Congrès/Réunion

Nouveautés en transplantation hépatique – 68e Congrès de l'American Association for the Study of Liver Diseases – Washington, du 20 au 24 octobre 2017

Mis en ligne le 07/06/2018

Auteurs : F. Saliba, F. Conti

Lire l'article complet (pdf / 619,72 Ko)

Utilisation des greffons provenant de donneurs VHC+

Les trois communications qui ont inauguré le congrès de l'AASLD cette année concernaient l'utilisation des greffons provenant de donneurs positifs au virus de l'hépatite C (VHC+) en transplantation hépatique (TH). En effet, la pénurie actuelle de greffons rend indispensable l'utilisation de tous les greffons de bonne qualité, et en particulier, à l'ère des antiviraux à action directe (AVD), ceux issus de donneurs séropositifs pour le VHC (AcVHC+) mais non virémiques (ARN VHC−).

Risque de transmission du VHC par des greffons de donneurs VHC+ avec virémie négative

(Bari K. et al., États-Unis, abstr. 1, actualisé)

Cette étude provocatrice portait sur le risque de transmission du VHC par des greffons provenant de donneurs avec une sérologie VHC positive et une virémie négative, qui représenteraient 30 % des greffons aux États-Unis, et qui restent le plus souvent inutilisés faute de receveurs VHC+. Dans cette étude, ces greffons ont été proposés aux receveurs séronégatifs pour le VHC. Ces greffons peuvent être issus de donneurs ayant éradiqué le virus de façon spontanée ou après traitement antiviral ; il peut s'agir d'une sérologie faussement positive ou de la phase initiale de l'infection quand la PCR (Polymerase Chain Reaction) n'a pas encore atteint le seuil de détection (”phase éclipse”). Le but de cette étude prospective monocentrique, réalisée entre mars 2016 et février 2017, était d'évaluer le risque de transmission du VHC des greffons AcVHC+/ARN VHC− aux receveurs négatifs. Les patients sur liste d'attente étaient testés pour le VHC tous les 6 mois, les donneurs une fois avant la TH, et les receveurs étaient testés au moins tous les 3 mois après la TH. Sur 125 transplantations hépatiques réalisées pendant l'étude, 26 greffons AcVHC+/ARN VHC− (21 %) ont été transplantés à des receveurs ARN VHC− ; un patient a été exclu car il est décédé rapidement de non-fonction primaire de greffon. Quatre patients (16 %) ont présenté une virémie positive dans les 3 premiers mois post-TH ; l'un d'eux avait une sérologie positive auparavant. Trois patients ont été traités en post-TH par AVD, obtenant une réponse virale soutenue (RVS), le dernier n'a pas pu être traité et est décédé 10 mois après la TH, pour une raison non liée au VHC.

Ainsi, 16 % des patients VHC− transplantés avec un greffon AcVHC+/ARN VHC− ont présenté une virémie positive en post-TH, ce qui est plus que le résultat attendu en considérant la ”phase éclipse”. Les auteurs pensent que cette transmission pourrait être liée à une infection occulte dans cette population issue d'une région à haut risque. Cependant, devant la bonne réponse aux traitements antiviraux, ils considèrent que ces organes peuvent être utilisés afin d'augmenter le pool de greffons.

Utilité de la réalisation en urgence de la virémie VHC chez le donneur pour une meilleure attribution des greffons aux receveurs VHC+

(Martini S. et al., Italie, abstr. 2, actualisé)

Cette équipe, contrairement à la précédente, part du principe qu'il n'y a pas transmission du VHC par des donneurs AcVHC+ non virémiques et évalue le rôle de la détermination en urgence de la virémie chez les donneurs AcVHC+ pour optimiser l'attribution des greffons. Entre 2014 et 2016, 213 premières TH ont été réalisées, 83 receveurs (39 %) étaient VHC+ et 11 ont reçu un greffon AcVHC+ (11 %), avec un score de fibrose jusqu'à 3/6 selon le score Ishak. La virémie et la biopsie étaient réalisées en urgence. Sept donneurs étaient virémiques, et les greffons ont été attribués à des receveurs eux aussi virémiques qui ont été traités par AVD en post-TH immédiat et ont tous eu une RVS. Quatre receveurs traités par AVD et non virémiques au moment de la TH ont reçu un greffon non virémique et 3 ont présenté une RVS, mais le dernier a rechuté avec son propre virus et a dû être traité une nouvelle fois. En septembre 2017, le suivi médian était de 2,2 ans ; les 11 patients étaient vivants et avaient une RVS avec une fibrose diminuée (tableau I). Les auteurs concluaient donc que la virémie en urgence était utile pour une attribution optimale des greffons, et que, devant ces très bons résultats, on pourrait imaginer l'attribution de greffons VHC+ non virémiques à des receveurs VHC− (tableau I).

Transplantation de greffons VHC+ chez des receveurs VHC− avec un traitement préemptif par AVD

(Chhatwal J. et al., États-Unis, abstr. 3, actualisé)

Le but de cette étude était d'évaluer quels receveurs VHC− (en fonction du score de MELD [Model for End-stage Liver Disease]) présentaient un bénéfice à recevoir un greffon VHC positif malgré le risque d'infection. Cette équipe a développé un modèle mathématique capable de simuler un essai concernant des patients VHC− en liste d'attente ou recevant un greffon VHC+ et traités de façon préemptive par AVD en post-TH. Les données permettant de créer ce modèle étaient issues d'études publiées ou du registre UNOS (United Network for Organ Sharing). Les résultats de ce modèle montent que les patients avec un score de MELD ≥ 20 (entre 18 et 20 selon la région) tirent un bénéfice sur l'espérance de vie à être transplantés avec un greffon VHC+, mais de façon différente selon la région UNOS et donc en fonction de l'accessibilité aux greffons. En conclusion, selon les auteurs, ce type de transplantation pourrait être une solution pour améliorer la survie des patients VHC+ en liste d'attente en augmentant l'accessibilité aux greffons, mais des études complémentaires sont nécessaires pour confirmer ces résultats, en particulier pour le traitement préemptif par AVD.

Traitement de la récidive virale C après transplantation

Sofosbuvir/velpatasvir 12 semaines dans le traitement de l'hépatite VHC (génotype 1 - 4) après transplantation hépatique

(Agarwal K. et al., Royaume-Uni, abstr. 1069, actualisé)

Cette étude multicentrique européenne (Espagne, Royaume-Uni et Suisse, 8 sites) a inclus tous les patients virémiques ARN VHC+ à 3 mois ou plus après TH, avec ou sans cirrhose compensée.

Les études cliniques n'ayant pas rapporté d'inter­actions médicamenteuses significatives avec les immunosuppresseurs, il n'y avait pas de restriction vis-à-vis de l'usage d'un type d'immunosuppresseur. Le but de l'étude était d'analyser l'efficacité et la tolérance de l'association sofosbuvir + velpatasvir (400/100 mg) dans le traitement de la récidive VHC de génotype 1-6 après transplantation hépatique. Au total, 79 patients (âge moyen : 62 ans [extrêmes : 45-81 ans] ; 81 % d'hommes) ont été traités. Les génotypes se répartissaient de la manière suivante : génotype 1a (19 %), 1b (28 %), 2 (4 %), 3 (44 %) et 4 (5 %), et pour le stade de fibrose : F0-F1 (13 %), F2 (44 %), F3 (14 %), F4 (27 %) et manquant (3 %). Plus de la moitié des patients (54 %) avaient été préalablement traités avec de l'interféron pégylé (IFN/PEG) ± ribavirine (RBV). Toutes les molécules d'immunosuppression étaient représentées : tacrolimus (71 %), cyclosporine (14 %), sirolimus (10 %), évérolimus (6 %), mycophénolate mofétil (24 %), azathioprine (11 %) et prednisolone (1 %). La RVS à 12 semaines était de 96 % (76/79 patients), variant selon le génotype (figure 1) et le stade de fibrose (figure 2). Les mutations étaient présentes pour les gènes NS5A RAS et NS5B NI RAS respectivement chez 30 % (24/79) et 8 % (6/77) des patients. Les 2 échecs virologiques constatés concernaient des sujets porteurs d'une mutation NS5A RAS (G3b et G1a) avant le début du traitement. Un patient a arrêté le traitement à J7 en raison de la survenue d'une hyperglycémie. Dans l'ensemble, le traitement était très bien toléré, comme chez le non-transplanté. Les effets indésirables rapportés (taux > 10 %) étaient : des céphalées (24 %), de la fatigue (20 %), une toux (10 %). Il n'a pas été noté de perte de greffon ou de rejet aigu. Des modifications de l'immunosuppression étaient rapportées chez 18 patients (23 %), essentiellement en rapport avec les habitudes des centres. Au final, les résultats du traitement en postgreffe sont comparables à ceux obtenus chez les patients non transplantés, avec une très bonne efficacité et une très bonne tolérance.

Amélioration de la survie à court terme des patients transplantés pour VHC à l'ère des AVD

(Cholankeril G., États-Unis, abstr. 4, actualisé)

Cette étude du registre américain UNOS a comparé 2 périodes : 2011-2013, avant les AVD (n = 3 672), et 2014-2016, dans l'ère des AVD (n = 3 855). L'objectif était d'évaluer l'impact des traitements par AVD sur la survie à 1 an du greffon et des patients VHC+, puis de comparer ces résultats avec les sujets non-VHC. Les patients avec carcinome hépatocellulaire (CHC) et ceux ayant un stade UNOS de statut 1A (hépatites fulminantes) étaient exclus.

Les caractéristiques des patients VHC+ avant et durant l'ère des AVD étaient comparables, sauf pour l'âge du receveur (56,6 ± 6,4 versus 58,0 ± 6,6 ans ; p < 0,001), l'âge du donneur (39,5 ± 14,9 versus 40,2 ± 15,1 ans), et le score de MELD (21,6 ± 10,8 versus 20,9 ± 11,3).

La perte du greffon au cours de la première année était significativement plus importante dans la population VHC que chez les non-VHC avant l'ère des AVD (5,9 % versus 4,3 % ; p <  0,01) mais pas depuis l'utilisation des AVD (3,9 % versus 3,8 % ; p = 0,85) [figure 3]. Le constat était identique pour la survie des patients à 1 an (figure 4).

Le tableau II rapporte les résultats concernant la survie du patient et du greffon à 1 an dans la population VHC+ et VHC− pour chacune des 2 périodes. L'amélioration de la survie était significative pour la population VHC mais pas pour les non-VHC. Ces résultats montrent bien déjà l'impact sur la survie à court terme du greffon et du patient. L'ère des AVD est associée à une réduction de 34 % de la mortalité à 1 an post-transplantation (hazard-ratio [HR] ajusté : 0,66 ; IC95 : 0,60-0,72 ; p < 0,001) dans la population VHC. Cela est probablement en rapport avec les options thérapeutiques spectaculaires disponibles, notamment pour la prise en charge de la fibrose hépatique cholestatique. Des études sont en cours pour évaluer le gain de survie et l'épargne en greffon après un suivi de 5 ans.

Transplantation pour maladie alcoolique

Transplantation pour hépatite alcoolique aiguë aux États-Unis : étude ACCELERATE-AH

(Lee B et al., États-Unis, abstr. 12, actualisé)

La transplantation pour hépatite alcoolique aiguë (HAA) commence à intéresser les équipes américaines : l'étude multicentrique ACCELERATE-AH a été présentée. Cette étude rétrospective, qui concernait 12 centres américains, a inclus 147 patients transplantés hépatiques avec une hépatite alcoolique aiguë sévère et moins de 6 mois d'abstinence. Les caractéristiques des patients à l'inclusion sont reprises dans le tableau III.

Chez ces patients, la survie était de 94 % à 1 an et de 84 % à 3 ans. Les décès survenant dans les premiers mois après la TH (n = 9) étaient majoritairement liés à des problèmes infectieux chez les patients ayant reçu des corticoïdes avant la TH. En revanche, 7 des 9 décès plus tardifs étaient associés à la reprise de l'alcool. Au total, 40 patients (27 %) avaient repris de l'alcool après la TH : 25 de façon temporaire, et 15 de façon prolongée. Les facteurs prédictifs de rechute étaient le jeune âge (par an) [odds ratio [OR] : 1,05 ; IC95 :1,01-1,09 ; p = 0,02] et la non-reconnaissance du diagnostic (OR : 2,36 ; IC95 :1,10-5,08 ; p = 0,04). La reprise de l'alcool avait un impact négatif sur la survie à 3 ans (figure 5).

Les auteurs concluent que ces résultats peuvent être améliorés en sélectionnant les patients de façon plus attentive et en organisant un suivi plus adapté.

Meilleurs résultats pour la transplantation des hépatites alcooliques aiguës comparativement aux hépatites fulminantes

(Cholankeril G. et al., États-Unis, abstr. 32)

Cette étude du registre UNOS a comparé de façon rétrospective les patients transplantés entre 2011 et 2016 pour hépatite aiguë alcoolique à ceux transplantés pour hépatite fulminante de cause médicamenteuse (due au paracétamol) ou non médicamenteuse. De 2011 à 2016, 193 patients atteints d'HAA étaient en attente de TH, dont 145 (75,1 %) étaient transplantés. Les auteurs ont d'abord montré que le nombre de TH pour HAA avait augmenté, passant de 14 en 2011 à 58 en 2016. Ils ont également observé que la mortalité à 3 mois des patients en liste d'attente était équivalente pour les HAA et pour les hépatites fulminantes médicamenteuses, mais significativement inférieure chez les transplantés pour hépatite aiguë non médicamenteuse. La survie à 1 et 3 ans post-TH était significativement supérieure chez les patients transplantés pour HAA (tableau IV). Les auteurs ont conclu que les résultats de la TH en urgence pour HAA sont équivalents voire meilleurs que ceux de la transplantation pour hépatite fulminante.

Récidive de carcinome hépatocellulaire après transplantation

Quel traitement pour la récidive du CHC après transplantation ?

(Saliba F. et al., Villejuif, abstr. 1685, actualisé)

Le carcinome hépatocellulaire (CHC) devient la première indication de transplantation hépatique dans le monde. La récidive du CHC post-transplantation demeure une grande préoccupation. Le but de l'étude rétrospective de la cohorte de patients transplantés pour CHC de 2005 à 2015 (hôpital Paul-Brousse) est d'analyser le devenir de ces patients après la récidive, les types de traitement et les facteurs associés à la survie après récidive.

Près de 306 patients ont été recrutés (2 patients porteurs d'un hépatocholangiocarcinome ont été exclus). La médiane de suivi était de 55,2 mois. Quarante-trois patients (14,1 %) ont développé une récidive de leur CHC dans un délai médian de 13,2 mois (IC95 : 2,4-103,8). Les facteurs significativement associés à la récidive étaient : CHC hors critères de Milan ou hors critères de l'Université de Californie, San Francisco (UCSF) [p = 0,003] à la TH, taux d'alpha-fœtoprotéine (AFP) [p = 0,0002], diamètre de la plus grosse tumeur (p = 0,002) et invasion microvasculaire à l'histologie (p = 0,0002). Les sites de récidive recensés au moment du diagnostic étaient : le foie (n = 7), les poumons (n = 5), les os (n = 4), les ganglions (n = 5), le péritoine (n = 2), et disséminé (n = 20). Les traitements proposés étaient : sorafénib (SOR) + évérolimus (EVL) [n = 19], SOR (n = 5), autres (GEMOX, GEMOX + bévacizumab, GEMOX + cétuximab, etc.) [n = 24].

La médiane de survie après récidive était seulement de 10,9 mois (IC95 : 6,6-18,6) [figure 6]. La survie des patients après récidive, en fonction du type de traitement reçu, était significativement en faveur du groupe traité par SOR + EVL (figure 7). La relation entre la survie et les taux résiduels d'EVL chez les patients traités par EVL pour une durée supérieure à 3 mois montre une bonne corrélation entre les taux résiduels d'EVL et la survie, avec un seuil de concentration résiduelle d'EVL ≥ 5 ng/ml. En analyse multivariée, l'absence de traitement par sorafénib et évérolimus ainsi que le nombre de sites de récidive au moment du diagnostic  ≥ 2 étaient associés à un risque élevé de mortalité, avec respectivement un HR à 2,81 (IC95 : 1,34-6,17 ; p = 0,006) et 2,35 (IC95 : 1,11-5,01 ; p = 0,002).

Récidive de cholangite biliaire primitive (CBP) après transplantation

La récidive de la CBP affecte la survie du greffon : étude du groupe GLOBAL

(Montano-Loza A.J. et al., Canada, abstr. 290)

Cette étude multicentrique a rapporté les résultats de la récidive de la cholangite biliaire primitive (CBP) après TH. Au total, 785 patients transplantés pour CBP, provenant de 15 centres de TH, ont été évalués de façon rétrospective. L'âge à la TH était de 54 ± 9 ans, 89 % étaient des femmes et 25 % des patients avaient reçu de l'acide ursodésoxycholique (AUDC) après la TH.

Une récidive de CBP a été diagnostiquée chez 240 patients, la probabilité de développer une récidive était de 22, 36, 50 et 55 % à 5, 10, 15 et 20 ans de la greffe respectivement. L'âge inférieur à 50 ans au moment du diagnostic et inférieur à 60 ans au moment de la TH, l'utilisation du tacrolimus comme immunosuppresseur, ou la présence d'une cholestase sévère dans la première année qui suivait la TH étaient associés à un risque de récidive de CBP, en analyse univariée ; alors que la ciclosporine était protectrice, ce qui n'était pas le cas pour l'AUDC dans cette étude. En analyse multivariée, l'âge à la TH et le tacrolimus étaient des facteurs de risque de récidive (tableau V). La récidive de CBP était délétère pour la survie du greffon et du patient (figure 8).

Obésité, état physique et transplantation

L'obésité est-elle associée à une augmentation du risque de mortalité et de retransplantation chez les receveurs hépatiques ?
Revue systématique et méta-analyse

(Kamal F. et al., États-Unis, abstr. 1713 et 1719)

L'obésité chez le receveur pose problème. Deux posters présentaient une méta-analyse sur les résultats de la TH chez les receveurs obèses. Dans le premier, les auteurs ont comparé le taux de mortalité et de retransplantation à 1, 2 et 5 ans et, dans le second, les complications biliaires, vasculaires et de paroi et les rejets après TH selon l'indice de masse corporelle (IMC) des receveurs (IMC normal, obésité de classe I : IMC 30-35 ; classe II : IMC 35-40 ; classe III : IMC > 40). Les patients avec un IMC < 18,5 étaient exclus. Vingt-trois études ont été retenues, incluant 218 699 patients. Aucune différence significative concernant la survie ou le taux de retransplantation n'a été mise en évidence à 1, 2 et 5 ans post-TH pour les 3 classes d'IMC évaluées, par rapport aux patients non obèses. Il en était de même pour les différentes complications évaluées (rejet, complications cardiopulmonaires, complications de l'incision de transplantation).

Devenir des patients obèses après transplantation

(Mehta S. et al., États-Unis, abstr. 1721)

Cette étude rétrospective monocentrique portant sur les patients obèses transplantés entre 2008 et 2014 a évalué le devenir des receveurs obèses. L'étude a inclus 202 patients, dont 50 avec un IMC entre 18,5 et 24,9, 50 patients avec une obésité de classe I, 50 avec une obésité de classe II et 52 avec une obésité de classe III. Les receveurs avec une obésité de classe III présentaient davantage de diabètes, de maladies coronariennes, d'apnées du sommeil, d'insuffisances rénales et de NASH (p < 0,05), mais il n'était pas rapporté plus de retransplantations ni d'altération de la survie à 5 ans post-TH. En revanche, les patients avec une obésité de classe II présentaient un taux inférieur de survie par rapport aux autres groupes de l'étude (figure 9). Les auteurs concluaient que la TH n'était pas contre-indiquée chez les patients avec une obésité sévère bien sélectionnés.

Statut de performance physique ECOG (ECOG PS) et pronostic après transplantation hépatique

(Bernal W. et al., Royaume-Uni, abstr. 7, actualisé)

Le score ECOG (Eastern Cooperative Oncology Group) est une échelle de performance très utilisée en cancéro­logie permettant de quantifier l'activité générale du patient. Elle est sous-divisée en 5 stades :

  • pleinement actif : le sujet peut exercer son activité normale sans aucune restriction ;
  • patient restreint dans les activités physiques fatigantes mais pouvant exercer une activité sans contrainte physique importante (activité domestique légère, bureau, etc.) ;
  • patient mobile et capable de s'occuper de ses soins personnels, mais incapable d'activité professionnelle ou à domicile ; debout plus de 50 % de la journée ;
  • patient ne pouvant assurer que le minimum des soins personnels ; confiné au lit ou à la chaise plus de 50 % de la journée ;
  • patient complètement handicapé dans le quotidien, confiné au lit ou à la chaise, ayant besoin d'assistance pour la toilette et les soins quotidiens.

Cette étude du registre national du Royaume-Uni a étudié 7 053 transplantations adultes pour une cirrhose de cause définie pratiquées entre 1994 et 2016. Ont été exclus les patients atteints de cancer ou hospitalisés en réanimation avec un support d'organe au moment de la transplantation. Les causes des cirrhoses étaient l'alcool (29 %), les virus (20 %) et d'autres causes (51 %).

Les stades 4 et 5, les plus graves, comptaient respectivement 1 021 (14 %) et 232 (3 %) patients. Les caractéristiques prétransplantation en fonction du statut de performance ECOG PS figurent dans le tableau VI. Avant la greffe, les 1 253 patients des statuts 4 et 5 avaient un score de MELD plus élevé, une natrémie plus basse, davantage d'ascites et d'encéphalopathies, et étaient plus souvent hospitalisés au moment de la transplantation. La survie à 1 an après transplantation diminuait avec le stade ECOG PS (tableau VI). Sur l'ensemble de la cohorte, la survie était significativement plus basse pour les patients avec un score ECOG PS 4-5 versus 1-3 (figure 10A). Le rapport de risque de mortalité ajusté selon l'âge, le score de MELD, la cause de la cirrhose, l'âge du donneur, le temps d'ischémie froide et la période de transplantation, allait de 1,17 pour le groupe ECOG PS 4 à 1,40 pour le groupe de patients alités et graves (ECOG PS 5), la référence étant de 1 pour le groupe ECOG PS 3.

Si on compare la période 1994-2005 à la période 2006-2016, la probabilité de survie à 1 an a significativement augmenté pour les ECOG 5, passant de 69,7 % à 86,3 %. Il n'y a plus de différence entre les stades ECOG PS quant à la survie à 1 an post-transplantation dans la période de greffe récente 2012-2016 (figure 10B). L'amélioration de la survie avec le temps (probablement liée à une prise en charge globale de meilleure qualité) a effacé la différence de survie après transplantation associée au score de ECOG PS pour la période récente au Royaume-Uni. Rappelons cependant que les patients en réanimation avec défaillance d'organe étaient exclus de l'analyse.

Machine à perfusion

Intervention pharmacologique pour améliorer la stéatose au cours de l'utilisation de la machine à perfusion hépatique normothermique

(Boteon Y.L. et al, Royaume-Uni, abstr. 5)

Le problème lié aux greffons stéatosiques a également été abordé. En effet, la stéatose du greffon est responsable d'une dysfonction du greffon après TH et est une des causes de non-utilisation des foies par les équipes de TH. Tout d'abord, dans une étude in vitro sur des hépatocytes humains en culture primaire, les auteurs ont testé un cocktail susceptible de réduire la stéatose. Les molécules utilisées influencent différentes étapes du métabolisme hépatique des lipides. Les auteurs ont montré que leur cocktail n'était pas toxique mais capable de diminuer in vitro la stéatose hépatocytaire (figure 11). Les auteurs concluaient que leur stratégie de ”dégraissement” est efficace sur des hépatocytes humains sans induire de toxicité et qu'elle pourrait être testée au cours de la perfusion des greffons en normothermie.

La perfusion normothermique ex vivo prévient la séquestration plaquettaire

(Kollmann D. et al., Cervantes I.L. et al., Canada, abstr. 127 et 130)

Ce type de perfusion a été évoqué dans une session parallèle. Les auteurs ont rapporté un modèle de TH chez le porc, dans lequel ils ont comparé l'ischémie froide à la perfusion normothermique du greffon. Ils ont montré que 8 heures de perfusion normothermique des greffons hépatiques dans ce modèle prévient la séquestration intrahépatique des plaquettes et permet une augmentation plus rapide des plaquettes après TH par rapport à la conservation hypothermique. Cela permet probablement de diminuer les lésions endothéliales liées au dépôt de plaquettes et améliore la fonction hépatique en post-TH à 24 h, avec des transaminases significativement plus basses dans le groupe perfusion normothermique (581 versus 1 673 UI/l ; p = 0,003) [figure 12]. La même équipe, dans le même modèle, a montré que le liquide qui donne les meilleurs résultats dans ce type de perfusion normothermique est le Steen, liquide à base d'albumine humaine actuellement utilisé en transplantation pulmonaire.■


FIGURES

Liens d'interêts

Les auteurs déclarent ne pas avoir de liens d’intérêts en relation avec cet article.

auteurs
Pr Faouzi SALIBA

Médecin, Gastro-entérologie et hépatologie, Hôpital Paul Brousse, Villejuif, France

Contributions et liens d’intérêts
Pr Filomena CONTI

Médecin, Gastro-entérologie et hépatologie, Hôpital de la Pitié-Salpêtrière, Paris, France

Contributions et liens d’intérêts
centre(s) d’intérêt
Transplantation
thématique(s)
Foie
Mots-clés