Éditorial

IST, entre impasses et espoirs


(pdf / 76,54 Ko)

Les infections sexuellement transmissibles (IST) restent, en 2026, une préoccupation majeure, et ce pour plusieurs raisons. Sur le plan épidémiologique, tout d’abord, les données mondiales, européennes et françaises confirment une augmentation continue des trois principales IST bactériennes surveillées, Chlamydia trachomatis, Neisseria gonorrhoeae et la syphilis. Cette dernière suscite une inquiétude particulière, avec une augmentation des cas chez les femmes cisgenres, faisant réapparaître le spectre de la syphilis congénitale. L’exemple des États-Unis est à ce titre frappant : près de 4 000 cas de syphilis congénitale ont été déclarés en 2023, soit une multiplication par dix en une décennie. Derrière ces chiffres, ce sont aussi les inégalités sociales et l’accès aux soins qui s’expriment. La France n’est pas à l’abri, et les territoires ultramarins – Guyane, La Réunion, Mayotte – en témoignent déjà, avec des recommandations renforcées de dépistage au cours de la grossesse. Les profils épidémiologiques sont par ailleurs assez similaires : hommes cisgenres de 25 à 49 ans pour les infections à gonocoque et la syphilis, femmes cisgenres de moins de 25 ans pour les infections à C. trachomatis.

Sur le terrain de l’antibiorésistance, ensuite, les impasses se dessinent. Le gonocoque en est l’illustration la plus emblématique. Depuis plus d’une décennie, l’apparition de souches hautement résistantes (XDR), incluant une résistance à la ceftriaxone et de haut niveau à l’azithromycine, alimente les inquiétudes. Si la France reste relativement préservée – avec seulement quelques souches identifiées ces dernières années, souvent importées – la situation est déjà critique dans certaines régions d’Asie-Pacifique. Et comme souvent en infectiologie, ce qui émerge ailleurs finit par nous concerner. Deux nouvelles molécules, la zoliflodacine et la gépotidacine, incarnent un espoir, encore à confirmer. Le constat est similaire pour Mycoplasma genitalium, avec une progression constante des souches multirésistantes, notamment chez les hommes ayant des relations sexuelles avec les hommes (HSH), conduisant parfois à de véritables impasses thérapeutiques, y compris après des lignes de traitement avancées. À l’ère de la médecine moderne, voir réapparaître des infections bactériennes sans solution thérapeutique efficace constitue un signal d’alerte majeur.

Sur le plan de l’oncogenèse, l’infection aux papillomavirus humains (HPV), première IST au monde, rappelle que les conséquences des IST dépassent largement l’épisode infectieux aigu. Chez les personnes immunodéprimées, en particulier, l’incidence des cancers liés aux HPV – anogénitaux et ORL – ne cesse d’augmenter, avec près de 700 000 cas par an dans le monde. Les avancées en physiopathologie et en biologie moléculaire permettent aujourd’hui d’affiner les stratégies de dépistage et de cibler plus précocement les lésions à risque, notamment celles liées à HPV16. Ici encore, l’enjeu est clair, transformer une infection fréquente en pathologie évitable.

Sur le front des émergences, enfin, le mpox a rappelé avec force que les IST peuvent surgir là où on ne les attend pas. L’épisode de 2022, lié au clade IIb, a profondément marqué les esprits et les pratiques, en particulier dans la communauté des HSH. La dynamique actuelle, avec la circulation du clade Ib, confirme l’inscription durable de cette infection dans le champ des IST. Comme souvent, les patients les plus vulnérables, notamment immunodéprimés, en paient le plus lourd tribut.

Face à ces constats, les espoirs existent et ils sont réels. La prévention est toujours au cœur de la réponse. Elle passe bien sûr par la promotion du préservatif, qui conserve toute sa place, mais aussi par la vaccination, dont le champ s’élargit. Vaccination contre l’hépatite B, extension récente de la vaccination HPV, y compris chez les hommes et les jeunes adultes, vaccination antivariolique de troisième génération dans certaines populations à risque : autant d’outils disponibles, encore insuffisamment mobilisés. À cela s’ajoute une approche plus récente et encore débattue : la prophylaxie antibiotique postexposition par doxycycline, dite TPE-Doxy selon les dernières recommandations de la Haute Autorité de santé. Prometteuse sur certaines IST bactériennes, elle pose néanmoins la question, centrale, du risque d’antibiorésistance. Entre innovation et prudence, l’équilibre reste à trouver.

Ainsi, les IST nous placent face à une tension permanente : celle d’une médecine confrontée à ses limites, mais aussi capable d’innovation. Entre impasses thérapeutiques et espoirs préventifs, entre résurgence d’infections anciennes et émergence de nouvelles, elles continuent de questionner nos pratiques, nos organisations et nos politiques de santé, notamment de santé sexuelle.

Plus que jamais, les IST ne sont ni du passé, ni marginales, elles sont un miroir de nos sociétés. Ce dossier thématique en propose une lecture éclairante, à la croisée des défis et des perspectives. Bonne lecture !


Liens d'intérêt

C. Cazanave déclare ne pas avoir de liens d’intérêts en relation avec cet éditorial.

Connectez-vous à votre compte
Inscrivez-vous gratuitement

Connectez-vous à votre compte
Inscrivez-vous gratuitement pour accéder à nos contenus, nos comptes-rendus de congrès et découvrir nos revues.

Identifiant / Mot de passe oublié


Vous avez oublié votre mot de passe ?


Vous avez oublié votre identifiant ?

Consultez notre FAQ sur les problèmes de connexion ou contactez-nous.

Vous ne possédez pas de compte Edimark ?

Inscrivez-vous gratuitement

Pour accéder aux contenus publiés sur Edimark.fr vous devez posséder un compte et vous identifier au moyen d’un email et d’un mot de passe. L’email est celui que vous avez renseigné lors de votre inscription ou de votre abonnement à l’une de nos publications. Si toutefois vous ne vous souvenez plus de vos identifiants, veuillez nous contacter en cliquant ici.