Avant-propos

Un référentiel des pratiques de soin de l'addiction aux opiacés : une opportunité d'améliorer nos pratiques de soins !

Mis en ligne le 21/05/2018

Auteurs : Dr D. Touzeau

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L'estimation globale du nombre de personnes ayant eu une prescription de traitement agoniste opiacé avoisine 180 000. La France affichait en 2015 le niveau de prescription de traitement par agonistes opioïdes (TAO), soit buprénorphine et méthadone, par habitant le plus élevé d'Europe. Ainsi, depuis la première conférence interuniversitaire “Intérêts et limites des traitements de substitution dans la prise en charge des toxicomanes” à la Faculté de pharmacie de Châtenay-Malabry, en juin 1994, et la conférence de consensus FFA de LYON, en 2004, les réponses aux usagers de substances opioïdes se sont précisées.

En 2018, “le traitement de substitution aux opiacés, quel qu'il soit, doit être accessible et mis en place sans délai inutile et, lorsque nécessaire, de façon immédiate. Il a pour but, au-delà de la réduction des risques et des dommages liés à la consommation d'héroïne, de restaurer une autonomie, d'intégrer le patient dans la société et d'améliorer sa qualité de vie. Ce traitement est recommandé dans le cadre d'une prise en charge globale médicale psychologique et sociale.” Cette dernière s'inscrivant dans la durée (2).

Pleinement reconnus par les ordres professionnels (médecins et pharmaciens), les traitements ont fait la preuve de leur efficacité sur le craving, conduisant à la réduction voire à l'arrêt de la consommation d'opiacés, à la réduction de la mortalité par overdose, des infections par virus VIH et VHC, et de la criminalité, à condition de respecter certaines règles (posologie suffisante, réel soutien psychosocial).

L'accès aux soins a été diversifié grâce à la politique de réduction des risques incluant les salles de consommation à moindre risque, en mobilisant tous les acteurs sanitaires pour prendre en charge les comorbidités psychiatriques et somatiques. Le dépistage et le traitement du VHC est une priorité de santé publique incontournable.

Des améliorations ont été obtenues mais des problèmes subsistent !

Concernant le mésusage des traitements agonistes opiacés, tant parmi les usagers des centres d'accueil et d'accompagnement à la réduction des risques pour usagers de drogues (CAARUD) que ceux des Centres de soins, ­d'accompagnement et de prévention en addicto­logie (CSAPA), l'injection de BHD a nettement reculé au profit de l'administration par voie sublinguale. D'après le dispositif Décès en relation avec les médicaments et les substances (DRAMES) 2015, les traitements de substitution aux opioïdes sont responsables de 141 décès directs (buprénorphine 36 décès, méthadone 105). Selon le retour de la séance du 1er février 2018 de la Commission des stupéfiants et psychotropes, la méthadone est toujours la substance la plus impliquée dans les décès. L'estimation du taux de décès par méthadone est de 2 pour 1 000 patients traités. Ce taux est 6 fois plus élevé qu'avec la buprénorphine et 4,5 fois plus qu'avec l'héroïne. La Commission des stupéfiants et psychotropes s'est penchée sur les facteurs à l'origine du problème (3). Il nous a semblé utile de proposer un référentiel pouvant servir aux différents intervenants sur ces sujets d'actualité, présenté lors des Journées perspectives addictions des 17 et 18 novembre 2017, à Paris.

Références

1. Tableau de bord “Traitements de substitution aux opiacés” réalisé par l’OFDT dans le but de rassembler les éléments les plus récents émanant de différentes sources et de les présenter de manière synthétique.

2. Recommandations ordinales. Prescription et dispensation des médicaments de substitution aux opiacés. Paris, le 11 octobre 2017. Ordre national des médecins & Ordre national des pharmaciens.

3. http://ansm.sante.fr/var/ansm_site/storage/original/application/b4b12e9d14ce3676ca403144971fda23.pdf

Liens d'interêts

L’auteur déclare des liens d’intérêts avec Indivior et Lundbeck.

auteur
Dr Didier TOUZEAU
Dr Didier TOUZEAU

Médecin
Addictologie / toxicomanies et alcoologie
Groupe hospitalier Paul Guiraud, Villejuif
France
Contributions et liens d'intérêts

centre(s) d’intérêt
Addictologie,
Psychiatrie
thématique(s)
Toxicomanie
Mots-clés