Dossier

Syndromes myéloprolifératifs

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Auteurs : Drs Dana Ranta et Laurence Legros

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Une belle place a été faite cette année aux syndromes myéloprolifératifs (SMP), saluant ainsi l'arrivée de nouvelles molécules et la confirmation de molécules plus anciennes comme l'interféron.

Leucémie myéloïde chronique

L'intérêt des registres et des observatoires…

Il est toujours intéressant de disposer d'analyses de registres, dont le principal intérêt est de refléter peut-être plus justement ce qui se passe en vie réelle et de s'intéresser à des niches délaissées par les industriels.

Les Italiens ont ainsi présenté les résultats de leur registre de 1 051 patients diagnostiqués pour une leucémie myéloïde chronique (LMC) entre janvier 2012 et juin 2016 (Specchia G et al., abstr. 0045) dans les différents centres italiens du GIMEMA, le groupe italien des LMC. Les patients ont été traités par imatinib (49 %) ou par un inhibiteur de tyrosine kinase (ITK) de deuxième génération (48 %). La médiane d'âge était de 59 ans. La phase était chronique (LMC-PC) chez 99 % d'entre eux, accélérée (LMC-PA) chez 0,8 % et blastique chez 0,2 %. Le score de Sokal était élevé chez 14 %, intermédiaire chez 33 %, faible chez 30 % et manquant chez 5 % des patients. Le score EUTOS Long-Term Survival (ELTS) était élevé dans 9 %, intermédiaire dans 20 %, faible dans 51 % et manquant dans 20 % des cas. Dix pour cent d'anomalies cytogénétiques additionnelles signant un diagnostic de phase accélérée cytogénétique ont été observées au diagnostic chez les patients pour lequels un caryotype a été réalisé. Cela conduit les auteurs à souligner l'importance de pratiquer un examen médullaire avec un caryotype au diagnostic, encore à l'heure actuelle. Plus d'un quart des patients (28 %) avaient un index de comorbidité de Charlson au moins à 1, témoignant de la nécessité d'une prise en charge multidisciplinaire de la LMC chez l'adulte. Les plus fréquentes des comorbidités retrouvées étaient cardiovasculaires (27 %), pulmonaires (10 %), métaboliques (7 %) et néoplasiques (8 %). Compte tenu du spectre de ces comorbidités, le choix de l'ITK et la surveillance de ces éventuels événements indésirables à long terme semblent primordiaux. Cette analyse de registre confirme l'obtention plus rapide des réponses moléculaires avec un ITK de deuxième génération. La survie globale (SG) à 4 ans est de 95,7 % avec une médiane de suivi de 37 mois. Seule la survie par groupes pronostiques basés sur le score ELTS est significativement différente (p < 0,0001) avec une survie à 86 % pour les patients à risque élevé versus 98 % pour ceux à faible risque (figure 1). L'impact du score ELTS sur la survie se confirme, que les patients aient été traités par imatinib ou par ITK de deuxième génération. Seuls les patients des groupes pronostiques intermédiaire et haut risque ELTS tirent un bénéfice en termes de survie d'un traitement par inhibiteur de deuxième génération (figure 2).

Une autre étude de registre de nos collègues espagnols (Hernandez Boluda JC et al., abstr. 0047) concerne les arrêts de traitement chez 236 patients traités par ITK pendant au moins 3 ans et ayant obtenu au moins une réponse moléculaire profonde RM4.5 (BCR/ABL < 0,0032 % IS) stable pendant au moins 2 ans. La survie sans perte de réponse moléculaire majeure (RMM) [BCR-ABL < 0,1 % IS] à 4 ans est de 64 %, ce qui fait partie de la fourchette haute des résultats obtenus dans ce type d'étude. Comme retrouvé dans les études STIM et EUROSKI, la durée du traitement et celle de la réponse moléculaire profonde sont des facteurs prédictifs de rechute s'ils sont inférieurs à 5 ans et 4 ans, respectivement (figure 3).

Les auteurs attirent notre attention sur la nécessité de surveiller le bilan lipidique, et notamment le taux de cholestérol total après arrêt de l'imatinib, car ils ont observé une remontée significative dès le troisième mois d'arrêt.

Les Français, quant à eux, ne sont pas en reste puisqu'une équipe a présenté les résultats de l'observatoire national des patients LMC en PA (Balsat M et al., abstr. 0048) et traités par un ITK de deuxième génération entre 2008 et 2018. Cela a été l'occasion de rappeler les critères diagnostiques des phases accélérées selon les recommandations ELN 2013 (tableau I) [1].

Cet observatoire a collecté les données de 66 patients en PA hématologique (n = 33) et cytogénétique (n = 33) ; la médiane d'âge était de 49 ans (extrêmes : 15-78) et 45 % des patients étaient des hommes. La médiane de suivi est de 43 mois (extrêmes : 1,7-117). La majorité des patients (76 %) ont été traités par nilotinib et les autres par dasatinib. Que se soit en termes de taux et de durée d'obtention de la réponse hématologique complète (RHC), de réponse cytogénétique complète (RCC) et de RMM, il n'y a pas de différences entre les accélérations hématologiques et cytogénétiques (tableau II). En revanche, il y a significativement moins de réponses moléculaires profondes (BCR-ABL < 0,01 %IS) chez les patients en PA hématologique (33 versus 66 %).

La SG à 7 ans est de 83 % et il n'y a pas de différences de survie entre les patients en PA héma­tologique et cytogénétique. La survie sans événement (SSE) à 7 ans (progression en leucémie aiguë, décès, perte de la réponse obtenue quelle qu'elle soit et arrêt de l'ITK pour toxicité) est de 56 %, ce qui témoigne de la vigilance nécessaire dans le suivi de ces patients, même si les ITK de deuxième génération semblent apporter un bénéfice en comparaison “historique” de l'imatinib (2).

Concluons ce chapitre avec les résultats d'une étude italienne qui a poolé les données de 4 essais proposant le nilotinib en première ligne à des patients LMC (Gugliotta G et al., abstr. 458). Les réponses ne sont pas détaillées ici car elles sont superposables à celles déjà publiées. L'intérêt de cette étude portant sur 472 patients (médiane d'âge : 52 ans [extrêmes : 18-87]) et dont le suivi médian est de 36 mois (extrêmes : 3-82), est l'analyse des effets indésirables à long terme, notamment cardiovasculaires. Les accidents artériels thrombotiques (7 %) commencent à apparaître de manière retardée après 12 mois de traitement. Comme on s'y attend, les accidents artériels surviennent plus fréquemment et plus tôt chez les patients âgés de plus de 60 ans, mais ils sont également présents chez les patients dès 40 ans, appelant à une vigilance même chez les plus jeunes (figure 4).

Encore des innovations possibles dans la LMC

Même si le pronostic de la LMC s'est radicalement transformé ces 10 dernières années, il n'en demeure pas moins que des progrès sont en cours.

Commençons par la problématique des patients résistants, il y en a encore, et présentant une mutation T315I (Rea D et al., abstr. 792). Les résultats préliminaires de l'utilisation de l'ABL001 (asciminib) ont été présentés. Il s'agit du premier membre d'une nouvelle classe thérapeutique, celle des inhibiteurs allostériques de BCR-ABL. Cet inhibiteur possède un spectre d'inhibition plus étroit, laissant supposer une action off-target limitée et donc une meilleure tolérance. Il s'agit d'une étude de phase I ayant inclus 32 patients LMC-PC (n = 30) ou PA (n = 2), dont la majorité (n = 19) avait reçu du ponatinib au préalable, et qui ont arrêté leur traitement soit pour échec (n = 12), soit pour intolérance (n = 7). À l'inclusion, 47 % des patients n'avaient pas de RHC et 70 % n'avaient pas de RCC. De plus, 4 patients avaient une anomalie cytogénétique additionnelle (ACA) en plus de la T315I et 1 patient avait une mutation additionnelle (E355G) et une ACA. Tous les sujets ont obtenu une RHC lorsqu'ils n'en avaient pas à l'inclusion et 62,5 % des patients en RC mineure à l'inclusion ont obtenu une RCC en 24 semaines de traitement. Il faut noter que la dose d'asciminib était de 200 mg × 2/j, et la durée médiane de traitement de 28 semaines (extrêmes : 1-85). La RMM a été obtenue chez 36 % des patients avec une durée médiane de 12 semaines (extrêmes : 4-60), la RM4 chez 19 % et la RM4.5 chez 16 %. Les taux de réponse moléculaire sont plus élevés chez les patients n'ayant jamais reçu de ponatinib, mais des réponses moléculaires sont cependant observées même en cas de traitement préalable (figure 5).

La tolérance est acceptable avec un seul arrêt définitif pour effet indésirable ; 62,5 % des patients ont présenté un effet indésirable mais, dans 75 % des cas, il s'agissait d'un grade 1-2 (tableau III).

Terminons avec les arrêts de traitement et les résultats en avant-première de l'essai STIM2, petit frère de STIM mais pour lequel seuls des patients traités de novo par imatinib pouvaient être inclus (Nicolini F et al., abstr. 462). Pour rappel, les autres critères d'inclusion étaient un traitement par imatinib d'au moins 3 ans et une RM4.5 d'au moins 2 ans. Sur les 218 patients inclus, la survie sans rechute (perte de la RMM ou remontée de 1 log du transcrit) est de 50 % à 24 mois (figure 6). Une rechute tardive à 21 mois souligne l'importance de continuer le suivi moléculaire prolongé.

L'information supplémentaire apportée par cette étude est la comparaison de la technique de PCR (RTQ-PCR versus PCR digitale) utilisée au moment de l'arrêt pour déterminer la MRD. Pour rappel, seuls les patients indétectables en RM4.5 étaient inclus. La technique de PCR utilisée était alors la classique RTQ-PCR. Il a été possible de refaire cette analyse par PCR digitale chez 175 patients de l'étude. Les résultats présentés montrent que la profondeur de la réponse moléculaire évaluée par PCR digitale a un impact significatif sur la probabilité de rechute moléculaire puisque son incidence de rechute est de 68 % si la biologie moléculaire est supérieure ou égale à 0,0023 % IS contre 46 % dans le cas contraire (figure 7).

L'intérêt de la PCR digitale comme aide à la décision dans une stratégie d'arrêt de traitement doit être confirmée, mais elle représente une piste sérieuse et encourageante. À suivre…

Syndromes myéloprolifératifs Ph négatifs

L'interféron, toujours à l'affiche…

Depuis les premières publications montrant l'efficacité de l'interféron (IFN) dans la polyglobulie de Vaquez (PV) [3, 4] et son impact sur l'évolution de la maladie, une actualisation présentant un suivi plus long était attendue. La première actualisation concerne l'étude PROUD/CONTI. Pour rappel, il s'agit d'une étude de phase III qui a randomisé 254 patients souffrant de PV entre un ropeginterféron α-2b (IFN) versus hydroxyurée (HU) [Gisslinger H et al., abstr. 579]. L'actualisation à 3 ans de cette étude et de sa suite, appelée CONTI PV, qui offrait aux patients du bras HU un switch possible vers le meilleur traitement possible (MTP), a été présentée. Les doses médianes restent inchangées : 425 µg/15 jours pour l'IFN et 1 000 mg/j pour l'HU. Si, initialement, l'HU donnait des RHC plus rapides, à partir du 18e mois, l'IFN se montre plus efficace avec un taux de RHC significativement meilleur (70,5 versus 51,4 %) [figure 8].

La réponse moléculaire est également significativement meilleure dans le bras IFN (66 versus 27 %) et reste corrélée au taux de RHC (figure 9). L'IFN a été en mesure de réduire non seulement la charge allélique de JAK2 mais également celle de mutations additionnelles, y compris celle de TET2. Au niveau cytogénétique, l'acquisition de nouvelles lésions génomiques s'est produite de manière sélective sous HU. Deux cas de leucémie aiguë myéloïde (LAM) sont rapportés dans la cohorte HU, dans laquelle on note également 1 mélanome et 2 carcinomes basocellulaires. Dans le bras IFN, on observe 3 tumeurs malignes (glioblastome, séminome et néoplasme surrénalien), non liées au traitement selon les auteurs. Un nombre comparable de patients ont présenté dans chaque bras des effets indésirables liés au traitement : 75 % dans le bras IFN versus 79 % dans le bras HU/MTP avec, comme attendu, plus d'augmentation des gamma glutamyltransférase (GGT) et transaminases dans le bras IFN et plus de cytopénies dans le bras HU/MTP. En conclusion, l'étude confirme le concept de capacité de modification de la maladie par l'IFN, qui semble s'avérer être un traitement efficace à long terme.

Une autre étude de phase III ayant randomisé 2 types d'IFN (r-IFNα-2a) ou r-IFNα-2b et l'HU a été actualisée (Knudsen T et al., abstr. 580). Il s'agit de l'étude DALIAH, qui a randomisé 90 patients atteints de PV nouvellement diagnostiqués ou précédemment phlébotomisés selon le schéma suivant : les patients de moins de 60 ans ont été randomisés entre r-IFNα-2a (Pegasys®) et r-IFNα-2b (PegIntron®) alors que les patients de plus de 60 ans ont été randomisés entre r-IFNα-2a, r-IFNα-2b ou HU. À 36 mois, le taux de réponse globale clinico-biologique selon l'ELN (5) est de 67 % pour l'HU, de 45 % pour l'IFN chez les moins de 60 ans et de 46 % pour l'IFN chez les plus de 60 ans. Le taux de RHC est de 19 % pour l'HU, de 36 % pour l'IFN chez les moins de 60 ans et de 37 % pour l'IFN chez les plus de 60 ans. Même si ni la réponse globale ni la RHC n'étaient significativement différentes entre les 3 groupes, on observe la même tendance que dans l'étude PROUD, c'est-à-dire l'amélioration de la réponse sous IFN avec un croisement des taux de réponse après 18-24 mois (figure 10). Les réponses obtenues se maintiennent mieux dans le temps dans les bras IFN chez les plus de 60 ans comparativement au bras HU. La proportion d'arrêts liés à la toxicité est plus importante pour les 2 IFN-r chez les moins de 60 ans et les plus de 60 ans (48 et 43 %) par rapport à l'HU (19 %).

La dernière étude actualisée présentée concernait la phase III du MPN-RC 112 (Mascarenhas J et al., abstr. 577). Cette étude a comparé l'HU (n = 86) au peginterféron α-2a (PEG) [n = 82] chez des patients atteints de PV/thrombocytémie essentielle (TE) à haut risque. Avec un suivi moins long que les 2 précédentes études, cette actualisation montre des taux similaires de RHC à 12 et 24 mois. L'inversion des courbes de réponse pour l'HU et PEG après 18 mois-2 ans observée dans les études précédentes n'est pas visible ici probablement en raison du suivi trop court.

… le ruxolitinib aussi

L'IFN peut également être associé au ruxolitinib chez les patients présentant une myélofibrose, de score IPSS intermédiaire ou haut comme dans l'étude RUXOPEG (abstr. 581). Il s'agit d'un essai de phase I/II d'escalade de dose des 2 médicaments (ruxolitinib : 10, 15, 20 mg 2 fois/j ; IFNα : 45, 90 et 135 µg/sem.). La phase II procédera à une étude randomisée entre les 2 meilleures combinaisons de doses déterminées par la phase I : ruxolitinib 20 mg × 2/j + IFN 135 µg/sem. et ruxolitinib 15 mg × 2/j + IFN 135 µg/sem. L'objectif principal était la tolérance (toxicité limitant la dose [DLT]) dans les 45 jours, et l'efficacité (réduction de plus de 50 % de la splénomégalie à 6 mois). La présentation a concerné les 16 premiers patients inclus dont 56 % avaient une myélofibrose primitive et 81 % étaient mutés JAK2. Il faut noter également que 25 % des patients présentaient une mutation additionnelle, 19 % 2 et 31 % supérieure ou égale à 3. Les mutations additionnelles étaient majoritairement celles d'ASXL1 et de TET2. Aucune DLT n'a été observée et la combinaison de dose testée la plus élevée a été ruxolitinib 20 mg × 2/j + IFNα 135 µg/sem. Onze événements indésirables de grade 3-4 ont été signalés chez 5 patients dont une transformation en LAM (cytogénétique de très haut risque, 3 % de blastes circulants à l'inclusion). Concernant l'efficacité, on remarque une nette diminution de la taille de la rate à 12 mois ainsi qu'une amélioration de l'hémogramme (figure 11). La moyenne de la charge allélique JAK2V617F diminue également, passant de 74 % à l'inclusion à 46 % à 12 mois. Des réponses moléculaires dans d'autres clones ont également été observées ainsi que des améliorations de la fibrose médullaire. Cette association ruxolitinib + IFNα semble très encourageante en termes d'efficacité et de tolérance, ce qui suggère donc que les 2 molécules ne sont pas antagonistes comme on aurait pu le supposer.

L'actualisation à 5 ans de l'étude RESPONSE confirme l'efficacité du ruxolitinib chez les patients souffrant de PV (Kiladjian JJ et al., abstr. 1753). Pour rappel, il s'agit d'une phase III randomisant ruxolitinib et MTP chez des patients résistants/intolérants à l'HU. Un crossover après 32 semaines était possible. Les avantages cliniques du traitement par ruxolitinib ont été durables sur le long terme avec une probabilité de maintenir la réponse obtenue dans le bras ruxolitinib de 74 % à 5 ans (figure 12).

L'innocuité à long terme du ruxolitinib est conforme aux constatations précédentes. Les effets indésirables les plus courants (taux ajusté en fonction de l'exposition ≥ 5) sont l'anémie, le prurit, la diarrhée et les céphalées. Les taux (par 100 patients-année) d'événements thromboemboliques sont plus faibles chez les patients traités par ruxolitinib (1,2) et dans la population ayant switché (2,7) que chez ceux traités par MTP (8,2).

Même si le ruxolitinib n'a plus besoin de confirmer son efficacité, de nouveaux traitements sont nécessaires chez les patients en rechute ou réfractaires au ruxolitinib ou chez ceux ne pouvant pas en bénéficier du fait de cytopénies importantes. L'une des pistes est l'imételstat, un inhibiteur puissant de l'activité enzymatique de la télomérase, dont les premiers résultats ont été rapportés dans la myélofibrose par A. Tefferi (6) et qui a fait l'objet d'une étude de phase II randomisée (Mascarenhas J et al., abstr. 685). Deux doses d'imételstat (9,4 mg/kg ou 4,7 mg/kg par voie intraveineuse toutes les 3 semaines) ont été administrées chez 107 patients atteints de myélofibrose de score D-IPSS intermédiaire 2 ou haut en rechute ou en échec d'un inhibiteur de JAK ; 25 % des patients étaient triple négatifs et 68 % étaient considérés comme ayant un risque moléculaire élevé (mutation de ASXL1, EZH2, SRSF2 ou IDH1/2). Le profil de tolérance a été acceptable avec des effets de grade 3-4 hématologiques de type neutropénie et anémie ainsi que des cytolyses hépatiques résolutives. Les 2 objectifs principaux étaient la réduction de la splénomégalie (≥ 35 % sur l'IRM) et la réduction des symptômes (≥ 50 % du score total des symptômes par formulaire d'évaluation des symptômes de la myélofibrose). Seule la posologie de 9,4 mg/kg a permis d'obtenir une réponse sur la splénomégalie (10 % des patients). Les symptômes s'amendent chez 32 % des patients à la posologie la plus élevée contre 6 % à la faible dose. La médiane de SG est non atteinte dans le groupe 9,4 mg/kg versus 19,9 mois dans le bras à posologie inférieure. Les taux de survie à 18 mois sont respectivement de 76 et 63 % pour les bras à 9,4 mg/kg et à 4,7 mg/kg, ce qui est déjà très intéressant chez des patients en rechute ou réfractaires aux inhibiteurs de JAK.

Une autre problématique rencontrée est celle de l'accélération de la myélofibrose. La combinaison ruxolitinib/azacytidine (AZA) a été proposée à des patients atteints de MF en accélération (mais blastes < 20 %) [Masarova L et al., abstr. 352]. Il s'agit d'une étude de phase II, associant au ruxolitinib 5 à 20 mg 2 fois/j, l'AZA (25 mg/m2 pendant 5 jours) à partir de 12 semaines. La majorité des patients (65 %) avait un score D-IPSS intermédiaire 2 ou haut, 77 % avaient une splénomégalie supérieure ou égale à 5 cm et 13 % avaient plus de 10 % de blastes. La médiane de suivi est de 34 mois (extrêmes : 1-64). Le taux de réponse globale est de 72 %, y compris une réduction de la taille de la rate supérieure à 50 % chez 65 % des patients ; 23 % des patients ont répondu après instauration de l'AZA.

D'autres molécules sont en cours de développement dans la MF, comme le PRM-51 et l'alisertib (MLN8237) dont les résultats préliminaires montrent une tolérance acceptable et dont l'efficacité doit être confirmée (Verstovsek S et al., abstr. 686 et Gangat N et al., abstr. 688).

Enfin, il faut retenir la présentation de A. Tefferi, qui montre l'impact potentiel négatif de l'anagrélide sur la SG et la survie sans MF (MFFS) par une analyse de cohorte chez 1 076 patients TE traités avant et après obtention de son AMM (Tefferi A et al., abstr. 4287). Une différence significative était remarquée pour la SG (p = 0,006) et le MFFS (p < 0,001) en faveur des patients diagnostiqués avant 1997, laissant supposer son impact sur la survenue d'une MF (figure 13).

SMP en dessous de 25 ans : mythe ou réalité ?

J.C. Ianotto a présenté la plus grande cohorte observationnelle internationale de jeunes patients (< 25 ans [extrêmes : 0,2-25]) souffrant d'un syndrome myéloprolifératif (SMP) [n = 335] (abstr. 1759). Il y a une majorité de femmes (74 %) et de TE (70 %), 18 % de PV et 12 % de MF. La mutation JAK2V617F est présente chez 61 % des patients, CALR chez 15 %, MPL chez 1 patient et 24 % étaient triple négatifs. Les traitements de première ligne étaient l'HU (50 %), l'anagrélide (25 %) et l'IFN (22 %). Au vu de l'incidence des complications et l'évolution dans cette population, il semble que la gravité du SMP chez les jeunes soit comparable à celle du sujet âgé et nécessite des recommandations internationales dans ce sous-groupe de patients qui, par ailleurs, peut présenter des situations spécifiques comme le désir de parentalité.

Néoplasies myéloprolifératives non classiques

Les résultats préliminaires de l'utilisation du pemigatinib (INCB054828) chez les patients atteints de néoplasie myéloïde/lymphoïde (NML) avec réarrangement du FGFR localisé en 8p11 ont été présentés (Verstovsek S et al., abstr. 690). Il s'agit d'une hémopathie rare et de pronostic très sombre car rapidement progressive vers la LA et dénuée de thérapeutique efficace. Le pemigatinib est un ITK de FGFR à prise orale (13,5 mg/j) par cycle de 21 jours (14 jours de prise et 8 jours sans). Actuellement, 13 patients NML ont été inclus qui ont reçu une médiane de 6 cycles de traitement. Parmi ces 13 patients, 5 étaient en phase blastique, 3 avait une association à un sarcome granulocytaire, et 2 à un lymphome. Les réponses, détaillées dans le tableau IV, montrent des résultats très encourageants, en dehors des phases blastiques où les résultats sont plus incertains chez les patients déjà lourdement traités. Cette étude internationale est poursuivie, y compris en France où plusieurs centres sont ouverts.

Focus sur la mastocytose

Difficile de ne pas finir sur quelques données dans la mastocytose, qui a fait l'objet d'une séance éducationnelle et d'avancées thérapeutiques.

La séance éducationnelle a refait le point sur la classification OMS en rappelant que la mastocytose systémique avancée (advSM) comprend les SM agressives (ASM), les SM avec un néoplasme hématologique associé (SM-AHN) et la leucémie à mastocytes (MCL). Les mutations acquises dans le gène kit (généralement KIT D816V) sont détectables chez plus de 90 % des patients. Des données récentes ont montré que la pathogenèse moléculaire d'advSM est beaucoup plus complexe et implique une ou plusieurs mutations supplémentaires comme celles de SRSF2, ASXL1, RUNX1 et NRAS présentes chez 70 à 80 % des patients (Jawhar M et al., abstr. 349). Avec les données de 210 patients inscrits au registre allemand des éosinophilies et des mastocytoses, les auteurs ont pu élaborer un nouveau score pronostique pour advSM (indice pronostique de Mannheim [IPM]) [figure 14].

Pour finir, quelques données sur l'omalizumab, un anticorps monoclonal anti-IgE, cytokine clé dans l'activation mastocytaire et testé chez 56 patients atteints de SM (Lemal R et al., abstr. 4280). Une réponse complète a été obtenue pour 1 patient (1,8 %), une réponse majeure pour 30 patients (53,6 %) et une réponse partielle pour 12 patients (21,4 %), donnant un taux de réponse globale de 76,8 %. La réponse est persistante pendant au moins 3 mois chez 58,9 % des patients. L'omalizumab s'est révélé être extrêmement efficace pour tous les symptômes vasomoteurs superficiels et généraux et pour la plupart des symptômes gastro-intestinaux ou urinaires, et partiellement efficace pour la plupart des symptômes neuropsychiatriques. Le profil d'innocuité est acceptable, à l'exception d'un événement indésirable grave (œdème cervical et dyspnée après la première injection). Il s'agit donc d'un traitement prometteur dans le contrôle des symptômes de la mastocytose.■


FIGURES

Références

1. Baccarani M, Deininger MW, Rosti G et al. European LeukemiaNet recommendations for the management of chronic myeloid leukemia: 2013. Blood 2013;122(6):872-84.

2. Rea D, Etienne G, Nicolini F et al. First-line imatinib mesylate in patients with newly diagnosed accelerated phase-chronic myeloid leukemia. Leukemia 2012;26(10):2254-9.

3. Kiladjian JJ, Cassinat B, Chevret S et al. Pegylated interferon-alfa-2a induces complete hematologic and molecular responses with low toxicity in polycythemia vera.Blood 2008;112(8):3065-72.

4. Quintas-Cardama A, Kantarjian H, Manshouri T et al. Pegylated interferon alfa-2a yields high rates of hematologic and molecular response in patients with advanced essential thrombocythemia and polycythemia vera. J Clin Oncol 2009;27(32):5418-24.

5. Barosi G, Birgegard G, Finazzi G et al. Response criteria for essential thrombocythemia and polycythemia vera: result of a European LeukemiaNet consensus conference. Blood 2009;113(20):4829-33.

6. Tefferi A. Telomerase inhibitor imetelstat in essential thrombocythemia and myelofibrosis. N Engl J Med 2015;373(26):2580-1.

Liens d'interêts

D. Ranta déclare ne pas avoir de liens d’intérêts.

L. Legros déclare avoir des liens d’intérêts avec BMS, Novartis, Pfizer et Incyte.

auteurs
Dr Dana RANTA

Médecin, Médecine interne, CHU, Nancy, France

Contributions et liens d’intérêts
Dr Laurence LEGROS

Médecin, Hématologie, CHU Paul-Brousse, Villejuif, France

Contributions et liens d’intérêts
centre(s) d’intérêt
Hématologie,
Oncologie hématologie
thématique(s)
Syndromes myéloprolifératifs