Dossier

L'overdose aux opioïdes

Mis en ligne le 16/05/2018

Auteurs : B. Mégarbane

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Le mésusage et l'abus d'analgésiques opioïdes représentent, depuis une dizaine d'années, la première cause de mort toxique aux États-Unis, récemment médiatisée par le décès des chanteurs Prince et Tom Petty. Il s'agit aussi d'une des premières causes de décès toxique en France, notamment parmi les sujets jeunes. Les opioïdes provoquent une dépression du système nerveux central pouvant conduire à l'arrêt respiratoire à l'origine d'un arrêt cardiaque hypoxique. Le toxidrome permettant de faire le diagnostic d'overdose aux opioïdes est quasi pathognomonique, associant troubles de la conscience, myosis et bradypnée et, de façon moins constante, hypotension et bradycardie. Le délai d'installation et la durée des troubles varient selon les propriétés pharmaco­dynamiques et pharmacocinétiques, la formu­lation et le mode d'administration du morphinomimétique impliqué dans le sur­dosage. D'autres complications ont également été rapportées, comme une inhalation pulmonaire (ou syndrome de Mendelson), une pneumonie bactérienne, un œdème pulmonaire non cardio­génique et des complications de la voie ­d'injection veineuse. Un seul antidote est disponible pour traiter le patient intoxiqué et renverser la toxicité neuro­respiratoire menaçant le pronostic vital. Il s'agit de la naloxone, antagoniste compétitif des récepteurs opioïdes. Son administration titrée par voie intraveineuse sous surveillance médicale est recommandée en présence d'un coma et/ou d'une dépression respiratoire suffisamment profonds pour justifier une intubation trachéale et ventilation mécanique, afin de les éviter. Les effets adverses de la naloxone sont minimes. Il faut néanmoins être prudent chez un sujet dépendant aux opioïdes et titrer la dose de charge de naloxone (doses habituelles : 0,4-0,8 mg) pour prévenir la survenue possible d'un sevrage brutal lors de son administration intraveineuse rapide. De même, un relais en perfusion continue en unité de soins continus, voire en réanimation à l'hôpital, peut s'avérer nécessaire pour éviter la récurrence à distance de signes de toxicité opioïde en cas d'overdose par un opioïde de demi-vie longue.

Le décès par overdose aux opioïdes survient généralement 1 à 3 h après exposition, au domicile et en présence d'un témoin (80 %). Or, les gestes de réanimation par les témoins non formés sont souvent insuffisants, alors que le décès peut être évité par des gestes simples de premier secours et/ou par l'administration de naloxone. C'est pourquoi des programmes de mise à disposition en communauté de kits de naloxone, notamment pour administration par voie nasale, et de formation du public à risque à son utilisation ont été développés aux États-Unis et, plus récemment, en France. La naloxone intranasale est, en effet, facile à utiliser par le témoin, sans qualification ­et/­ou connaissances médicales. L'objectif de ces programmes est de permettre à tout témoin d'une overdose aux opioïdes, notamment dans l'entourage d'un usager connu, ­d'administrer à la victime l'antidote permettant de prévenir la survenue d'un arrêt respiratoire, le temps qu'interviennent les secours médicaux. Les résultats de ces programmes sont très encourageants, rapportant la prévention effective de ­milliers d'overdoses (environ 26 500 cas, grâce aux 136 programmes développés de 1996 à 2014 aux États-Unis). Tout médecin en charge de patients usagers d'opioïdes se doit donc désormais d'informer sa patientèle sur l'intérêt d'un tel dispositif à base de naloxone, de faciliter par la prescription sa mise à disposition et d'encourager, par l'éducation thérapeutique, sa juste utilisation par l'entourage.


Liens d'interêts

L’auteur déclare ne pas avoir de liens d’intérêts.

centre(s) d’intérêt
Addictologie,
Psychiatrie
thématique(s)
Toxicomanie
Mots-clés