associés au modèle de financement des hôpitaux reposant principalement sur le volume d’hospitalisations, contribuent au manque de visibilité des ELSA.

Depuis leur création officielle il y a plus de 20 ans, les ELSA sont des dispositifs d’une formidable modernité. Le paradigme de l’aller-vers, associé à la méthodologie de prise en charge intégrée, forme l’ADN des ELSA. Les savoir-faire alliant adaptation de soins spécialisés complexes, soutien pédagogique aux équipes et coordination de parcours de soins individualisés sont les compétences caractéristiques des ELSA. Les activités des ELSA impactent positivement la prise en charge des addictions dans les centres hospitaliers. Par ailleurs, l’expertise des ELSA peut s’exprimer “hors les murs” lorsque les équipes ont un périmètre territorial d’activité dans la logique des réseaux ville-hôpital ou des plateformes régionales de santé.

L’intégration d’ELSA au sein des différents types de structures hospitalières (centres hospitaliers régionaux, CHU, établissements publics de santé mentale, centres spécialisés en cancérologie), leur présence sur l’ensemble du territoire, la volonté originelle d’implanter 1 ELSA dans chaque établissement assurant une activité d’urgence, l’observation que l’ELSA représente le 1er contact avec l’addictologie pour près de 50 % des patients rencontrés, le fait que 90 % des ELSA soient restées actives durant la 1re vague de Covid et leur intégration dans les dispositifs d’addictovigilance, sont autant d’arguments qui corroborent la pertinence des ELSA, dont les actions sont orientées vers l’accès aux filières de soins en addictologie.

L’incontestable nécessité des ELSA sera définitivement établie lorsque nous disposerons des indicateurs mesurant l’efficience médicoéconomique de nos dispositifs, intégrant la dimension de santé publique de l’impact à moyen et à long terme des interventions précoces des ELSA. L’association française des ELSA (ELSA France) va se saisir de cette tâche une fois que la plateforme FORELSA, créée par l’association fin 2023, sera finalisée. Attendue des professionnels des ELSA, cette plateforme mettra à disposition des modules de e-learning en addictologie et des espaces partagés de collaboration entre professionnels de l’addictologie.

Investir et développer les ELSA restent des choix audacieux et engageants, particulièrement en cette période de crise structurelle que traverse l’hôpital public. Les connaissances polymorphes et la vélocité des professionnels des ELSA sont des atouts indispensables pour apporter de la souplesse au fonctionnement hospitalier et ainsi participer au sauvetage et à l’affirmation des valeurs sur lesquelles s’est construit le dispositif sanitaire français.


Liens d'intérêt

R. Sicot déclare ne pas avoir de liens d’intérêts en relation avec cet éditorial.